Skip to content

Menu
  • La maison
    • Benoît Vincent…
    • 20 ans d’Ail !
    • Index
    • Finie la serendipité, vive la folksonomie
    • Thèque
    • Liens
    • Sur le logo
  • Publications
    • Paramar | avec Emanuela Schiano di Pepe
    • Synovie (Rhizes – Pholques) | Avec Laurence Morizet
    • Féroce
    • La littérature inquiète
    • L’entreterre
    • Un de ces jours
    • GEnove. Villes épuisées
    • Local héros
    • Farigoule Bastard
    • Pas rien
  • Textes
    • Fragments
    • Continue poésie
    • Critique chronique
    • Notes cénologiques
    • Pistes et sillages
    • Polémiques
    • Secrétaire
    • Vademecum
  • La littérature
    inquiète
  • Chantiers
    • Travaux en cours
      • De par la ville de par le monde
      • Résidences
      • L’affaire Panitza
      • Bobines
      • Vorace
    • Général Instin
    • Travaux non édités
    • Musique
  • Rencontres
    • Agenda
    • Résidences de création
      • Conversation Générale
        avec Emanuela Schiano di Pepe | CHBD 2024
      • Archivive | IMEC 2024
    • Ateliers
    • Contact
  • ĐeĦors >>>
Menu

Terrain la Maison — Bobines 02

Posted on 20 juillet 202627 juillet 2026 by Benoît Vincent

 

Le signe * renvoie à un index des noms.

 

Je parle de « jouer ».

Bizarrement, les impressions les plus fortes, vraiment, qui me viennent lorsque je pense à la matrice maison+usine — laquelle je le vois va se confondre de plus en plus en une espèce de bipôle mère/père — sont liées aux jeux (et aux jouets).

Et il me faut alors entrer plus avant dans la maison, dans l’usine.

La maison était un labyrinthe de cachettes et de terrains pour le jeu. Cela est dû en partie à son architecture, à son agencement interne des habitats, et aussi beaucoup à la manière dont mes parents, ma mère en particulier, s’est entêtée à occuper, à domestiquer l’espace. Notre histoire est celle d’un fief, et ma mère était une femme assez attachée à l’honneur et à l’image. Elle souffrait de cette condition ouvrière et, si elle aimait mon père, elle fit tout ce qu’elle put pour donner l’image d’une espèce famille bourgeoise, qui n’était ni bourgeoise ni vraiment une famille. Mon père venait de la terre et il était profondément bon, non sans avoir ses petites revanches. Il était plus ou moins analphabète, ma mère l’avait aidé à lire et à écrire. Il n’était pas attiré par le pouvoir, ni même par l’argent. De sorte que de pouvoir, il ne pouvait compter que sur son charisme qui, semble-t-il, était évident. Et pour l’argent, cela a toujours été un problème, et jusqu’à la fin. Tous les deux se heurtaient sur un bruit de fonds intérieur, une espèce de goule qu’ils n’avaient jamais réussi à dompter. Ma mère la transforma l’adopta en dépression, mon père la noya dans l’alcool. Mais avant que chacun entre dans sa tanière ouatée, il fallut les construire. Usine et maison se bâtirent pour ainsi dire l’une contre l’autre.

Un cube immense, comprenant des caves (deux), quatre logements, un grenier. Les quatre logements étaient inégaux de taille. Le nôtre était le plus grand, avec trois chambres et la jouissance du grenier (qui occupait à peu près la moitié de la surface), et une cave. Le deuxième appartement, censément occupé par un contremaître, avait deux chambre, qui étaient sous les combles, un duplex donc, et une cave. Les deux autres, au rez-de-chaussée, étaient vides : c’étaient comme des studios, séparés en deux pièces, et qui n’ont jamais été finis ; les cloisons étaient de moellons nus, le sol de ciment terrassé. Les deux caves se jouxtaient ; celle des « voisins » donnait sur un espace enserré de murs derrière la maison, et servait de minuscule potager ; une espèce de troisième boyau, pratiquement creusé dans le sol, permettait l’accès à un autre espace extérieur. Ce boyau devint la cuisine d’été et, dehors, ma mère planta les deux peupliers et tout un tas d’autres végétaux; on créa une espèce de jardin d’été, ceint de cyprès bleus, orné d’un saule pleureur, fiché d’un barbecue, d’une balançoire. Une pelouse (« la ‘pelouse' ») poursuivait le jardin, plantée d’arbustes ornementaux, le long de la route qui séparait la maison de l’usine, suivant une pente douce qui pointait, au nord, vers le parking de l’usine, la « Vieille usine » puis, après une certaine rupture de pente, une vieille distillerie de lavande, et le Fau*.

Ma mère avait choyé et chéri ce jardin, qui était fort agréable en effet ; mes parents avait déposé des affaires dans leur cave et leur grenier, puis également, petit à petit, un peu dans l’un des studios vides (affaire de familles, déblayages de maisons, héritages poussiéreux sans valeur : un landau, un lit-bateau démonté, un vieux secrétaire, une boîte de cartes postales d’époque)… puis avec le temps, également dans l’autre studio (j’en pris une certaine responsabilité, j’y reviendrai)…

L’appartement contremaître avait été occupé par trois familles d’affilée, toutes les trois ardéchoises. Le premier était un ennemi de mon père, cela mettait ma mère en fureur de dormir presque à côté de lui ; le second était bon et affable, la famille R ; le troisième étaient sympathique aussi, avec une jeune fille BS qui était un peu plus âgée que moi. C’était l’époque de Podium et du Top 50, j’ai beaucoup appris à cette époque, nous nous voyions beaucoup, presque tous les soirs.

