La fortune du change : le groupe

juillet 14th, 2017 § 0 comments § permalink

Line-up

Nous ne retenons ici que les membres officiels, sans les sessions-men ni les auxiliaires de tournée.

1965–1967

Syd Barrett – guitare, chant
Nick Mason – batterie
Roger Waters – basse, chant
Richard Wright – claviers, chant


1967-1968

Syd Barrett – guitare, chant
David Gilmour – guitare, chant
Nick Mason – batterie
Roger Waters – basse, chant
Richard Wright – claviers, chant


1968–1979

David Gilmour – guitare, chant
Nick Mason – batterie
Roger Waters – basse, chant
Richard Wright – claviers, chant


1979-1985

David Gilmour – guitare, chant
Nick Mason – batterie
Roger Waters – basse, chant


1987-1995

David Gilmour – guitare, chant
Nick Mason – batterie
Richard Wright – claviers, chant


2005

David Gilmour – guitare, chant
Nick Mason – batterie
Roger Waters – basse, chant


2012-2014

David Gilmour – guitare, chant
Nick Mason – batterie


La fortune du change : le projet

juillet 1st, 2017 § 0 comments § permalink

Dans la lignée de Local héros, j’entreprends deux autres fictiographies de musiciens emblématiques de la contre-culture : Pink Floyd et Prince. Rien de moins. Et simultanément, pourquoi pas, c’est l’été. Je me donne l’été, justement, parce que c’est l’été, pour accomplir ces deux petits exercices qui forment à la fois deux chapitres de ma réflexion sur la contre-culture à travers son rayon le plus évident et aveuglant (le rock — au sens large car ni Pink Floyd ni Prince ne jouent strictement du rock) et deux éminents dépassements du simple formel projet initial du rock, une véritable réponse esthétique à son patent manque de conversation. Ici, juillet, Astronomy domine.

 

Donne

Pink Floyd est une drôle d’entité, car ce même nom regroupe au moins trois réalités (sinon quatre) absolument différentes, et rarement compatibles. Remarquons pour commencer qu’un seul membre est resté du début à la fin : Nick Mason, qui est par ailleurs également le biographe officiel du quatuor (un temps — très court — quintette). Les quatre autres membres sont partis ou arrivés : Syd Barrett, le fondateur, lâche en 1968-1969, David Gilmour le remplace alors, Roger Waters, le principal auteur des années de gloire, s’éclipse après 1983, et Rick Wright, chassé en 1983, disparaît en 2008 : seul Mason est sur tous les albums. Ce parcours, la présence de Mason, en un sens, le dessine par la négative ; trois ères au moins se succèdent : Barrett, Waters, Gilmour, avec un bref moment d’intense créativité collective ; entre 1969 et 1973, PF publie une série d’albums marquants, qui semblent tous pointer un objectif, toujours plus précis et saisi, et cet objectif est La face cachée de la lune. C’est sur cette période que je concentrerai mes efforts, parce que (peut-être) l’époque dite psychédélique, qui précède la période progressive, me paraît relever d’une autre fiction, de même que la période post-Waters (qui a pour malchance, en plus de l’absence de Waters, de tomber en pleines années 80, les pires que le rock — i.e. la contre-culture — ait connues) ; les quatre albums qui suivent Face cachée…, finalement, ne sont que son aboutissement, et, en un sens, l’illustrent sans le renouveler : J’aimerais que tu sois là en est l’aboutissement sonore, Animaux est la fin du groupe et Le mur… est Le mur, un « machin » indigeste et finalement décevant sur le long terme ; enfin La dernière bande (ou Le montage final), au titre évocateur, qui est largement sous-estimé, et qui aurait dû être un Mur honnête, apparaît plus comme un album de Waters que comme un album de Pink Floyd. Je ne considèrerai pas les trois albums suivants qui n’appartiennent plus à l’entité Pink Floyd.

