GEnove. Villes épuisées

juillet 24th, 2017 § 0 comments § permalink

Benoît Vincent ¶ GEnove
 

Le texte

numérique : ISBN 978-2-9541654-0-0 – 9×9 textes + 9 péritextes – 0 €
papier : 979-10-95244-07-3 – 306 pages – 20€
couverture : Cheeri
✓ Texte publié en 2012 (version internet) et le 12 mai 2017 (papier)
♨ écriture et publication en ligne, 2008-2015 – reprise jusqu’à début 2017

Attention Le site internet qui a vu naître le texte est toujours en ligne [www.ge-nove.net] mais, dans le cours d’une radicale mise à jour suite à la publication papier, tous les liens sont désactivés.

 

Quatrième

Par le biais de neuf chapitres de neuf textes, l’auteur évoque la complexité de la ville de Gênes en Italie et la relation qu’il entretient avec elle. Essai autogéographique, ce texte fascinant décortique l’organisme urbain, son vernaculaire et ses épiphanies (cuisine, chansons, paysages, transports, économie, culture, histoire…)

 

Echos

Presse, radio, blogues…

Jacque Josse, sur le site de larevue remue.net (20 juillet 2017) : « Cet ensemble – que l’on peut arpenter en empruntant plusieurs itinéraires – n’a évidemment rien du guide touristique. C’est d’abord un ouvrage foisonnant, conçu par un curieux qui ne cesse de noter ses étonnements, de questionner ce qu’il découvre d’une ville trop riche pour qu’on puisse n’en faire qu’une lecture linéaire. C’est à une marelle étonnante, à une imparable parade oulipienne, à une savante déconstruction (pivotant autour du chiffre 9) que s’adonne Benoît Vincent, en inventant Gênes au pluriel, et en invitant le lecteur à en faire de même. »

Alain Nicolas, dans L’Humanité (19 juillet 2017) : « C’est aussi le rendez-vous des mots et du réel, auquel Benoît Vincent ne se dérobe pas en donnant une furieuse envie de ne jamais refermer ce livre et de partir, toutes affaires cessantes, pour Gênes. »

Hugues Robert, sur le blog de la librairie Charybde (9 juillet 2017) : « Tout ce qui peut s’avérer nécessaire à la reconstruction patiente, fiévreuse et poétique, de l’identité de cette ville coincée entre ciel et eau, qui fut la Superbe et qui demeure une extraordinaire bizarrerie, sera soigneusement mobilisé et projeté contre les 80 autres éléments, nous offrant des séries entières de chocs libérateurs. Et c’est ainsi que Benoît Vincent nous offre bien davantage qu’une ville, fût-elle unique : une démarche littéraire fondamentale, construite et étagée, pour appréhender une essence par nature volatile et fragile, sous les amoncellements de l’Histoire et du réel – comme nous l’annonçait sans ambages le beau sous-titre de « Villes épuisées ». »

Emmanuelle Caminade, sur le blog L’Or des Livres (21 juin 2017) : « Cette étrange façon de raconter la ville évoque bien sûr Marco Polo, ce voyageur étranger décrivant les propres villes de son empire au grand Khan dans Les villes invisibles, et surtout le grand oeuvre de ce marchand et explorateur vénitien dont s’est inspiré Italo Calvino : deux textes qui, entre autres, irriguent fortement GEnove »

« Se prêtant à de nombreuses relectures car permettant une redistribution des cartes pour changer la donne à l’infini, offrant ainsi au lecteur mille et un chemins pour affiner sa perception de cette ville symbolique à la fois visible, invisible et imprévisible, GEnove est un livre foisonnant et vertigineux totalement atypique. Une expérience de lecture(s) exigeante et exaltante que je conseille vivement. »

Sean J. Rose, dans la Livres-Hebdo #1127 (28 avril 2017) : « Car GEnove c’est aussi le récit de cette relation-là, s’enchevêtrant dans une cartographie singulière qui n’a d’autre boussole que le sens poétique. »

François Bon (aussi plus bas !), dans son Service de Presse #33 (25 avril 2017) sur la plateforme vidéo bien connue. C’est à 25’45 » :

 

Du temps du site internet

Les premières lectures, bien que tardives, ont été consacrées à la version numérique du texte, c’est-à-dire au site liminaire.

• Ainsi Noëlle Rollet ouvre admirablement le bal sur le site Glossolalie (juin 2014) :
« On s’attendait à de l’aléatoire qui le soit un peu moins, et il y a bien quelques pan­neaux, neu­vains points de repères, qui indiquent bien une direc­tion, mais l’on n’est plus si atta­ché à connaître la des­ti­na­tion, fina­le­ment, on n’a pas hâte d’arriver à connaître la fin. On déam­bule, et on prend l’habitude, ici aussi, de voir se côtoyer la recette des tro­fie al pesto et un poème sur­réa­liste. C’est ainsi que GEnove peu à peu s’organise, devient orga­nique, dans ce désordre de la lec­ture de texte rigou­reu­se­ment ordon­née. L’ennui bien sûr, c’est qu’on pei­nera par­fois à retrou­ver ensuite tel texte qui ne payait pas de mine, l’obscure ruelle qu’il nous prend sou­dain l’envie de revi­si­ter, et qu’on se retrou­vera à lâcher quand même le fil d’Ariane pour se perdre fran­che­ment, cette fois-ci, le cœur léger, heu­reux de s’égarer au fil du texte. […] Or, beau­coup plus que la com­plexité du dis­po­si­tif mis en place, c’est au fond cela que j’appelle l’écriture expé­ri­men­tale, celle qui per­met une expé­rience de lec­ture, au sens plein du terme, c’est-à-dire qui me fait vivre une lec­ture dont j’ignorais qu’elle était pos­sible (et peut-être par­fois ne l’était-elle pas avant tel auteur). GEnove y réus­sit, en tirant parti de la spa­tia­li­sa­tion effec­tive du web pour « col­ler » à celle de la ville, non pas en creuse mime­sis, mais en décalque fonc­tion­nel, afin que puissent s’y ins­crire autant de tra­jets que de lec­teurs – un vir­tuel redou­ta­ble­ment plus proche de l’expérience réelle que le livre?

 

• « magnifique expérience narrative et expérimentale » (François Bon, Grues jaunes de Gênes, in Tiers Livre, 22 juillet 2014 : http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article1741

 

On dirait du (on l’a dit)…

• Italo Calvino
• Julio Cortázar
• Jean-Yves Jouannais
• Sébastien Ménard
• OULIPO
• Georges Pérec
• Marco Polo
• Emmanuel Ruben
• Antonio Tabucchi

 

Un beau voyage

février 8th, 2017 § 1 comment § permalink

Ce texte a été initié le 23 juin 2015, mais je le publie ce jour où le journal relate un rapport accablant dénonçant les faits dont j’avais alors été témoin, et ce jusqu’à aujourd’hui.

 

Ce pourrait être un voyage en train, un voyage de vacances. On prendrait le train, on irait vers la mer.

Tout simplement, un voyage en train.

Le voyage serait encore plus beau, car le train longerait durant des kilomètres une petite route séparée de la mer par une petite dune de petits galets. La mer serait moins foncée, devant, et, malgré les fauves éclaircies du ciel, assez agitée. Alors les rouleaux viendrait lécher les voies, la route et le rail. Dans le jour finissant, les plages seraient désertes et, au fond, l’eau serait cobalt, dense, droite.

Le voyage serait encore plus beau, car le train devrait également passer par des falaises à pic sur les criques, des roches blanches percées de tunnels et lacets de vires pour l’unique voie ferrée. Alors le train parfois serait très lent, et on aurait le loisir d’observer les euphorbes arborescentes, les fleurs géantes d’agave, les arbustes pleins de couleur échappés des villas, et les villas elles-mêmes avec leurs pontons privés, leurs petites anses aménagées, leurs îles annexées.

Des coulées de nuages à l’ouest napperaient le ciel de nappes flamboyantes, généreusement.

On n’aurait pas peur des mots. On n’aurait pas peur de se laisser aller à des sentiments. On irait même à la voiture-bar prendre une bière pour contempler tout cela plus tranquillement (il y aurait une voiture-bar).

Sauf que ça se passe en Europe de nos jours, sur la ligne Gênes-Marseille, et qu’entre ces deux villes il y a une frontière.

A Vintimille on attend un peu. A Menton on nous dit de préparer nos cartes d’identité en vue d’un éventuel contrôle de police. Sur le quai une dizaine de CRS. Certains montent à bord et délogent des clandestins que nous on ne voyait pas, trop absorbés par le paysage.

Deux, ce coup-ci.

Le train ne part pas encore, la visite de tous les wagons est longue, alors on voit ces deux-là se faire fouiller.

L’un n’a rien, que trois papiers et un passeport dans les poches et un peu de monnaie, des centimes.

L’autre a une valise et une sacoche, un portable et un lecteur de mp3, un paquet de cigarettes, quelques pièces, quelques papiers et son passeport aussi.

Deux CRS les surveillent. Les CRS regardent les deux jeunes (moins de vingt et moins de trente ans), les jeunes regardent les deux CRS, ils ne se parlent pas. Il n’y a pas de violence. Il y a de la dureté dans le regard du type au mp3, de la stupeur dans celui de l’autre. Il y a des larmes sèches. Pas de méchanceté dans ceux des CRS mais de la fermeté. Ils sont énormes, de plus.

Je regarde le gros CRS quand il me regarde mais il ne me regarde pas. Je regarde le jeune au mp3 quand il me regarde, mais il ne me regarde pas.

Cette scène ne me regarde pas. Elle n’est pas pour moi. Je ne suis pas censé la voir.

Je regarde les deux jeunes et j’essaie de leur dire avec les yeux je suis désolé pour ça, que c’est moi qui ai élu-non élu ça, que je suis désolé. Mais je ne crois pas y arriver et je pense qu’il s’en fout ; dans le meilleur des cas, il m’en veut-ne m’en veut pas. Au fond, je n’ai pas à faire ça.