Lorsqu’il devint évident que plus personne n’habiterait cet appartement, nous finîmes par l’occuper également, d’abord la cuisine, devenue buanderie, puis le salon pour des boums, et puis tout le reste (adolescent réfractaire, j’allais m’installer dans l’ancienne chambre de BS, sous les combles, j’y devins un homme.

Ainsi, tout l’espace, à la fois majestueux (une grosse maison de pierre…) et vétuste (…rénovée dans les années 70, avec force carrelages et tapisseries de piètre goût), moderne et sauvage à la fois, était devenu le nôtre.

L’un des plus anciens souvenirs d’enfant que j’aie, ou qui me revienne subitement, et la soudaine (alors) prise de conscience de l’univers, de l’imaginaire, de la puissance de l’imaginaire. Dans la maison, un couloir central, comme on imagine, distribuait les appartements et pièces, pièces du rez et appartements du premier, et accès aux caves. Ce couloir, avec deux escaliers de 20 marches (je me souviens), que j’ai gravi des milliards de fois en courant et en sautant, ce couloir était tapissé de céramiques fumées ; il résonnait — et quand ma mère montait le ton, cela se répercutait dans toute la maison et au-delà… ; l’accès aux caves, lui, n’était pas carrelé, mais de ciment (les marches) et de moellons (les murs). Dans ce couloir, ma mère avait disposé quelques scourtins, cigales en céramique, plumeaux de cannes de Provence dans une grosses dame-jeanne, pour l’égayer un peu. Et un coffre. Dans ce coffre, comme tout ce qui contenait, nous avions un petit bordel, je me rappelle avoir trouvé (ou placé plutôt) des figurines de mon frère. Je me rappelle soudain (maintenant) que je pris conscience soudain (alors), jouant avec ce personnage de fiction, cette figurine représentant Darth Vader — ou celles représentant Z6-PO et R2-D2 — que je fus renversé par l’univers alors imaginé que ces figurine déclenchèrent en moi, comme un ras-de-marais de fiction, un putain de terreau pour l’imagination ! Sans avoir vu les films je me représentais les espaces autour des formes que je tenais, et que probablement je mêlais à d’autres formes qui nous étaient familières (les autres jouets de mon frère, les bandes-dessinées, les livres imagées, je me souviens, de science-fiction, montrant des planètes, des villes, des maisons de mondes inconnus — et lointains). Mais de cette bouillie (cette soupe primordiale), les personnage de l’alors Guerre des étoiles dénotaient : leur puissance était plus grande et, en quelque sorte, plus pure. Ces figurines me suivraient longtemps dans cette domestication de la maison, si je peux dire (et qui s’appelle « grandir »). (D’autant que je prenais bien soin de ne pas les sortir de la maison pour l’usine, jaloux…)

 

Présentation ↔ Précédent ↓↑ Suivant

 

Partager la publication "Terrain la Maison — Bobines 02"

  • Facebook
  • X

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Livres

Benoît Vincent - Féroce - Bakélite 2024

Benoît Vincent - La littérature inquiète - Publie.net 2020 Benoît Vincent - Un de ces jours - Publie.net 2011, 2020 Benoît Vincent - L'anonyme - Publie.net 2010, 2020

 Benoît Vincent - Farigoule Bastard - LNA 2015 Benoît Vincent - GEnova - LNA 2017

Benoît Vincent - Un de ces jours - Publie.net 2018  Benoît Vincent - Local héros - Publie.net 2018

Général Instin - Climax - LNA 2015  Général Instin - Spoon River - LNA 2016

Articles récents

  • Terrain la Maison — Bobines 02 20 juillet 2026
  • Index — Bobines 15 juillet 2026
  • On ne peut effacer l’eau 14 avril 2026
  • RIP Hélène Sturm 16 février 2026
  • RIP Francis Hallé 1 janvier 2026
  • La nature est politique 10 août 2025
  • Vorace §77 1 août 2025
  • L’attrait des larmes 4 juin 2025
  • Instances et régimes de réalité
    (Notes cénologiques 6)
    19 avril 2025
  • Objet de culte 16 avril 2025
  • Fragment 6 avril 2025
  • Fuck news 3 avril 2025
  • Fragment 2 avril 2025
  • Fragment 1 avril 2025
  • Fragment 31 mars 2025
  • Vive la guerre ! 6 mars 2025
  • Films 2025 6 février 2025
  • RIP Marianne Faithfull 31 janvier 2025
  • Le — prologue 18 janvier 2025
  • RIP David Lynch 15 janvier 2025
  • Dans cette maison, sur ce matin 25 décembre 2024
  • Stufo dell’America 23 novembre 2024
  • Vorace §83 21 novembre 2024
  • Vorace §82 21 novembre 2024
  • Organon général 29 octobre 2024
  • Archivive — conclusion 25 octobre 2024
  • Archivive — sous nos yeux 24 octobre 2024
  • Archivive — fleurs 21 octobre 2024
  • Archivive — le souterrain numéro 7 19 octobre 2024
  • Archivive — on n’en sort jamais 17 octobre 2024
  • L’odeur d’un cri 13 octobre 2024
  • Archivive x Conversation générale — note croisée du soin et de la vie 9 octobre 2024
  • Archivive — chassez le naturel 26 septembre 2024
  • Archivive — L’IMMOBILITE 26 septembre 2024
  • Archivive — détour paysage 24 septembre 2024
  • Archivive — patrimoines ? 24 septembre 2024
  • Cartographie des habités — note d’intention 22 septembre 2024
  • Archivive — archimorte 20 septembre 2024
  • Archivive — deux ou trois mots sur la critique 20 septembre 2024
  • Archivive — catalogue du catalogue 20 septembre 2024
© 2026 | Sur une base de thèmes préconcus