J’ai dit par ailleurs (En paraphrasant Pacôme Thiellement) que le rock était mort dans la nuit du 12 mai 1972 au 1er mars 1973, c’est-à-dire entre Exil Grand’rue des Stones et Face cachée…. Les deux faces — si l’on veut — la face réaliste et la phase romantique, le versant politique et le versant poétique, le noir et le blanc — du rock se succèdent, et ainsi se parachèvent. On ne peut aller plus loin dans ce genre de musique. Sans le faire sortir du cadre qu’il s’était donné, en tout cas : Bas, chef d’œuvre de Bowie, Tom Waits, le hip-hop ou… mettons… Björk, sont autre chose que le rock tel qu’il s’est d’abord défini. Le punk, le grunge sont exactement cela, mais avec la nostalgie, qui est toujours payante, donc plutôt un accès vers le passé que la découverte de nouveaux territoires.

C’est donc l’une de ces fins que je me propose d’explorer, comme toujours, par les textes et le soutien dérivant de la fiction.

Note importante Ce travail est un travail de fiction, en aucun cas un documentaire ou un “biopic”.

Note Parti pris : tous les titres des œuvres (albums et chansons) sont traduits en français.

Note Le texte s’écrit peu à peu : je dessine les « pistes », elle apparaîtront (ou pas) au fur et à mesure, peut-être — sûrement — bougeront.

 

Sources

À côté des disques et des chansons, on trouve évidemment des tonnes de livres et de documentaires. Mais — comme souvent — il y a beaucoup à jeter. Je retiens toutefois la somme de Nick Mason, qui a sagement conservé tous ces documents depuis le début : Nick Mason et Philip Dodd (trad. Sylviane Lamoine, Élisabeth Luc, Dominique Mathieu, Delphine Nègre, David Thépaut-Lindbergh), Pink Floyd : l’histoire selon Nick Mason, EPA-Chêne 2005 ; le complet Mark Blake, Pigs might Fly, Aurum 2007 ; le pas si mal Daniel Griffiths éd., Pink Floyd, album by album : the definitive history. Pour les documentaires filmés, celui qui nous laisse le plus de traces reste Pink Floyd live at Pompei, qui est un concert devant aucun public + des témoignages vidéos du groupe, en pleine effervescence pré-Face cachée…. Puis il y, là encore, de nombreux morceaux en public, de l’époque. Ah, et il y a aussi les œuvres en collaboration : les ballets avec Roland Petit (Pink Floyd ballet : La rose malade, Allumez les étoiles), ainsi que les films du grand réalisateur Barbet Shroeder : More (Plus, celui-ci, le français l’a gardé en langue originale) et La vallée (Obscured by clouds, et celui, moins nécessaire, d’Antonioni : Zabriskie Point).

 

Thèmes

l’aliénation, l’isolement, le sens du collectif, la créativité, l’engagement politique, la folie, l’argent, la gloire…

 

Pistes

1. Hommes de boue
2. La couleur que tu veux
3. Libre quatre
4. Voir la lune
5. Gaffe avec cette hache, Eugène
6. Rythme cardiaque et viande de porc
7. Un de ces jours
8. Dommage cerveau
9. J’aimerais que tu sois là
10. Le grand raout dans le ciel

 

Sisyphe inconstant. Réflexions décousues sur le rock

juin 28th, 2015 § 3 comments § permalink

IV. Noms

Sommaire de la série

0. Avertissements
I. Faits
II. Disques
III. Dates
IV. Noms

Le tableau ci-dessous rassemble en plusieurs catégories les « grands noms » du rock, décennie par décennie.

Ces catégories désignent le degré de lucidité et de cohérence avec lequel l’artiste propose son œuvre : I. Grands naïfs, 2. Paumés complets, 3. Gros branleurs, 4. Bons cyniques, 5. Adultes, 6. Ailleurs…

Il faut cliquer pour lire !

Sisyphe inconstant, les noms

20 ans d’Ail ! 04 : carnets 10 à 15 (1999-2001)

décembre 17th, 2014 § 0 comments § permalink

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Table
01 : carnets 1-5 (1994-1998)
02 : carnet 6 (1999)
03 : carnets 7-9 (1999)
04 : carnets 10-15 (1999-2001)
05 : carnets 16-18 (2001-2003)
06 : carnets 19-21 (2003-2006)
07 : carnets 22-24 (2006-2008)
08 : carnets 25-27 (2008-2009)
09 : carnets 28-29 (2009-2010)
10 : carnets 30-37 (2010-2014)

 

Zhong shu #10 [#1073-1155, 12 décembre 1999-19 février 2000] • Les 12 décembres de 99

Carnet

Carnet Clairefontaine, type V (96 pages, 14,8 x 21 cm couleur, ancien motif, rouge, petits carreaux)
Nombreux textes brefs, peu d’insertions, peu de pages vides.