 


 

Après Cannes, un autre clandestin est appréhendé dans le train. Il doit sortir à la prochaine gare. Le flux est sans fin, ininterrompu. Au retour, bien plus tard, bien sûr il n’y a personne dans ces situations. Mais les autres trajets — et j’en ai fait quelques-uns — le même cirque recommence. Un, deux, descendent, sont fouillés, et renvoyés d’où ils viennent, c’est-à-dire pas leur pays, mais l’Italie où les gens ne savent pas, ne comprennent pas, ou l’on dit : mais qu’est-ce qu’il se passe en France ? Il est parti en vacance Charlie ?

Pas sur la Riviera en tout cas.

Ça continue, encore et encore. Plus de 3000 morts en Méditerranée en 2014, près de 4000 en 2015, près de 6000 cette année.

Puis ça se répercute (ça se percute oui) sur les frontières des pays voisins, les voies possibles : dans le train de Turin à Chambery (Milan-Lyon), par exemple, et même sur l’autoroute, où les panneaux lumineux conseillent la prudence : il est possible qu’il y ait des humains dans les tunnels (et pas des “men at work”).

Il y eut un ramdam affolant, nourri d’indignation, lorsque la Hongrie, l’Autriche, ont fermé leurs frontières ; en France elles l’étaient depuis plus d’un an, presque deux. Dans le silence complet.

Le silence de la scène est sa violence, qui est mêlée à la vie quotidienne des “pendulaires” qui vont et viennent entre ces villes riches. Routine pour l’un, résignation pour l’autre, silence de tous les autres les témoins, abstinence1.

Scène noyée des beaux voyages à la mer.

 

  1. Le CRS qui à chaque passage répète dans sa morgue agrammaticale au “barista” italien : « Tutti va bene aqui ? », ridicule.

La mort à la plage

janvier 15th, 2017 § 0 comments § permalink

 

Je publie ici la version initiale d’un texte que m’avait demandé la revue Talweg des éditions Pétrole, qui associe plasticiens et écrivains autour d’un thème, en l’occurrence ici « Le sol ».

 

Il y a quelques temps, pour des raisons tout à fait circonstancielles1, j’ai franchi le Passo del Muraglione, dans l’Apennin tosco-romagnole, entre Florence et Forlì.

C’était une route toute neuve pour moi, je n’avais jamais mis les pieds (ou les roues) dans ce coin de l’Italie — il y a tellement d’apennins méconnus. Mais la destination, elle, m’était familière.

J’ai traversé là des paysages de collines qui ressemblaient fichtrement à l’arrière-pays de mon village natal, dans le sud de la Drôme, entre Comps et Vesc, Teyssières et Valouse. En me rendant dans ces endroits, malgré les raisons circonstancielles évoquées plus haut, je savais que je revenais aussi sur des terres appartenant à mon passé.

Je me suis alors posé la question du lien entre la terre et le passé. Ce lien entre terre et passé, on pourrait le décrire comme une appartenance.

Pour une raison qui nous échappe, qui à mon humble avis relève tout autant de notre biologie que de notre histoire (notre roman) et de notre culture, nous éprouvons toujours une distance entre notre moment présent et les lieux de notre passé. Ce qui se cache derrière cet étrange acoquinage du temps et de l’espace2, drôle de bête à deux dos, c’est sans doute notre propension à faire de notre environnement notre territoire et, en résumé, à mesurer l’écart subtil qui se glisse entre “propriation” et “appropriation”.

 


 

La pluie se mit à tomber. Peu après le col, je m’arrêtais dans un virage pour vérifier l’espèce d’une apiacée que je voyais depuis le début de l’ascension. Je stoppai la voiture sur un bas-côté peu amène, et constatai finalement la présence de l’Herbe-aux-cerfs ou Cervaire (Cervaria rivini Gaertn), une plante plutôt commune, mais ici aux feuilles d’une taille démesurée en comparaison des individus qui croissaient justement “par chez moi”.

La pluie se muait en orage, le tonnerre faisait trembler le paysage, vibrer les vitres, les membranes.

En me dirigeant vers la voiture, je me rendis compte que le sol était jonché de coquilles d’escargots, d’une espèce que, cette fois-ci, je ne connaissais pas. Je cherchai quelques exemplaires de coquilles vides, mais toutes les coquilles que je croisais étaient habitées, et même dans les recoins, sous les herbes, dans les déclivités du sol, au pied des arbustes ou sous les cailloux, je ne trouvai aucune coquille vide, même abîmée. Soit ces bêtes étaient venues en masse pour un grand rassemblement, soit les coquilles très fragiles disparaissaient rapidement sans se fossiliser3.

 


 

« Les fossiles », je pensai, ayant repris ma route.

Là où croît Cervaria rivini, “par chez moi”, justement, on trouve pas mal de fossiles. Les marnes, qu’affectionne l’apiacée, en sont en effet des réservoirs connus (en particulier les petites balles de fusil que sont les bélemnites).

Les fossiles ne sont-ils pas précisément ce « temps consolidé ? »

Et, ma pensée suivant son fil comme je descendais vers l’Emilie-Romagne, pressé par l’orage à mes trousses, je me disais que j’étais, comme la Cervaire, plutôt un produit des marnes, ces sols étranges qui ne cessent de s’ébouler, qui alternent entre l’état solide comme la pierre sous le soleil, et le brouet pégueux sous la pluie.

 


 

J’allais donc vers la Romagne4, le prétexte étant la visite d’un tracteur pour un ami, dans les collines surmontées de puys (de poëts, dit-on “par chez moi” ; ici, c’est poggi). La route étant longue, je me suis demandé si je n’allais pas en profiter pour retourner sur les traces de mon enfance, sur cette portion de côte défigurée de l’Adriatique, où ma famille et moi avions passé un long temps des vacances d’été de mon enfance.

Ces paysages étaient inscrits en moi sous la forme d’une petite marque, pas une cicatrice tout à fait, plutôt et plus exactement comme un cal ou un trauma, non pas chargé de douleur, mais plutôt d’excessive mélancolie. J’y suis allé la première fois à l’âge de six mois ; la dernière à dix-sept ans ; quinze jours chaque année. Je pourrais bien dire que, si l’on veut, j’y ai grandi. Et si j’étais attaché à ma terre natale5, je n’avais pas totalement réussi à me détacher de celle-ci. C’est-à-dire que pesait le sentiment d’une irrésolution qui s’était transformée avec le temps en lancinante inquiétude.

Je me destinais donc à revenir en ces lieux que je n’avais pas vus depuis plus de vingt ans, et j’allais donc directement à la rencontre de mon passé. Ce passé concrètement actualisé sous la forme d’une “ville”, de sa culture, de son territoire, de son agriculture, de son sol, etc.

 


 

À propos de Martin Heidegger (et de fantômes), Jacques Derrida6 entretient la confusion entre ces deux mots : propriation — ce qui fait le propre d’une chose, d’un individu ; et appropriation.

L’être, c’est-à-dire le « moment présent de ma conscience », se situe probablement entre les deux.

 


 

La ville aurait-elle changé ? Ou bien aurais-je perdu toute trace de souvenir ? Aurais-je perdu toute trace de moi-même ? Ne prendrais-je pas le risque de me perdre moi-même ?

Difficile de faire saisir au lecteur ce qu’à pu représenter cette portion de territoire pour moi, enfant. Il me semblait que ce dehors, ce lointain, était pour moi la condition même de mon être au monde. Précisément ceci : que mon être propre passait par la peur de la perte (et donc l’appropriation) de ce territoire extérieur à moi-même.

On mesure ici les impasses, les apories. Mais c’était pourtant cela. Cette terre, cette marne, ce sable, en un mot ce sol était à moi. C’était le mien.

Le sable des châteaux de sable ou des courses de boules à l’effigie de coureurs cyclistes, les pistes bordés de pneus multicolores des circuits minuscules des petites voitures foraines, les carreaux des devantures des magasins que chaque soir nous arpentions en famille, jusqu’au goudron fondu, aux effluves des égouts marins, aux maigres laisses de mer, aux butins de la pêche, aux odeurs de cuisine, aux arrière-cours et aux serres qui limitaient la rue balnéaire et ouvraient sur l’immense territoire agricole de la Romagne (et de l’Emilie).

Et puis la mer — cette mer singulière, dans laquelle on avait toujours pied7.

(Mer dans laquelle on pouvait sans souci pécher coques et tellines.)

 


 

Je suis botaniste : des jours durant je marche sur le sol pour nommer des êtres végétaux. Je suis phytosociologue : j’ajoute à cette liste une composante écologique, je la rends fonctionnelle : les plantes ne poussent pas au hasard, mais celles qui partagent les mêmes exigences écologiques peuvent se retrouver (régulièrement, c’est-à-dire de manière discontinue dans l’espace, formant par là de nouvelles unités supérieures, intégrées) ensemble.

Avec le climat, la ressource en eau, l’exposition et donc la pente, la nature et la structure du sol sont prépondérantes (ressource en eau et exposition lui sont d’ailleurs directement liées).

Le sol est le support du territoire : c’est une banalité que de le dire, mais cela signifie :

1. Qu’on ne peut imaginer un être humain évoluant autrement que sur le sol. C’est-à-dire que le sentiment d’être hors-sol (et je ne parle pas ici du sentiment d’être loin d’un sol, par exemple chez le migrant. Derrida parle à juste propos de nostalgérie par exemple) n’est pas possible sans graves conséquences : notre société semble le montrer à chaque instant.
2. Qu’on ne peut imaginer un être humain qui ne fasse pas lui-même interface entre son être profond (c’est-à-dire sa culture, sa langue, etc.) et son milieu, tout comme la plante se structure dans l’espace là où elle croît. On retrouve ici la notion de médiance d’Augustin Berque qui, dans ces discussions souvent malcommodes se révèle d’un solide secours.

 


 

Par un égarement hasardeux, en partie dû à l’incroyable crevaison des cieux qui s’est finalement produite entre Forlì et Cesena, je me suis égaré entre quelques zones et me suis retrouvé sur une route, que j’ai suivie malgré tout, absolument désorienté par les ronds-points, les bretelles, les voies rapides (souvenons-vous que je n’avais jamais conduit en ces terres). Je suis arrivé un peu par hasard à proximité de mon but : c’était un petit pont qui survolait la fin des habitations de la fin de la ville, et nous, jadis, nous arrivions toujours par là ; la petite montée (trois, quatre mètres, pas davantage, mais dans ces plaines, c’était un pic) qui masquait tout et puis tout d’un coup, sur la tangente, la mer, la ville, la plage, les rochers, tout le paysage adriatique révélé comme une récompense du long voyage.

