Je porte en moi une petite fille, riante, maligne, décidue. Je la porte en moi sans toujours en être conscient, et surtout sans toujours l’exprimer – d’une manière ou l’autre. Ces soirs-ci je la porte en larmes, je la ressens fragmentée. Trop de pression, trop de tiraillements. L’impuissance, et même les mots ne suppléent pas….
Catégorie : Poésie
Echos
L’écho de mes pas rentrait dans la rue, me suivait, me dépassait, allait l’atteindre. Ils enflaient, ils enflaient, ils nous enveloppaient comme pour nous relier, moi et cette forme haletante, plus avant, mais qui restait fermée, craintive peut-être, mais de quoi ? Ses pas à elle étaient étouffés, comme si rien sur elle ne pesaient,…
Trois rêves
Je marche avec ma fille sur les Plaines, parsemée de pommiers, je pense, de vergers isolés. Nous arrivons à l’ombre de l’un de ces arbres ; de grandes fleurs roses-pourpres, en grand nombre ; je n’en ai presque jamais vu, dans ma vie, mais ils me semblaient aussi communs et connus que des pâquerettes. « Des…
Parvenir à se défaire
Parvenir à se défaire non seulement de tout, mais plus encore, de tout ce qui tient, retient, détient. Parvenir à ne plus rien détenir. Parvenir à laisser vivre, au fond de nous, ce qui-vive inquiet, ce sentiment d’être toujours aux aguets.
Soudain dans la nuit le tunnel de vie
Chaque veille était comme une chance, un hasard, d’ajouter à la vie tout un réseau de tunnel et galeries entre rêve et réel, un peu comme entre deux textes nos liens. Qu’importe dans ces conditions, le fait de ne pas dormir, d’être inapte à la vie professionnelle, incapable de « travailler » le jour ?
Queue d’orage
Il y a eu du tonnerre, des éclairs, tout un bordel fumant, puis voilà, c’est la pluie, la pluie qui n’en finit plus, une pluie fine et continue, qui pénètre peu à peu tous les pores de toutes les cloisons, murs, pensées, peaux. Nous arrivons trop tard. C’est la queue de l’orage, cette longue traînée…
L’opticien
Tenu secret, dans l’alcôve aux poutres vierges Presque aveugle lui-même à force d’user ses yeux Le juif n’errait plus, mais polissait des lunes de verre… O vous qui m’avez chassé jusqu’au timbre du nom A ne plus observer les insectes dans la lumière Et mépriser les mauvaises herbes qu’on piétine Il y a un personnage…
Dissoudre
Les choses passent. Comme passent les choses ! « Parvenir à se dissoudre », c’était la rengaine d’une chanson un peu facile… mais parfois, printemps faisant, je parviens à des états d’extrême asthénie, des moments d’une profonde indifférence à tout. Et ce n’est ni l’ennui, ni le dégoût, ni l’angoisse, soyons clairs, non, c’est un état proche…
Chaque texte le dernier…
Chaque texte le dernier, comme si se fut inscrit, comme un paraphe dormant, sous chacune de ses failles, au pied, le précepte faussé. Je n’écrirai plus. Comme si, roulant sur la marge, comme un feston de silence, abasourdi ou inquiet, le texte portait en lui le jaillissement de sa limite, entendue comme gouffre pariétal, là…
Le premier cri
Comme chaque nouvelle saison, le poète natal, bu jusqu’à la lie, recrache dans l’air devenant bleu – mais bleu pas encore tout à fait – ce cri mémoire, ce cri brèche, ce cri déchirure et anxieux ! Le martinet noir est revenu, dans sa toge de deuil, il ramasse nos espoirs étourdis, alors qu’à présent…