 

Contexte

A partir de cette année 2000, j’ai le sentiment qu’un rythme de croisière se prend, comme toujours avant les ouragans, tout est très calme.

Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, je participe avec 99 autres “comédiens” à un spectacle monumental avec le groupe O avec lequel je travaille depuis deux ans, dans toute la ville de Grenoble. Le Groupe O créé des spectacles qui jouent sur la membrane fine entre fiction et réalité ; ils s’étaient installés rue Charrel où j’habitais, sur l’ancien site Lustucru, et nombreux furent les habitants de la rue qui vinrent participer aux représentations, se mêler au public (c’était un dernier repas avant exécution). Je ne sais plus bien ce qu’était le spectacle du jour de l’an, mais c’était très éprouvant, comme toujours avec O.

En janvier 2000 je fais un voyage à New-York, qui est évidemment un choc. Le voyage est finalement peu détaillé, sauf anecdotes rigolotes (je me rappelle avoir dépensé mes premiers dollars dans le RER, parce que je n’avais pas de billet ; je lis que j’ai cassé un verre dans un bar américain de Bastille). Je note que j’ai logé au 352 E9th Street (à deux pas de la 1ère avenue et du Tompkins Square Park), chez feue Thelma aka Cassandra Baer.

A part ça, on poursuit son bonhomme de chemin : déchirure, études (travail autour de la Plaisanterie et Blanchot) et travail débuté sur le relevé des plus anciens mots du français (via dictionnaire étymologique de Rey, reçu pendant les fêtes). On revient après-coup sur le voyage américain. On découvre mieux Katerine, on poursuit sur Björk (je cite car cela revient). On lit plusieurs Sciascia, plusieurs Nabokov, sans aucun souvenir aujourd’hui. Une longue note autour de deux numéros d’Art-Press, sur l’art, et plus précisément sur l’érotisme en art.

 

Extraits

• Fragment #1078
• Une poésie ou une divagation, Le concours (#1105) ;
• Une poésie Lafcadio Hearn prends ma main (#1115) ;
• Un dialogue Le remords (#1116) ;

 

Zhong shu #11 [#1156-1275, 23 février 2000-29 mars 2000] • Tenir parole

Carnet

Carnet Clairefontaine, type V (96 pages, 14,8 x 21 cm couleur, ancien motif, noir, petits carreaux)
Nombreux textes brefs, peu d’insertions, peu de pages vides.

 

Contexte

Après NYC, second retour (après Rome), je vais vivre chichement à Condillac (résidence universitaire), avec presque rien. En février meurt “mon chien”, le seul que j’ai vraiment “eu”, avec lequel j’avais passé de sacrées journées ; un genre de Snoopy.
Un certain nombre de textes, comme auparavant, qui oscillent entre poésie et récit et divagation, des textes sans genre… ou en tout cas très poétiques, pour dire un orgueilleux euphémisme, et vers la fin des nouvelles très brèves (La confiance, Journal intime, Le témoin). Un projet de collection de classiques, aussi (If)… et la suite du relevé des vieux mots du français. La plaisanterie est toujours là. Se met en place l’inquiétude (#1222), qui est toujours d’actualité (ici par exemple), et l’évènement qui chamboulera tout, le coup de téléphone à Jean-Pierre Boyer, des éditions farrago (ex-Fourbis), au sujet de textes inédits de Blanchot (#1231) ; lecture de Bousquet, de Tristan & Iseult, toujours Quignard, Paulhan, Blanchot. Il y a aussi les premières pages de Feuilles d’aube, premier texte que je publierais en revue (Voix d’encre)… en marge d’une étude sur l’asag et la chanson d’aube… le tout sur fond de grand tourment affectif… Il y a d’ailleurs un long développement en plusieurs textes sur une espèce de vadémécum personnel, Le chemin (#1191, 1207, 1214, 1237, 1238, 1243, 1275).