C’était la route. Et le pont arrivait. Mon cœur battait. La pluie avait cessé. L’air était conséquemment très pur, une fois vidé de son humidité. Le soleil se couchait. Le paysage se donnait (à nouveau) alors ainsi : entier. Il se donnait tout à moi.

J’y étais.

 


 

Nous entretenons aujourd’hui une épineuse équivoque à l’égard du sol, du territoire et donc du pays. Tout ce qui ramène à la terre d’une part, et à une espèce d’identité est suspect.

Mais dans le même temps, le désir d’un retour à la terre, de campagne, de tradition (musique et danse folk, artisanats, agriculture biologique, et jusqu’aux noms très “troisième république” revenus en force dans les états civils) est toujours plus prégnant.

Or notre monde, dans son cadre politique totalement assimilé au capitalisme, ne voudrait glorifier que l’individu et, corollaire évident, l’identité d’une part, la communauté d’autre part.

Le détour par l’écologie et la géographie nous enseigne pourtant : 1. que l’individu n’existe pas ; 2. que l’identité/la communauté sont des entraves à l’expression d’un projet politique digne de ce nom.

 


 

Je gare la voiture juste devant la dernière pension où nous allions, les dernières années. Je fais une grande marche dans la rue, comme nous le faisions jadis.

La ville a-t-elle changé ? Et moi ? Quelle sera la place de la nostalgie ? Et celle de la mélancolie ?

 


 

Comme il arrive souvent quand on revient sur un lieu d’enfance, les bâtiments semblent plus petits, comme ratatinés (eu égard à leur “gonflage” dans le souvenir ému), mais ce n’est pas cela qui me frappe en premier. Ce qui me frappe en premier c’est l’aération propre au quartier — il faut dire qu’à cette période la saison balnéaire est un souvenir. L’écartement entre les édifices, l’espace qui est généreux. La rue Porto Palos a changé, il y a une piste cyclable, des aménagements ont été faits ça et là, mais dans l’ensemble c’est la même ville. La plage n’est pas moins différente. La vieille villa dont on rêvait est toujours là ; le petit lunaparc pour enfants aussi. Et le sable.

Comme la pluie est récente, toutes les banquettes de toile sont restées en place. Dans une espèce de friche très rase qui s’est développée à la faveur d’un élargissement de la chaussée, j’observe les escargots encore, rendus actifs par la météo. Ils sont très nombreux, et je dénombre facilement cinq espèces, ce qui en ces lieux, et compte-tenu de l’uniformité du milieu (la plage de sable fin), est plutôt inattendu.

Un escargot est l’inattendu.

Je reste aussi longtemps à la petite marina à regarder la mer tranquille.

Au matin je vais déguster un fameux bombolone dont ces gens ont le secret — lui était resté fiché là comme une madeleine. Et un cappuccino. Le soleil se lève, dissipe les brumes, rosit l’horizon. Au loin on distingue les plates-formes d’extraction de gaz naturel (le trivelle) qui ont fait l’objet d’un récent referendum.

Je le constate comme le soleil devient plus fort : en vérité, il n’y a pas de place possible pour la mélancolie, ni pour la nostalgie. Je n’ai pas été arraché à cette terre, c’est moi qui me la suis appropriée. En saisissant cette saisie, en comprenant cette préhension, et surtout, comme je me suis habitué à le faire depuis que, précisément, j’ai renoncé à comprendre et saisir, en relâchant la bride de l’enfant capricieux, j’ai laissé cette terre, comme ma terre natale, en paix : j’ai cessé de la considérer comme ma propriété, ma possession.

En m’approchant d’un terre-plein où je découvre une plante que j’ai toujours vue et jamais connue : Cenchrus longispinus (Hack.) Fernald. Je l’avais complètement occultée, elle aussi, qui pousse entre un silène enflé et une sauge à feuilles de verveine. Me revient alors une phrase de Pascal Quignard, qui a écrit deux petits livres sur la terre et le sol8.

Il n’y a pas de terre. Elle est ce qui manque. Elle consiste en ce qui manque quand il se jette sur elle et se roule contre elle.

 


 

L’écologue s’est exprimé ; le géographe surenchérit : le territoire est bien la combinaison d’un espace investi (habité) selon différentes dimensions : 1. biogéographique ; 2. personnelle-affective ; 3. sociale et politique ; 4. symbolique.

Condition non négligeable (en ces temps d’ouverture de tous les marchés et, présumément, de toutes les consciences), l’existence de frontières qui autorisent précisément la circulation.

Le sol est indispensable à cette stratification. Il en est la dimension centrale9.

 


 

Je n’ai pas été bouleversé du retour à la terre. J’ai épongé ma dette, s’il y en avait une. J’ai vu de nouveaux lieux dans le lieu, ouvert de nouvelles dimensions. J’avais aimé ce voyage.

Je pouvais désormais aller voir ailleurs.

  1. Agricoles, dirais-je.
  2. « Les constructions territoriales sont avant tout du temps consolidé », Marcel Roncayolo, La ville et ses territoires, 1990.
  3. Sans aucune preuve de ce que j’avance, et sans témoignage des échantillons que j’aurais pu apporter à la connaissance (à défaut de porter la connaissance à l’objet), je crois que j’étais en face de Retinella olivetorum (Gmelin), d’une famille, effectivement, à la coquille très fragile (Oxychilideae).
  4. La Romagne est un territoire historique formant avec l’Emilie la région Emilie-Romagne. La Romagne se constitue des provinces de Ravenne, Forlì-Cesena et Rimini, de la république de Saint-Marin et de quelques communes de Toscane et des Marches.
  5. À laquelle j’étais revenu, puis que j’avais quittée à nouveau, durablement.
  6. Spectres de Marx, Eperons, et même dans Marges.
  7. La mer, destinée à la balnéation, est “canalisée” par une série de digues de grands rochers posées en chevrons sur toute la longueur de ce littoral, qui s’étend quasiment de Venise à Ancône. Le cycle du sable est ainsi conditionné et jusqu’à ces rochers, disposés à une centaine de mètres, il s’accumule en vaguelettes peu profondes.
  8. Pascal Quignard, Les mots de la terre, de la peur, et du sol, 1978 et Sur le défaut de terre, 1979, d’où est extraite la citation (tous deux chez Clivages, republiés dans Ecrits de l’éphémère en 2005).
  9. L’existence de frontières, par ailleurs, autorise l’existence du droit du sol. Et autorise l’existence d’une communauté qui ne soit pas fondée sur l’identité (de sexe, de langue, de religion, de culture, que sais-je), mais sur un projet politique. Et, même si aujourd’hui on ne le peut l’affirmer sans être suspect au mieux de réaction, autorise le concept révolutionnaire de nation.

Le cappuccino de la Gare du Nord

février 28th, 2016 § 2 comments § permalink

Pour qui connaît l’Italie, l’amateur de café et de cappuccino est passablement surpris de leurs médiocres qualités en France : ce sont les mêmes machines, souvent c’est le même café (certes pas toujours), et pourtant le café des bars français est irrémédiablement dégueulasse. Imbuvable. Insipide, ou trop amer, mais de l’amertume dégénérée de la mauvaise pression, passe ou mouture.

On dira que ce sont des particularités locales, et on ne s’en formalisera pas. Soit. On fera comme si cela n’était pas vrai aussi des fruits et légumes, des fromages et charcuteries, de la viande et du poisson et même de nos jours du vin.

Des amis italiens à Paris me disent que non, décidément, ils ne vont plus dans les restaurants, qui sont trop mauvais et chers, de surcroît. Ce qui les étonne, car on trouve sur les marchés de magnifiques produits et de sympathiques producteurs, consciencieux, passionnés, engagés, et avec encore des papilles fonctionnelles.

A moins de n’aimer que les hamburgers et les frites1, ou l’entrecôte… frites, on ne peut plus manger au resto en France — sauf à dépenser des centaines d’euros avec hélas souvent un résultat proche de la nouvelle cuisine. Il n’y a que les restaurants paumés et rustiques des fins fonds de campagne, quelque brasserie ça ou là, ou bien les chambres d’hôte/gîtes familiaux pour prétendre égaler ce que l’on ferait mieux et meilleur chez soi.

Les Italiens exilés à Paris ont d’ailleurs des astuces : des lieux de soutien culinaire psychologique, des filières particulières, pour cuisiner avec leurs produits et goûter leurs saveurs2.

La France, toujours volontaire et bavarde sur la question culinaire, comme orgueil national et motif politique ressortissant de l’exception culturelle (ce qui, soit-dit en passant, est une absurdité : comme s’il n’y avait pas une culture nationale stricte et riche en Italie, au Portugal, en Islande ou en Bulgarie, au Kazakhstan, en Somalie, au Myanmar ou aux USA !) ferait bien de la mettre en veilleuse. L’inscription du savoir-faire culinaire français à la liste du patrimoine immatériel de l’Unesco est une farce. Car c’est la France qui a vu la naissance et favorisé le développement de la grande distribution à tout va, c’est la France qui se classe parmi les champions européens et mondiaux de l’agriculture intensive, c’est la France qui nourrit ses enfants chez Sodexo.

Bref.

Il existe un petit secret, qui nous fait comprendre que les choses sont plus complexes qu’on veut bien nous le dire. Gare du Nord, il y a un restaurant de fast-food américain bien connu3 ; le cappuccino qu’on peut y boire (outre le fait que l’internet y est gratuit, ce que peu d’établissements “de chez nous” permettent) est le meilleur de Paris. Préoccupation de l’entreprise ? Qualité de la machine ou du produit ? Savoir-faire du/de la serveur/serveuse aux origines italiennes ? On ne sait pas. Mais c’est un fait.

Un fait qui nous fait comprendre qu’on n’est pas sorti du sable. Et qui devrait nous enseigner un peu d’humilité.