 

Extraits

Poudroiement (#1167)
Le pas du jour, en quatre morceaux : 1234 (#1168-1171) ; avec des séquelles (#1206, 1215-1216) et dans le suivant : #1327-1328 ;
L’inquiétude (#1222) ;
Deux feuilles de laurier (#1242).

 

Zhong shu #12 [#1276-1388, 29 mars – 23 avril 2000] • Le livre du secret

Carnet

Carnet Clairefontaine, type V (96 pages, 14,8 x 21 cm couleur, ancien motif, noir, petits carreaux)
Nombreux textes brefs, peu d’insertions, peu de pages vides.

 

Contexte

On s’intéresse donc au secret, ce thème issu des ruminations solitaires post-voyages, toujours à Condillac, avec un léger aspect mystique, qui déborde la philosophie (encore Le chemin : #1279-1281, 1336, 1337, 1347, 1358 ; la longue litanie des secrets : #1276, 1277, 1323, 1344, 1348-1362), qui d’ailleurs n’est pas assez assurée pour être honnête… C’est très bavard encore, obscur, plaintif. Autres morceaux de Feuille d’aube (#1298). Une nouvelle (le personnage s’appelle Guize…), L’écharde (#1305), Mioka (1328), un dialogue blanchotien, L’oisir (#1312), on cite Mishima (?), Khayyam (??)… on traduit The wall (#1315), on lit le Coran, et les orateurs de la Révolution (c’était un jeu : on prend deux Pléiades au hasard et on fait un texte critique de littérature comparée), on compile aussi les Mystiques (#1346, « entre secret et chemin »). On découvre le Kronos Quartet, qu’on voit même en concert.

 

Extraits

• Le fragment #1334 ;
• Un autre fragment Le chemin, 11 (#1336) ;
• La nouvelle Mioka, rebaptisée ici Moka (#1329) ;
• La nouvelle Querelle=rivière (#1342).

 

Zhong shu #13 [#1389-1514, mai – août 2000 • L’erreur]

Carnet

Carnet Clairefontaine, type VI (96 pages, 14,8 x 21 cm couleur, nouveau motif, violet, petits carreaux)
Nombreux textes brefs, et très nombreuses insertions, le carnet est l’assemblage de centaines de textes épars sur divers types de feuilles : l’espace a été laissé pour reporter ces textes, mais évidemment rien n’a été fait. Il est donc très épais et à peu près vide ! C’est très enquiquinant à relire !

 

Contexte

Même veine que les précédents ; d’abord on recueille des dizaines de haïkai (eh oui) éparpillés jusque là. Une autre suite, L’ouvrage, dont le III, Chanson éoliennes (#), est dédié à Pierrette Renard (L’obrador est toujours là, #1429). Puis une chanson éolienne deux (#1472). A noter un certain nombre de textes sont écrits sur des fiches de Condillac, je me souviens que je faisais aussi à ce moment le veilleur de nuit.

Autre fait notable, le premier jet d’une chanson (très fersiennienne), Les boutons (#), que j’ai jouée de mémoire il y a quelques jours, étrange étrange, tout ce fatras est étrange… le fait est notable, car c’est l’une des premières “vraies” chansons que j’ai écrite, après peut-être une tentative de Amor roma (#245 !), c’était encore rue Charrel, donc entre 1997 et 1999.

Viennent encore La porte (#1419), Le patron (#1420)…

 

Extraits

• Les deux chansons La porte et Le patron (à vrai dire je ne les retrouve pas !) ;
• Le texte Les mains d’euphorbe, 2 (#1430)
• Les fragment #1495 et #1497.

 

Zhong shu #14 [#1515-1640, août 2000 – avril 2001] • Titres en souffrance

Carnet

Carnet Clairefontaine, type VI (96 pages, 14,8 x 21 cm couleur, nouveau motif, vert, petits carreaux)
Peu d’insertions, pas mal de vides !

 

Contexte

Même veine que les précédents. D’abord quelques textes anciens insérés, ainsi qu’un programme d’écriture fantaisiste.

Puis on quitte Grenoble. De nombreuses nuits ont permis de se prendre le chou pour savoir s’il serait opportun ou non de revenir à Dieulefit, qui était un grand désir. Je vois que je vais même passer quelques jours chez S. et J., alors qu’ils habitent à la Croix-Rousse, et me souviens même avoir visité deux appartements à Caluire et Cuire !

Finalement ce sera donc Dieulefit (octobre ?), rue des Prisons (eh oui), un appartement tout biscornu, très grand, qui avait été loué par la famille d’un collègue de mon père, celui qui sera cardinal pour Bobines, si un jour Bobines voit le jour. Rencontre de G. à Paris. Du coup la chanson se lance beaucoup. Beaucoup de déchets, beaucoup de textes réflexifs peu intéressants, et donc des chansons : La fille du calvaire, qu’on aura enregistré (écrite avec G. donc).

Par ailleurs encore veilleur, dans l’usine de textile, maintenant (je lis : « avec Gaby on se dit que les copseuses, finalement, c’est pas si mal », je ne trouve pas le # de ce texte). Et début des études naturalistes par correspondance (je crois, je me souviens que je révisais à la pause au vestiaire ; Gaby d’ailleurs, un Ardéchois fringué et coiffé comme en 69, m’encourageait ; il me disait les noms en patois ; chez lui l’aulne était la verne ; c’était vraiment devenu un ami, même si j’avais été à l’école avec ses fils…).

 

Extraits

• La chanson La fille du calvaire (#1579)
• Le texte Les projets de l’Erohée (#1608)

 

Zhong shu #15 [#1641-1707, avril – septembre 2001] • Donner le nom

Carnet

Carnet Clairefontaine, type VI (96 pages, 14,8 x 21 cm couleur, nouveau motif, rouge, petits carreaux)
Peu d’insertions.

 

Contexte

Rupture. Beaucoup de complaisance encore (et nouvelle règle brisée de parler de soi). « Rompre, c’est rester lié mais dans l’ordre de la blessure », lit-on chez Meschonnic (!), et on se répand dans le sujet #1644 Pour mon amour. En #1668, c’est la première version de L’abandon, le premier vrai texte un peu abouti (et mis en ligne ici), daté 9 et 10 mai 2001 à Grenoble (SMH). Un recueil de poèmes, Rougissants (#1675).

En 1684, drôle d’association entre Ambo i lati et Carlos Futuna, pour introduire un beau voyage en juillet avec F. et A. en Calabre, en train (nouveau billet kilométrique !), avec comme étapes, Torino, Viareggio, Massarosa (chez Pierrette !), Roma, Tropea, Pizzo, Latanzaro, Tiriolo, la Sila, Coseza, Belvedere, Capo Citapella, Sibari, Rossano, Crotone, Isola di Capo Rizzuto, Stilo, Scilla, Tropea et Napoli ! C’est à Naples que ous apprendrons la mort de Carlo Giuliani.

Une nouvelle érotique, Le puits (#1686), pas très bonne. On parle de Kérouac, Calaferte, toujours Calvino, Michaux, Brautigan, Céline, Godard (une longue note sur Eloge de l’amour) puis on cite Lénine (le chanteur), de André, et on écrit La rivière (#1693), et juste après L’ancolie (inédite) et La douce-amère (#1695). On en vient même à imaginer un premier album (Les affaires reprennent, qu’on enregistre chez soi, enfin on peut faire ça !). Elise est rebaptisée Marthe, il y a des morceaux inconnus de moi aujourd’hui : L’enfer, Mieux comme ça (très Brassens, mais très chiante), et même la vieille Pour toi, rock de 1995.

Une lettre à Gilles Chétanian (que j’ai rencontré avec le Groupe O), parmi les débris du 11 septembre…

 

Extraits

• Le fragment #1646 ;
• Le récit L’abandon ;
• Le recueil poétique Rougissants (#1675) ;
• La chanson La rivière (#1693) ;
• La chanson Douce-amère (#1695).