  1. J’adore le hamburger, mais pas tous les jours quand même. Et quant aux frites : en comparaison de l’institution des Flandres par exemple, quelle déception !
  2. On sautera le propos des épiceries italiennes qui si elles distribuent de vrais produits italiens, certes, le font à des prix exorbitants et ciblent une population aisée qui peut se permettre ces écarts gustatifs — soit une mode absolument honteuse : on trouve des beignets de courgettes à 35 euros le kilo, du Nero d’Avola à 17 euros la bouteille, des pâtes De Cecco à 4 euros le paquet de 500g. Cela s’appelle purement et simplement arnaque.
  3. On pourrait aussi s’interroger, en passant, sur le fait que les grandes gares deviennent également, grâce à l’entreprise Gare & Connexions, des centres commerciaux ; si mettre un piano au milieu de la gare compense le fait d’avoir à prendre des Ouigo (filiale low-cost de la SNCF) ?

En paraphrasant Pacôme Thiellement

septembre 9th, 2015 § 0 comments § permalink

C’est une farce. Je me suis amusé à répondre à une interview qui a été donnée à l’ami Pacôme Thiellement à propos de cinéma — mais je l’ai transcrite pour le rock. Certaines questions du coup ne peuvent être exactement les mêmes.

 

Tu n’arrêtes pas de parler de rock. Que représente cette musique pour ceux de ta génération ?

Pour ma génération, je ne sais pas, nous sommes les derniers arrivés dans le rock, nous avons raté le punk, et nous avons traversé l’horreur des années 80. Nous sommes donc essentiellement tournés vers le passé, comme “notre” musique, le grunge, en témoigne. Bien entendu le rock a représenté pour nous ce qu’il représente à coup sûr, une forme de consestation et d’émancipation, mais comme brouillée, feinte. Et puis le hip-hop était là aussi présent — sans parler de la soupe qu’on nous servait à tour de bras, partout, tout le temps (variété, dance, house ou techno de piètre qualité, rock fm, etc.).

Le rock est essentiellement une musique de la mélancolie. Il est aussi triste qu’une œuvre de Rubens. En réalité le rock est l’un des tout derniers avatars du romantisme dans la culture contemporaine — et d’un romantisme qui n’est pas “pollué” par l’esprit du vingtième siècle, le second degré ou l’intertextualité propre aux années expérimentales post guerrières. Même si des auteurs (Captain Beefheart ou Frank Zappa, mais aussi dans une certaine mesure George Clinton ou David Bowie) ont assez vite mesuré les limites du rock en tant que mouvement, et l’ont souvent poussé à bout, une grande partie du rock se prend beaucoup trop au sérieux, et c’est ce qui le rend parfois si ridicule et pénible.

A vrai dire j’aime beaucoup écouter du rock, mais je prétends que cette forme de musique est en état de coma profond depuis de très nombreuses années. Mais c’est aussi que l’on vieillit et peut-être que l’attrait pour le larsen, la bière et le vomi s’émousse avec le temps.

Quelles œuvres te paraissent les plus riches symboliquement ?
Il n’y a pas d’œuvre récente de poids dans le rock, donc il faut se rendre au musée ; pour tout le côté romantique obscène (sans retenue), évidemment The wall remporterait la palme (suivi de Tommy). Pour tout l’aspect, sur lequel il faudra revenir, du rock comme mouvement socio-politique et culturel, d’un côté, pile, on placerait Kick out the jams !, et peut-être Entertainment ! de Gang of Four ; côté face, caricatural, Nevermind the bollocks ou Nervermind tout court ; entre les deux Raw power (sérieusement qui a encore le désir d’aller voir Iggy Pop à poil sur scène ? C’est ça l’obscène du rock, son côté zombie inconséquent).

Mais pour répondre plus sérieusement, les œuvres qui m’évoquent le plus de paysages (disons cela comme ça) se trouvent à la frontière du rock : la trilogie berlinoise de Bowie, l’âge d’or de Pink Floyd, quelques autres trucs progressifs, comme Stonehenge de Ten Years After, quelque King Crimson, Kraftwerk, Neu !, certaines disques de Prince, Dr John, pas mal de morceaux de Neil Young… mais là on a l’impression que je cultive le progressif et les herbes qui font rire. En réalité je n’aime pas trop le progressif.

Quel est la musique (rock) qui a défini ton enfance ?
Les premiers sons qui m’ont tout de suite emporté alors que j’étais à la fois enfant et en voyage ont été ceux de Pink Floyd ; la première période avec Barrett (j’avais trouvé deux cassettes sur une aire d’autoroute, The piper at the gates of dawn et Masters of rock ; j’avais dix-douze ans — je les ai gardées), puis More, dans une pièce vide et sombre de l’appartement inoccupé mitoyen au nôtre, où je m’entrainais à fumer, boire et explorer l’érotisme, disons, enfin Meddle collé de manière indélébile aux paysages de la Restonica. Mon cousin m’avait offert un disque aussi : Chunga’s revenge de Zappa. Plus tard, Sticky fingers, irrémédiablement lié à la Camargue, à un chien mort, et à l’été. Les Stones ont alors durablement accompagné le passage entre l’enfance et l’âge adulte (et je dois dire qu’aujourd’hui encore, sans être totalement fanatique, je trouve que Sticky fingers et Exile on Main Street sont les deux aboutissements du rock en tant que tel ; j’ajoute d’ailleurs que Dark side of the moon est le disque qui met un terme à toute la période du second âge d’or du rock ; rien ne sera plus comme avant. C’est pourquoi je dis que le rock est mort dans la nuit du 12 mai 1972 au 1er mars 1973).


Quel musique te donne envie d’être un homme meilleur ?
Je ne comprends pas cette question. On pourrait répondre, en paraphrasant Volodine, que j’ai trop de respect pour la politique pour croire que le rock ait un quelconque rapport… Plus jeune j’ai pu m’identifier à des chanteurs, aujourd’hui, je ne leur confierai pas ma voiture.


Quel disque est un chef-d’œuvre sous-estimé ?
C’est difficile de répondre dans le rock car il y a non seulement les hyperclassiques qui sont omniprésents encore aujourd’hui, mais il y a aussi une multiplication de niches, et de quarts d’heure de célébrités à tous les étages, et certains auteurs obscurs trouvent tout de même un public. Si bien qu’on aboutit à des folies inverses, comme avec Nick Drake par exemple.

Pour contourner la question, grâce à certains réseaux sociaux, on trouve des choses étonnantes et peu connues ; par exemple j’ai trouvé de manière tout à fait hasardeuse le groupe Demon Fuzz ou Osamu Katajima. Ils n’ont rien à envier aux stars de l’époque.

Et puis la plupart des disques de ce qu’on nomme improprement le post-punk sont parmi les plus intéressants que le rock ait produit : Lydia Lunch, Pere Ubu, The Residents, Gang of Four, Devo, la compilation Akron, même Jona Lewie ou Ian Dury sont plus intéressants qu’une grande partie de ce qu’on nous sert habituellement.

Chez les classiques, on devrait mieux écouter Paul Simon, Elvis Costello, Joe Jackson, Joni Mitchell, Rickie Lee Jones, Dr John, Sly Stone, George Clinton, les Talking Heads, les Beastie Boys… Rage against the Machine cent fois plutôt que les Red Hot Chili Peppers ; Love plutôt que les Doors ; Henry Rollins plutôt que Offspring ; Talk Talk plutôt que Radiohead…


Quel disque est à ton avis bien trop surestimé ?
C’est beaucoup plus facile : c’est le top ten de la plupart des listes idiotes. Sergent Peppers lonely heart club band est certainement le disque sur lequel on fonde le plus d’espoir et sur lequel on forge le plus grand nombre de jugements incongrus ; à part cela des disques décrétés comme chefs d’œuvre comme Blonde on blonde, certains disques d’Hendrix, la plupart de ceux de Lou Reed, ou le Black album de Metallica, me paraissent largement surévalués, tout simplement parce qu’ils n’ont pas la force d’évocation, qui elle peut être subversive, d’autres œuvres moins collectivement saluées, ou bien ils n’ont pas trouvé la forme qui rendrait grâce à leur propos artistique singulier (et bien souvent, il n’y a pas de propos, ou il n’est pas singulier1).


Quel disque serait une bonne B.O. ?
Il y a de bonnes B.O. de “rockers” comme Paris, Texas, ou Dead man, mais c’est vrai que ce sont plutôt des plages réservées de musiciens uniques…

Une bonne B.O. est peut-être ne compilation, comme l’a bien compris ce filou de Tarantino. Mais c’est très dur à faire une bonne compilation. Ça prend des lustres.


Quel artiste te tape sur les nerfs ?
Ceux qui y croient, ceux dont on ne comprend pas comment ils peuvent exister : Led Zeppelin, AC/DC, Tears for Fears, INXS, Guns n’Roses, Van Halen… la liste est longue !


Pour quel musicien(ne) as-tu un amour inconditionnel ?
Si c’est le sens de la question, je suis très très très tolérant avec Prince.


Quel musicien a une discographie parfaite ?
Ils ne sont pas nombreux, en réalité ils sont très rares ; mais des groupes ou artistes qui ont dépassé à la fois le clash, la mort à 27 ans et les années 80, je dirais qu’il n’y a que Paul Simon. Très peu d’albums, très peu d’erreur de goût, y compris dans les années 80. Je n’ose imaginer les Beatles ou Hendrix traverser ces années (enfin si on a vu avec McCartney).

Sinon Pere Ubu et les Residents ne se sont guère dévoyés non plus.


Quel disque aurais-tu aimé écrire ?
Low de Bowie, je dirais.


Quel musicien peut ruiner un disque pour toi ?
On parlerait peut-être plutôt d’instruments de musique : les synthétiseurs à la Dire Straits, ou les solos de guitare des guitar-heroes (Clapton, encore un type surestimé), ou encore toute batterie à double grosse caisse, sont rédhibitoires.

Mais les requins de studio, comme Jeff Porcaro, me sont insupportables.


Quel disque d’horreur continue à te terrifier ?
Brothers in arms de Dire Straits.


Quel disque qui va bientôt sortir attends-tu avec impatience ?
Aucun. Il n’y a plus de désir de rock nouveau en moi. Mes derniers “coups de cœur” étaient P.J.Harvey, Henry Rollins, Jon Spencer, c’est pour dire. Tout ce que j’ai écouté depuis près de vingt ans m’ennuie profondément. A part des surprises ça et là (j’ai par exemple une affection particulière pour des trucs insignifiants comme Cake ou The Presidents of the United States of America), mais rien qui ne fasse carrière, renom ou borne durable ; je crois que ce temps-là est terminé. Et puis le hip-hop, l’électro sont passés par là ; et puis il y a tout le jazz, le funk, le blues, aussi…

Les disques que j’attends ne sont pas dans le rock (est-ce que j’attends encore des disques d’ailleurs ?). Antipop Consortium, oui. Ou même le Kronos Quartet. Et c’est déjà très vieux.

Adult Jazz m’a bluffé l’an dernier. Et je dois dire que $o$ de Die Antwoord est un disque qui à mon sens demeurera important, malgré toute la vulgarité et la pseudo-ironie du projet.


Quel disque prétends-tu avoir entendu ?
J’ai écouté toutes les disques, hélas.


Cinq disques que tu peux écouter encore et encore et toujours être surpris par leur génie :
Je les ai déjà tous cités, non ? Low, Entertainment !, More, Gris-gris et Parade ? Ce sont exactement les disques que j’ai chroniqués (ou vais chroniquer) ici-même ! Ah, et aussi la série des Ethiopiques recèle une immense part de mon idéal musical.

  1. Avec un très grand connaisseur, Gilles Amiel de Ménard, par ailleurs ingénieur du son, nous avons cherché à clarifier notre position ici.

La fin des Italies (3)

juin 22nd, 2015 § 0 comments § permalink

Ce texte fait suite, avec quelques autres, à une première tentative, il y a quelques années.

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Une chose particulièrement frappante (pour moi tout du moins) lorsqu’on se promène ou réside dans les cités italiennes, c’est leur fonctionnalisme exacerbé.

Je m’explique. Lorsque je lis Diabolik, par exemple, dont j’aime la longévité nostalgique, je trouve une illustration de ce que je voudrais décrire (tout comme je le trouvais déjà dans les manuels scolaires, mais aussi, pourquoi pas, dans les textes de Calvino, je pense à Marcovaldo). Reclus dans leur refuge secret, Diabolik et Eva Kant lisent le journal, écoutent la radio, regardent la télé, ils échafaudent de nouveaux plans pour s’emparer de bijoux, jouissent du luxe de leur train de vie et s’aiment. Le commissaire Ginko, sur la brèche en permanence, s’échine à vouloir capturer le criminel, en vain. Les deux ennemis semblent pourtant se respecter, tant ils sont le miroir l’un de l’autre, les deux visages d’une même humanité (Eva Kant étant opposée à Altea).

Les aventures se déroulent dans un pays imaginaire de l’Europe occidentale. Tous les noms, toutefois, sonnent étrangement germains. Les grandes villes sont Clerville, Ghenf, Burg, Beden…

On reconnaît facilement l’Italie toutefois, plutôt celle du nord (d’ailleurs Paris, Marseille, sont désignées comme modèle par les auteurs) : il y a la mer, les montagnes, les forêts. Et les villes. Les villes, les immeubles, le système de voirie, sont ceux de la ville moderne italienne. On croit parfois reconnaître les nouveaux quartiers, fascistes et post-fascistes, de Turin/Milan, Rome, Gênes.

Cette ville Diabolik, cette ville représentée, ce modèle de ville, ainsi, est celui de la ville italienne typique. En quoi cette ville représente-t-elle un décor urbain aussi fantasmé que réel, comment font ses habitants, pourtant de chair et d’os, pour y évoluer, travailler, vivre ?

La ville italienne est une ville-modèle, une ville générique : en elle, les choses sont claires.

Les lieux de pouvoir (mairie, préfecture, questure) côtoient les lieux d’art et culture (bibliothèque, musées, théâtre, cinéma), les écoles et facultés se juxtaposent aux hôpitaux, aux cimetières. Les bus et les métros relient les points névralgique, les voiries portent tout cela. Il y a des boulevards et des places, des lungomare, des centri storici, des parcs.

On va au restaurant, on va à l’opéra, on va manger une glace en bord de mer. On achète son journal au kiosque sur la place, on prendra peut-être le trolley pour un apéritif en ville, à la tombée ju jour on se retrouvera dans la grand’rue pour la passeggiata.

Les deux derniers paragraphes semblent idiots. On me dira que toutes les habitants de toutes les villes du monde, en Occident ou ailleurs, vivent ou peuvent vivre les mêmes choses.

Je ne sais pas comment dire plus simplement : la ville italienne est organisée autour de ses fonctions claires ; en somme l’Italie et l’Italien sont simples — et cela n’empêche nullement la complexité des éléments qui en composent l’histoire et les soubresauts — cela ne se veut pas un jugement négatif ou moqueur.

Ceci m’évoque notamment, dans le caractère italien, l’absence d’ironie ou, dit autrement, l’excès d’ironie qui cumule en arrogance dans l’esprit français, qui empêche finalement une saine et ingénue ouverture à l’altérité (la curiosité).

Peut-être en premier lieu parce qu’une grande partie des villes sont finalement relativement modernes (pensons à la Rome en chantier des films néoréalistes, ou chez Pasolini ou Moravia) ; ensuite aussi peut-être parce qu’elles sont toutes le fruit de la même idéologie (post-fasciste & démochrétienne) c’est-à-dire au même catalogue de formes, comme des figures imposées.

Il y a bien sûr les contraintes locales, la mer, la montagne, ou les ruines romaines, médiévales, baroques, et il n’y a peut-être même que ça, mais lorsqu’on se promène par exemple dans les villes du sud, développées paradoxalement plus récemment, et si l’on compare les plans, ou mieux, si on en à l’occasion, si on se promène par exemple à Pescare, à Bari, à Catane, à Crotone, à Tarente, à Potenza, à Ascoli Piceno, à Sassari, à Teramo, A Vibo Valentia… on ne sera pas surpris de se retrouver, coûte que coûte, dans la même ville italienne.

Ce qui d’ailleurs confère à l’ensemble du pays une unité, malgré son déploiement sur les latitudes, et par-devers ses difficultés à se penser comme véritable état-nation.

Il y a une rationalisation des espaces, qui n’est pas totalement assimilable à l’indistinction des espaces, propre à la gestion capitaliste de la ville dont pourtant ils sont le jeu ; les lieux sont moins interchangeables qu’ils sont dédiés, ou dévoués, tel des monuments ; ils ont un usage précis. Il n’y a pas de brouillage des pistes et, même s’il est facile d’errer ou de se perdre, ce ne sont pas des lieux du nomadisme ; une logique constitutive, organique, tient l’ensemble, et c’est je crois la même qui unie mille dialectes en une langue, mille saveur en une cuisine, mille visages en un peuple, et mille pays en un seul qu’on nomme l’Italie.

La fin des Italies (2)

juin 22nd, 2015 § 0 comments § permalink

Ce texte fait suite, avec quelques autres, à une première tentative, il y a quelques années.

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Pourquoi l’Italie ?

Pourquoi, mais pourquoi l’Italie ?

La question ne laisse pas de surprendre et de revenir, et probablement reviendra-t-elle jusqu’à la fin.

Je suis essentiellement et constitutivement français, je ne crois pas qu’on puisse le nier, et cela ne me pose d’ailleurs ni problème, ni fierté particulière. Je me reconnais dans une grande part de l’héritage de la France et je regrette bien d’autres aspects. Lorsque je suis ailleurs en Europe et dans le monde, je ne peux pas nier que je suis un Français en Europe ou dans le monde. Je le porte sur moi, en moi, et cela ne changera guère dans le futur.

Et pourtant je suis attiré par l’Italie, dans sa complexité, et dans tout ce qu’elle représente : la langue, la culture, la cuisine, la ville, il est jusqu’à la politique, les relations sociales et même l’administration qui me fascinent et m’aimante irrévocablement.

Il est vrai qu’à force de voyage, depuis ma plus tendre enfance, et durant toute sa durée, jusqu’aux récents séjours, les plus longs que j’ai faits à l’étranger, j’ai calculé que j’avais passé en tout pratiquement trois années de ma vie en Italie.

Mais enfin cela n’a aucune commune mesure avec n’importe quel résident étranger dans n’importe quel pays.

Il est vrai aussi que durant toute la période enfantine, l’Italie a représenté à mes yeux une terre paradisiaque ; parce que c’étaient les vacances et la mer, les jeux et la famille réunie, et l’exotisme mêlé, j’ai tout d’abord follement aimé l’Italie, qui se résumait alors à Rimini — autant dire un lieu hyper non-représentatif de qu’est réellement le pays.

Ensuite j’ai détesté Rimini, et je récuse encore peut-être tout ce que des cités comme Rimini représente, des points de vue culturel, social, politique, et même environnemental !

Puis j’ai dû me réapproprier l’Italie, la redécouvrir, la voir en vrai — et pour moi-même ; il va sans dire qu’il m’a fallu passer par une phase de révolte familiale pour parvenir à accepter l’idée que l’Italie devienne autre chose que le jaune et bleu paradis de l’enfance.

Je suis allé vivre à Rome et, par hasard, dans le quartier Spinaceto. Puis j’ai contraposé les régions du sud (Campagnie, Molise, Basilicate, Pouilles, Calabre) au souvenir émilien et romagnole (il y a des différences…). J’ai découvert les îles. Puis j’ai connu Gênes, sans doute la plus vilaine des villes italiennes, c’est-à-dire la ville qui répondait le plus mal aux canons exigés de la beauté patrimoniale réclamée à la péninsule. La ville italienne la plus inconfortable, i.e. la plus propice à mon installation. La plus violente, donc la plus stimulante.

Dans l’intervalle l’Italie aussi a sans doute beaucoup changé : la politique berlusconienne au sortir des années démochrétienne, le G8 de Gênes, le tremblement de terre de l’Aquila, le changement de pape, la succession des tragédies migratoires en Sicile et dans le sud, le tout dans le contexte de la crise européenne (dictature Monti, populisme Letta-Renzi, ces trois gouvernements au pouvoir sans élection), ont modifié le rapport des Italiens à leur propre nation — dont a fêté le jubilé en 2011, ainsi qu’au monde (il paraît que de nos jours les Italiens sortent de leur pays…).