La gamine et la machine

août 9th, 2013 § 0 comments § permalink

What did you dream?
It’s alright we told you what to dream.

Roger Waters


La gamine subprépubère arborait un ticheurte où était grossièrement représenté le drapeau américain, avec trente-deux étoiles et six bandes rouges et blanches.

Elle se tenait contre le muret, un truc dans la bouche, je ne sais pas quoi. L’air frondeur, passablement. Comment, autrement ? Le ticheurte était moche, mal fichu, vulgaire.

*

La machine est grande, semble aussi sobre que simple dans sa structure, comme on imagine. Elle bringuebale un peu quand elle est en marche. Un truc tape, qui ne devrait pas. Un truc qui à dû se défaire (mais qu’il se défasse ne semble pas nuire au fonctionnement général).

Plusieurs de ses parois sont non seulement tachées, mais bosselées. Des rayures, grandes, profondes. Des chocs, parfois même profonds, plus ou moins également répartis.

Elle est haute et large et on mesure mal à quel point elle est tellement plus effrayante et immense que prévu. Ce qui frappe le plus c’est sa simplicité, la simplicité de ses formes, de ses couleurs, et même de ses commandes. Quelques ampoules jaunes et vertes, une porte, un tableau avec deux cadrans à aiguille.

Rien que de très machinal. Essentiellement, ontologiquement machinal. Un paysage de machine, un silence de machine, cette très très ancienne présence au monde de machine.

La machine est immémorable.

*

Par ailleurs, la jeune fille commençe à trembler.

Car en effet voilà qu’arrivent les jours sombres, ce petit tunnel à traverser.

La semaine se passe, comme-ci comme-ça, comme on peut, mais passe. Mais voilà la pause hebdomadaire. Le samedi et son dimanche. Le dimanche et son samedi. Le sans-personne et le trop-famille.

Où es-tu ? Où es-tu ?

L’air frondeur, toujours, car il est un rictus pour l’angoisse qui déjà agite les genoux, semble gagner du terrain, venir du sol comme tout ce qui est archaïque.

Les bandes rouges et blanches se mélangent, les étoiles se décollent, se brisent à terre. Comment on fait quand on est une petite fille, pour résister aux mâchoires d’acier de la machine ? Comment on fait pour en sortir indemne ?

Et puis que se passe-t-il, là dedans ? Pourquoi ça me démange, là-bas dedans ?

Tout ce fourmillement sous la peau. Le corps, avec ses mèches qui se consument, ici, là, là… ses têtes d’aiguille plantées là, là, ici… ces têtes d’allumettes qui s’enflamment…

*

Je sais tout ça, je le sais. Je le sens, je le sais. Je le vois, je le sais. Je le comprends, je le sais. Toi tu approches mais c’est un champ, magnétique. Tu n’approches pas. Mais tu restes à distance. Il faut que tu restes à distance. Je veux que tu restes à distance.

La machine, avec son processus de machine, sa digestion (ou son langage) à elle, ses occupations de machine, la machine transforme la chair en autant de brins de fils ramassés sur des milliers de bobines colorées. (Tu ne sais pas ce que c’est que de vivre dans une usine textile, toi, alors écoute-moi). Elle te transforme en passé et plan de carrière et prêt à taux indexé sur l’inflation. Elle te transforme en force productive, productive d’amours, de liqueurs, de paroles, et d’énergie issue de tes bras ; elle te transforme en machine.

Tu le sais, tu le vois. Tu le sais, tu le sens. Tu sais tout ça. Tu sais que dans ton processus de fille subprépubère tu mets le doigt (dans l’engrenage de la machine) et que ce truc ne va pas s’arrêter de tourner tout de suite, tant que tu n’es pas complètement essorée-rincée, morte.

Tu sais que tu ne devrais pas mettre le doigt mais avec ton ticheurte américain c’est déjà trop tard. Un vieux réflexe sans doute lié à ton âge incertain, un réflexe de survie, qui se traduit en larmes, cris, angoisses et gestes inconsidérés, ce réflexe te parle à l’oreille.

N’entre pas n’entre
N’entre pas n’entre
N’entre, n’entre pas dans
la machine

Comment on fait quand on est femme, déjà, pour résister, pour résister ?