Mais plus que l’Italie elle-même, c’est bien ma propre personne qui a évolué dans la perception de l’Italie. J’ai façonne jour après jour une Italie personnelle, jour après jour je renoue avec l’image que m’avait aliéné une enfance trop sensible.

Top 2014 d’Ambo(i)lati

décembre 26th, 2014 § 0 comments § permalink

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Voici les articles d’Ambo(i)lati les plus lus cette année !

Près de 62000 visites (+14% par rapport à 2013), et 22000 visiteurs uniques en 2014 (+10%), avec tout ce que ça implique de robots, de non-lectures, etc. Je passe sur ces points techniques. 170000 pages vues (+0,1%) et près de 655000 hits (+29%). On s’en fout, mais tout de même 22,3 Go de bande passante occupée !

Ce qui m’intéresse, ce sont les pages vues, une fois qu’on a enlevé les fichiers xml, css, et autres brouillages divers et variés… (À noter l’insertion en milieu d’année (en septembre peut-être) d’une extension compteur de lecture, dont je ne tiens pas compte, puisque installée à un moment m et ne correspondant pas avec les chiffres d’Awstat, le compteur de mon serveur ; disons que c’est pour avoir un ordre d’idée.)

Avec 4158 lectures, la discussion à bâtons rompus (hem) entre Gilles Amiel de Ménard, Guénaël Boutouillet, Anthony Poiraudeau, Joachim Séné et moi-même au sujet de Dire Straits [mars 2013] reste, comme l’an dernier, largement en tête de tous les articles ! Passion secrète de Dire Straits ? Attrait hormonal de Gilles, Guénaël, Anthony, Joachim ? Peut-on parler par exemple d’un « effet Poiraudeau » ? Les chiffres, en tout cas, sont là. Et parlent, seuls.

Vient ensuite La fin des Italies (1) [mai 2012], et c’est intéressant car je suis en train d’écrire une suite à ce texte tout à fait circonstanciel, par ailleurs (3196 lectures !).

Enfin, avec 1455 lectures, c’est le projet instinien SRC, soit la traduction incomplète de l’Anthologie de Spoon River d’Edgar Lee Masters par le Général Instin [décembre 2011] qui arrive 3e, tout comme l’an dernier !

Viennent ensuite :
Internet interlope [septembre 2010], qui était deuxième l’an dernier (1176 lectures tout de même, le nom de Maïsetti ne doit pas y être pour rien ;)) ;
— un texte extrait de la série Suffit sa peine (le 31e) [janvier 2011] (362) (pourquoi ? mystère…) ;
— un poème et le premier texte de 2014 à apparaître ici, Keith 04 (344) ;
— un autre poème, cette fois le Monk 1 à 5 [mars 2014] (294) ;
— autre texte de 2014, de l’ensemble intitulé Frictions, autour de Christian Garcin, Des arbres et la nuit [avril 2014] (292) ;

Pour clore là ce palmarès des plus de 200 visiteurs :
— un texte scolie de GEnove, Les putes de GEnova, mais on croit comprendre pourquoi [à noter que le texte date d’août 2007, soit sept années !] (280) ;
— Au moment critique, 2, texte critique de l’ensemble La littérature inquiète [juin 2014], texte qu’à tout bien considérer je ne déprécierais pas tout de suite (269) ;
— un autre texte circonstanciel sur une imaginaire réforme de l’éducation, qui a tout de même drainé 268 lecteurs, We don’t need no education (mais le titre doit y être pour quelque chose) [septembre 2011] ;
L’orque l’un des textes d’un essai de traduction (libre) d’Horcynus Orca de Stefano d’Arrigo [janvier 2014] (264) ;
Le caprice des fères, un autre de ces textes choisis [janvier 2014] (241)
Le chapeau de Sciascia [avril 2014] (239) ;
Le renversement de perspective (Nevski), petite récréation autour du jeu vidéo antique The New Zealand Story, d’où découlent toutefois des réflexions touchant au Général Instin, à l’espace, à l’écran [juin 2014] (230) ;
Incipit [d’Horcynus Orca], troisième texte choisi du livre de d’Arrigo [janvier 2013] (228) ;
Poésie et botanique, texte circonstanciel sur le lexique des plantes [avril 2014] (219)
Retour au pays, 2, extraits d’une traduction (à présent terminée !) d’un magnifique roman de l’écrivain sarde Salvatore Niffoi [janvier 2014] (212) ;

On est plus dans les chiffres habituels d’A(i)L avec ces derniers textes (±200 visites quotidiennes en moyenne), ce qui paraît déjà incroyable. Contrairement à l’an dernier, les textes de l’année sont peu représentés ; mais il est vrai qu’à partir de la fin du printemps je n’ai pratiquement plus touché au site — ce qui est une rare première — pour des tas de raisons que j’exposerai peut-être ailleurs. L’éloignement du texte mais aussi de sa diffusion sur les réseaux sont sensiblement repérables. Egalement repérable le succès des projets de début d’année (même les plus modestes, marginaux, exigeants ou anecdotiques), pas du tout “maximisé” ; mais il est vrai que l’on se fout un peu, en ce moment, de la diffusion du site.

A noter également qu’une partie de mon attention littéraire s’est focalisée également sur le projet Bornes que, par la bienveillante entremise de Guénaël Boutouillet, se déploie mois après moi sur Remue.net. Or je n’ai pas toujours fignolé à ce point des textes qui sont tout aussi exigeants dans leur écriture-lecture (afin de ne pas les rendre trop rébarbatifs) que du point de vue de leur contenu — il ne s’agit pas simplement d’enfoncer des portes ouvertes, la plupart des journaux, magazines, émissions de radiotélévision et sites internets le font déjà avec beaucoup plus de professionnalisme et d’abnégation (je songe d’ailleurs à réaliser un tableau des grands usurpateurs, ventres creux et charlatans qui ont pourtant exclusif droit de cité — j’en dévoile quelques-uns dans Au moment critique, 2), mais de ficher au contraire dans matière aussi brute que lisse un germe de critique, car n’est-ce pas là notre unique tâche ?

Et puis l’attention littéraire (je crois fermement — dans mon cas en tout cas — que l’on dispose d’un réservoir d’attention et que certaines tâches proches mais différentes de l’écriture même, viennent occuper part de cette attention ; lorsque je rédige un rapport professionnel, ce temps d’écriture n’est souvent pas cumulable à celui dédié à la littérature) a également été bien requise par la traduction de de Ritorno a Baraule de Salvatore Niffoi et la relecture des épreuves de Farigoule Bastard. Ce n’est tout de même pas rien.

Avec cette insigne nouvelle qu’après temps occupé à se déplacer — et ce à peu près de la fin juillet à aujourd’hui — on est retourné vers le secret, « la fondation, la souche », à savoir écrire à la main dans un carnet (propre) et lire un livre neuf.

20 ans d’Ail ! 06 : carnets 19 à 21 (2003-2006)

décembre 21st, 2014 § 0 comments § permalink

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Table
01 : carnets 1-5 (1994-1998)
02 : carnet 6 (1999)
03 : carnets 7-9 (1999)
04 : carnets 10-15 (1999-2001)
05 : carnets 16-18 (2001-2003)
06 : carnets 19-21 (2003-2006)
07 : carnets 22-24 (2006-2008)
08 : carnets 25-27 (2008-2009)
09 : carnets 28-29 (2009-2010)
10 : carnets 30-37 (2010-2014)

 

Zhong shu #19 [#1992-2088, octobre 2003-novembre 2004] • Intermittences

Carnet

Carnet Clairefontaine, type VI (96 pages, 14,8 x 21 cm couleur, nouveau motif, orange, petits carreaux)
Nombreuses pages vides.

 

Contexte

Carnet du 2000e texte (Seul le feu, cf. ci-dessous), il est écrit sur plus d’un an, pour moins d’une centaine de textes. Intitulé Intermittences, il fait état de ce qu’on appellerait résilience.

A Dieulefit, je crèche d’abord che S. et O. en face de mon ancien appartement, rue des Prisons. Puis je trouve un gîte à Pont-de-Barret, sur le faîte d’une colline, une dépendance d’une grosse maison bourgeoise ancienne, une ferme retapée… très mal isolée, enfin… pas isolée du tout. Géniale en été, un calvaire en hiver. Mais les paysages, le silence, la nature, la montagne…
On retient une nouvelle, La nuit (#1998), un hommage à Elvin Jones (#2050bis1), ainsi qu’un autre et long hommage à Derrida (#208#) qui s’éteint « à la fin du carnet ». des traductions de Roger Waters (histoire de gagner des pages…), et des chansons, c’est même l’essentiel de la création ; beaucoup sont inabouties ou vouées à l’oubli des chansons, mais naît tout de même Un peu d’ail (#2082, qui sera rescapée), dédiée à F. que je vois beaucoup, à qui on écrit trois lettres…

Beaucoup de faux-départs, quelques lectures, une euphorbe séchée, un traité de mathématique abusive 2 sur la cardinalité du chiffre 3 et la notion de valeur discrète, un programme pour les 10 ans de Prétexte, la librairie d’alors (salut I. !)…

Un voyage dans le Vercors, mais je n’en ai plus aucun souvenir, mais un beau texte poétique, que je reprends ci-dessous (L’art de Vercors, #2013-2018), et autres paysages locaux (drômois), on voit qu’on va chercher l’inspiration (ou déjouer l’ennui, la mélancolie, voire la tristesse) dans la méditation-nature : Valouse, Baronnies (Buis, Poët-Sigillat, Lance) et du coup nouveau recueil envisagé, Sur le buis (#2036 et suivants). Il y a une autre plaquette, Porte-faix (#2074), et encore un recueil Partage des eaux (#2023).

Un autre voyage en Italie : via Serres et Larche (première fois je dirais) – Cuneo – Bonassola – Lucca – Bologna – Modena et retour. C’était avec Brigitte Brégeron (qui a disparu cette année, nda 2016) : c’est la première fois que j’approche la Ligurie. On se disait qu’on pourrait y louer un studio, pour s’y réfugier.

Comme on écrit peu, on récrit beaucoup : on songe à une compilation des textes poétiques qui étaient dans L’ouvrage, Rougissants, Calcaires Pierrier sensible et Lisières (à part ce dernier, que je ne vois pas, les autres ont été décrits dans nos précédents épisodes de 20 ans d’Ail !) ; puis encore un plan d’œuvre, avec quatre récits, deux romans, qui n’existent pas, les poèmes, les chansons, les essais, les nouvelles, les fragments, etc. On s’observe beaucoup quand on écrit.

Je chante toujours avec D. : j’adorais chanter Midnight rambler, I got the blues, Stray cat blues, et surtout Ventilator blues, et ça envoyait derrière, guitare + harmonica. Quelques concerts : Roman, deux fois, Valence, Dieulefit, pas de quoi fouetter un stray cat mais c’était libérateur.

Extraits

• Seul le feu (#2000)
• Le fragment #2006
• L’art de Vercors (#2013 et al.)
• Notre sort secret (#2050bis)
L’accident (#2063)
• Un peu d’ail
NB Il faudra faire le point sur toutes ces plaquettes de poésie, un jour.

 

Zhong shu #20 [#2089-2181, décembre 2004-septembre 2005] • Sans titre

Carnet

Bloc sténo EP, type VII (180 pages, 14,8 x 21 cm, 60g, pages blanches, spirales en haut donc)
Nombreuses pages vides.

 

Contexte

Pourquoi deux bloc sténo, ah là là quelle misère pour lire, comme pour écrire ! Bref. Un peu moins d’une centaine de textes en neuf mois.

Toujours Pont-de-Barret, et puis je me présente à un entretien d’embauche à la Coopérative agricole de la Drôme Provençale-Sicagri, pour un poste de vendeur à Dieulefit. Surprise, je suis pris, ce qui me fait tout de même un salaire pour deux années, le temps de monter La Maison de la Lance, l’association (d’éducation à l’environnement) où je resterais dix années durant.
Grâce à MW encore, je fais également des piges pour La Tribune, l’un des deux journaux locaux.
Je me rappelle que je me suis planté trois fois en bagnole, à cause des routes pourries du village, de la neige et de ma peur de la conduire sur la neige. L’hiver 2004 est particulièrement froid, la Coopérative n’est pas chauffée, c’est très dur. Un jour on déneige toute la rue avec mon collègue Yvon. En avril ! Une autre fois les huiles, puis le vin (vrac), gèlent.
Plusieurs lectures, mais je me souviens très bien du soir où j’ai entendu l’émission de Frédéric Mora chez Veinstein, pour La nuit des nuits. Un ami de Thomas, le petit-fils de Monique, nous resterons en contact, Parham Shahrjerdi et moi, jusqu’à aujourd’hui.
Comme il est surtout question à nouveau de solitude, on passe vite. Un ami, Emmanuel F., du groupe O, disparaît.
C’est une période où, à Dieulefit, plein de nouvelles personnes, à peu près mon âge, s’installent. Je rencontre d’un coup beaucoup de gens, dont certains deviendront de vrais amis, comme S. Je sors beaucoup, d’autant que je suis très seul sur ma colline mais que je travaille à Dieulefit, à quinze bornes. Je rencontre aussi durant ce travail tous les “vrais” Dieulefitois, beaucoup que je connaissais de vue et que j’ai appris à connaître, mais aussi d’anciens camarades restés dans le coin, et tous les paysans des alentours, de Vesc, de Comps, Poët-Laval, Montjoux, etc. Tous ces vieux et tous ces produits, des engrais au pinard, des granulés pour les bêtes aux outils, aux poules (d’ailleurs évoquée en deux textes, Coopérative, 1 et 2, #2171 et 2173) ! Drôme de situation de raccommoder le passé, les lieux où l’on a grandi, avec des inconnus connus, puis déjeter vers de nouveaux paysages, une nouvelle vie dans un lieu rebattu ! Rencontre contre toute attente avec A., pour huit années pleines et belles.
Puis je pense que je reviens à Dieulefit (ce n’est pas explicite, mais j’ai de vagues souvenirs)… rue des Prisons, dans le même appartement qu’en 2002.
Deux longues nouvelles, L’exorbitant, et Dépistage, encadrent et nourrissent le carnet, où l’on trouve encore un nouveau recueil de poésies, A l’os, à mon avis plus artificiel que les déjà mauvais précédents, un texte pas très bon sur les sentinelles de Miélandre (#2101), un autre sur Raton (#2144), un texte de Carlos Futuna (#2170) et une lettre à Philippe Jaccottet (#2179), qui répond.

 

Extraits

• La nouvelle L’exorbitant (#2098)
Le pain du four (#2125)
Une écriture de garrigue (#2140)
• La nouvelle Dépistage (#2166)

 

Zhong shu #21 [#2182-2286, octobre 2005-novembre 2006] • Sans titre

Carnet

Bloc sténo EP, type VII (180 pages, 14,8 x 21 cm, 60g, pages blanches, spirales en haut donc)
Nombreuses pages vides.

 

Contexte

La vie nouvelle à Dieulefit. Plein de projets, rien de surnageant vraiment (surtout que lire ces bloc-notes est d’un calvaire…).
Deux voyages en Italie, via Ubaye encore, Genova, Siena, Roma, Rieti, Napoli, Spoletto, Assisi, Perugia, Lucca, Cinque Terre, Cuneo, Tenda, Ventimiglia, puis Genova, Napoli, Ischia, Altamura, Matera, Alberobello, Pogliano Mare, Pizzo, Messina, Cefalù, Palermo, Messina, Taormina, Augusta, Siracusa, Agrigento, et retour par Orvietto, Massarosa, Genova.
Comme pour le précédent, deux longues nouvelles, Le revenu (#2195), et L’étendue (#2282), ouvrent et ferment le bloc ; il y a la reprise bizarre du Vizio radicale (#2213), et l’arrivée du concept d’Ambo i lati, d’abord un texte (#2224) dialogue avec Tullio de Rieti, sur l’Italie précisément, puis un texte plus long, en italien (#2225) ; un poème sur Fontlargias (un quartier de Dieulefit, en fait sur la commune de Vesc, où habitait Coline Serreau), pas très bon car il ne parle pas de châtaignes (#2233) ; il y a aussi un développement sur le projet de Pnr des Baronnies, avec les plans d’une action de destruction des panneaux [Non au parc], plus inscriptions pour le jour du tour de France (avec quatre amis, #2244) ; puis encore cinq autres textes de Carlos Futuna (#2207, puis #2237-40), beaucoup de textes sur l’Italie, dont une Ode à Gênes (avec citation de Mancini, je sé pas céki, #2261), et un Orage à Naples (#2262).
Pour une raison qu m’échappe, il y est question de Mesogea, l’éditeur de Messine (que je viens de rencontrer, nda 2016), à qui on proposera même un texte sur l’Italie, qui est comme l’embryon très embryonnaire de GEnove, et qu’Ugo Magno a justement refusé.
Il est enfin déjà question de Noises, avec l’apparition du Chien, de La complainte de la lune, et de L’éphémère, toutes les trois y figurant ; quant aux chansons plus “classiques”, ce sont La voisine (avec A.), et Six pieds sous terre, qui a été jouée et même maquettée, mais qui est vraiment pesante.

 

Extraits

Le revenu
Le chien
• Un texte étrange, intitulé Fermier, mais je dirai #2184
• Un drôle de texte sur l’écriture (#2205)
• Un autre sur un voyage à Paris, Soubresaut (#2203)
L’étendue
La complainte de la lune
L’éphémère

  1. « Bis » car il n’était pas dans l’index !
  2. Tiens, ça me fait penser que j’ai entendu aujourd’hui la chanson d’Elio e le Storie Tese : La terra dei cachi :
    « Parcheggi abusivi, applausi abusivi, villette abusive, abusi sessuali abusivi ; tanta voglia di ricominciare abusiva »

20 ans d’Ail ! 04 : carnets 10 à 15 (1999-2001)

décembre 17th, 2014 § 0 comments § permalink

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Table
01 : carnets 1-5 (1994-1998)
02 : carnet 6 (1999)
03 : carnets 7-9 (1999)
04 : carnets 10-15 (1999-2001)
05 : carnets 16-18 (2001-2003)
06 : carnets 19-21 (2003-2006)
07 : carnets 22-24 (2006-2008)
08 : carnets 25-27 (2008-2009)
09 : carnets 28-29 (2009-2010)
10 : carnets 30-37 (2010-2014)

 

Zhong shu #10 [#1073-1155, 12 décembre 1999-19 février 2000] • Les 12 décembres de 99

Carnet

Carnet Clairefontaine, type V (96 pages, 14,8 x 21 cm couleur, ancien motif, rouge, petits carreaux)
Nombreux textes brefs, peu d’insertions, peu de pages vides.

 

Contexte

A partir de cette année 2000, j’ai le sentiment qu’un rythme de croisière se prend, comme toujours avant les ouragans, tout est très calme.

Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, je participe avec 99 autres “comédiens” à un spectacle monumental avec le groupe O avec lequel je travaille depuis deux ans, dans toute la ville de Grenoble. Le Groupe O créé des spectacles qui jouent sur la membrane fine entre fiction et réalité ; ils s’étaient installés rue Charrel où j’habitais, sur l’ancien site Lustucru, et nombreux furent les habitants de la rue qui vinrent participer aux représentations, se mêler au public (c’était un dernier repas avant exécution). Je ne sais plus bien ce qu’était le spectacle du jour de l’an, mais c’était très éprouvant, comme toujours avec O.

En janvier 2000 je fais un voyage à New-York, qui est évidemment un choc. Le voyage est finalement peu détaillé, sauf anecdotes rigolotes (je me rappelle avoir dépensé mes premiers dollars dans le RER, parce que je n’avais pas de billet ; je lis que j’ai cassé un verre dans un bar américain de Bastille). Je note que j’ai logé au 352 E9th Street (à deux pas de la 1ère avenue et du Tompkins Square Park), chez feue Thelma aka Cassandra Baer.

A part ça, on poursuit son bonhomme de chemin : déchirure, études (travail autour de la Plaisanterie et Blanchot) et travail débuté sur le relevé des plus anciens mots du français (via dictionnaire étymologique de Rey, reçu pendant les fêtes). On revient après-coup sur le voyage américain. On découvre mieux Katerine, on poursuit sur Björk (je cite car cela revient). On lit plusieurs Sciascia, plusieurs Nabokov, sans aucun souvenir aujourd’hui. Une longue note autour de deux numéros d’Art-Press, sur l’art, et plus précisément sur l’érotisme en art.

 

Extraits

• Fragment #1078
• Une poésie ou une divagation, Le concours (#1105) ;
• Une poésie Lafcadio Hearn prends ma main (#1115) ;
• Un dialogue Le remords (#1116) ;

 

Zhong shu #11 [#1156-1275, 23 février 2000-29 mars 2000] • Tenir parole

Carnet

Carnet Clairefontaine, type V (96 pages, 14,8 x 21 cm couleur, ancien motif, noir, petits carreaux)
Nombreux textes brefs, peu d’insertions, peu de pages vides.

 

Contexte

Après NYC, second retour (après Rome), je vais vivre chichement à Condillac (résidence universitaire), avec presque rien. En février meurt “mon chien”, le seul que j’ai vraiment “eu”, avec lequel j’avais passé de sacrées journées ; un genre de Snoopy.
Un certain nombre de textes, comme auparavant, qui oscillent entre poésie et récit et divagation, des textes sans genre… ou en tout cas très poétiques, pour dire un orgueilleux euphémisme, et vers la fin des nouvelles très brèves (La confiance, Journal intime, Le témoin). Un projet de collection de classiques, aussi (If)… et la suite du relevé des vieux mots du français. La plaisanterie est toujours là. Se met en place l’inquiétude (#1222), qui est toujours d’actualité (ici par exemple), et l’évènement qui chamboulera tout, le coup de téléphone à Jean-Pierre Boyer, des éditions farrago (ex-Fourbis), au sujet de textes inédits de Blanchot (#1231) ; lecture de Bousquet, de Tristan & Iseult, toujours Quignard, Paulhan, Blanchot. Il y a aussi les premières pages de Feuilles d’aube, premier texte que je publierais en revue (Voix d’encre)… en marge d’une étude sur l’asag et la chanson d’aube… le tout sur fond de grand tourment affectif… Il y a d’ailleurs un long développement en plusieurs textes sur une espèce de vadémécum personnel, Le chemin (#1191, 1207, 1214, 1237, 1238, 1243, 1275).

 

Extraits

Poudroiement (#1167)
Le pas du jour, en quatre morceaux : 1234 (#1168-1171) ; avec des séquelles (#1206, 1215-1216) et dans le suivant : #1327-1328 ;
L’inquiétude (#1222) ;
Deux feuilles de laurier (#1242).

 

Zhong shu #12 [#1276-1388, 29 mars – 23 avril 2000] • Le livre du secret

Carnet

Carnet Clairefontaine, type V (96 pages, 14,8 x 21 cm couleur, ancien motif, noir, petits carreaux)
Nombreux textes brefs, peu d’insertions, peu de pages vides.

 

Contexte

On s’intéresse donc au secret, ce thème issu des ruminations solitaires post-voyages, toujours à Condillac, avec un léger aspect mystique, qui déborde la philosophie (encore Le chemin : #1279-1281, 1336, 1337, 1347, 1358 ; la longue litanie des secrets : #1276, 1277, 1323, 1344, 1348-1362), qui d’ailleurs n’est pas assez assurée pour être honnête… C’est très bavard encore, obscur, plaintif. Autres morceaux de Feuille d’aube (#1298). Une nouvelle (le personnage s’appelle Guize…), L’écharde (#1305), Mioka (1328), un dialogue blanchotien, L’oisir (#1312), on cite Mishima (?), Khayyam (??)… on traduit The wall (#1315), on lit le Coran, et les orateurs de la Révolution (c’était un jeu : on prend deux Pléiades au hasard et on fait un texte critique de littérature comparée), on compile aussi les Mystiques (#1346, « entre secret et chemin »). On découvre le Kronos Quartet, qu’on voit même en concert.

 

Extraits

• Le fragment #1334 ;
• Un autre fragment Le chemin, 11 (#1336) ;
• La nouvelle Mioka, rebaptisée ici Moka (#1329) ;
• La nouvelle Querelle=rivière (#1342).

 

Zhong shu #13 [#1389-1514, mai – août 2000 • L’erreur]

Carnet

Carnet Clairefontaine, type VI (96 pages, 14,8 x 21 cm couleur, nouveau motif, violet, petits carreaux)
Nombreux textes brefs, et très nombreuses insertions, le carnet est l’assemblage de centaines de textes épars sur divers types de feuilles : l’espace a été laissé pour reporter ces textes, mais évidemment rien n’a été fait. Il est donc très épais et à peu près vide ! C’est très enquiquinant à relire !

 

Contexte

Même veine que les précédents ; d’abord on recueille des dizaines de haïkai (eh oui) éparpillés jusque là. Une autre suite, L’ouvrage, dont le III, Chanson éoliennes (#), est dédié à Pierrette Renard (L’obrador est toujours là, #1429). Puis une chanson éolienne deux (#1472). A noter un certain nombre de textes sont écrits sur des fiches de Condillac, je me souviens que je faisais aussi à ce moment le veilleur de nuit.

Autre fait notable, le premier jet d’une chanson (très fersiennienne), Les boutons (#), que j’ai jouée de mémoire il y a quelques jours, étrange étrange, tout ce fatras est étrange… le fait est notable, car c’est l’une des premières “vraies” chansons que j’ai écrite, après peut-être une tentative de Amor roma (#245 !), c’était encore rue Charrel, donc entre 1997 et 1999.

Viennent encore La porte (#1419), Le patron (#1420)…

 

Extraits

• Les deux chansons La porte et Le patron (à vrai dire je ne les retrouve pas !) ;
• Le texte Les mains d’euphorbe, 2 (#1430)
• Les fragment #1495 et #1497.

 

Zhong shu #14 [#1515-1640, août 2000 – avril 2001] • Titres en souffrance

Carnet

Carnet Clairefontaine, type VI (96 pages, 14,8 x 21 cm couleur, nouveau motif, vert, petits carreaux)
Peu d’insertions, pas mal de vides !

 

Contexte

Même veine que les précédents. D’abord quelques textes anciens insérés, ainsi qu’un programme d’écriture fantaisiste.

Puis on quitte Grenoble. De nombreuses nuits ont permis de se prendre le chou pour savoir s’il serait opportun ou non de revenir à Dieulefit, qui était un grand désir. Je vois que je vais même passer quelques jours chez S. et J., alors qu’ils habitent à la Croix-Rousse, et me souviens même avoir visité deux appartements à Caluire et Cuire !

Finalement ce sera donc Dieulefit (octobre ?), rue des Prisons (eh oui), un appartement tout biscornu, très grand, qui avait été loué par la famille d’un collègue de mon père, celui qui sera cardinal pour Bobines, si un jour Bobines voit le jour. Rencontre de G. à Paris. Du coup la chanson se lance beaucoup. Beaucoup de déchets, beaucoup de textes réflexifs peu intéressants, et donc des chansons : La fille du calvaire, qu’on aura enregistré (écrite avec G. donc).

Par ailleurs encore veilleur, dans l’usine de textile, maintenant (je lis : « avec Gaby on se dit que les copseuses, finalement, c’est pas si mal », je ne trouve pas le # de ce texte). Et début des études naturalistes par correspondance (je crois, je me souviens que je révisais à la pause au vestiaire ; Gaby d’ailleurs, un Ardéchois fringué et coiffé comme en 69, m’encourageait ; il me disait les noms en patois ; chez lui l’aulne était la verne ; c’était vraiment devenu un ami, même si j’avais été à l’école avec ses fils…).

 

Extraits

• La chanson La fille du calvaire (#1579)
• Le texte Les projets de l’Erohée (#1608)

 

Zhong shu #15 [#1641-1707, avril – septembre 2001] • Donner le nom

Carnet

Carnet Clairefontaine, type VI (96 pages, 14,8 x 21 cm couleur, nouveau motif, rouge, petits carreaux)
Peu d’insertions.

 

Contexte

Rupture. Beaucoup de complaisance encore (et nouvelle règle brisée de parler de soi). « Rompre, c’est rester lié mais dans l’ordre de la blessure », lit-on chez Meschonnic (!), et on se répand dans le sujet #1644 Pour mon amour. En #1668, c’est la première version de L’abandon, le premier vrai texte un peu abouti (et mis en ligne ici), daté 9 et 10 mai 2001 à Grenoble (SMH). Un recueil de poèmes, Rougissants (#1675).

En 1684, drôle d’association entre Ambo i lati et Carlos Futuna, pour introduire un beau voyage en juillet avec F. et A. en Calabre, en train (nouveau billet kilométrique !), avec comme étapes, Torino, Viareggio, Massarosa (chez Pierrette !), Roma, Tropea, Pizzo, Latanzaro, Tiriolo, la Sila, Coseza, Belvedere, Capo Citapella, Sibari, Rossano, Crotone, Isola di Capo Rizzuto, Stilo, Scilla, Tropea et Napoli ! C’est à Naples que ous apprendrons la mort de Carlo Giuliani.

Une nouvelle érotique, Le puits (#1686), pas très bonne. On parle de Kérouac, Calaferte, toujours Calvino, Michaux, Brautigan, Céline, Godard (une longue note sur Eloge de l’amour) puis on cite Lénine (le chanteur), de André, et on écrit La rivière (#1693), et juste après L’ancolie (inédite) et La douce-amère (#1695). On en vient même à imaginer un premier album (Les affaires reprennent, qu’on enregistre chez soi, enfin on peut faire ça !). Elise est rebaptisée Marthe, il y a des morceaux inconnus de moi aujourd’hui : L’enfer, Mieux comme ça (très Brassens, mais très chiante), et même la vieille Pour toi, rock de 1995.

Une lettre à Gilles Chétanian (que j’ai rencontré avec le Groupe O), parmi les débris du 11 septembre…

 

Extraits

• Le fragment #1646 ;
• Le récit L’abandon ;
• Le recueil poétique Rougissants (#1675) ;
• La chanson La rivière (#1693) ;
• La chanson Douce-amère (#1695).