Local héros : projet

décembre 22nd, 2012 § 0 comments § permalink

Mark_Knopfler

 

Donne

Se donner une tâche accomplir en quelques jours, dans la pause des familles, pause dont on s’est définitivement coupé. Cette tâche, toujours, écrire, avec un sujet qui turlupine depuis quelques mois. Puis se prendre au jeu, relever le défi : comment écrire — et quoi ? et pourquoi ? — sur un type comme Mark Knopfler (et les débuts de Dire Straits, avec le frangin David Knopfler) aujourd’hui, alors qu’on n’aime pas forcément, qu’on préfèrerait écrire sur Gang of Four ou Magazine, ou même sur Keith Richards ou Roger Waters ? Sans doute que le personnage possède son petit charme, ce truc un peu fêlé qui fait le génie ou son opposé — et puis aussi, bien sûr, parce qu’on y voit au moins deux rebonds, ou deux gouffres possibles : l’enfance, et la famille, notamment celle qu’on appellerait latérale : la fratrie. Puisqu’il est vrai que bien souvent ce sont des musiques qui viennent de l’enfance. Alors on va confronter des thématiques possibles, les faire résonner, frictionner.

Et puis ce journal, ici et maintenant, retraçant cette écriture, avec avancée quotidienne, si jamais. Parce qu’à quoi sert un carnet d’écriture, fut-il numérique, sinon pour retracer les difficultés ou les plaisirs et les progrès de l’écriture. Surtout qu’on peut aussi — à défaut du livre — mettre ici les chansons, les vidéos, le matériel brut. Complément d’enquête nécessaire, aujourd’hui.

Note importante. Ce travail est un travail de fiction, en aucun cas un documentaire ou un “biopic”.

Note (XII/14). Le texte étant appelé à publication, je retire les liens des pistes qui ont d’ailleurs été passablement revus.

 

Sources

1. Interview et documentaires vidéos
2. Livres
3. Chansons et leurs paroles
4. Sur le groupe
5. Document 1 : on n’a pas écrit ‘Sultans of swing’
6. Document 2 : les vidéos fakes de ‘Money for nothing’
7. Discussion avec Gilles Amiel de Ménard, Guénaël Boutouillet, Anthony Poiraudeau et Joachim Séné

 

Thèmes

a. destin
b. échec
c. enquête
A. Perceval, local héros
B. territoires : Ecosse > América
C. fratrie

 

Pistes

00. Aux lecteurs (✓)
01. Solide roche (✓)
02. Se faire des films (✓)
03. Frères armés (✓)
04. Quête privée (✓)
05. Faits-divers (✓)
06. Il était une fois dans l’Ouest (✓)
07. L’homme trop fort (✓)
08. Sultans du swing (✓)
09. La femme écrit (✓)

 

Twitter • juillet-septembre 2012

octobre 1st, 2012 § 0 comments § permalink

On me suit ici : http://wwww.twitter.com/amboilati | @amboilati — petit trimestre celui-ci…


Juillet-septembre
2012


28 Août
@Poezibao Les mots : parler, mais l’air de leurs têtes est épais.

28 Août
Premier jour moins de 25°. On se prépare à de nouvelles tensions, d’autres arcs à tendre.

28 Août
Le cantonnier détruit les plantes entre les rares pavés non recouverts de goudron : pourpier, sagine, chénopodes, amaranthes.

27 Août brigitte celerier ‏@brigetoun
bon vaquer là maintenant

27 Août
Au premier frimas (moins 12 degrés tout de même, inversion des vents), tu réalises quitter l’été, forme insensible et atone, sans nuance.

27 Août
La dévitalisation : histoire quotidienne de mon village natal, en lutte violente avec les édiles. #bailly @fbon http://dat26.blogspot.fr/ 

27 Août
Bailly 3 : « [bergounioux], il donne un peu trop de leçons ». ptmdr

27 Août brigitte celerier ‏@brigetoun
et Proust fait de la fiction

27 Août
Ma fille : « [Bailly], il fait un peu comme toi, non ? » #carte pic.twitter.com/ErmqjGRS

27 Août brigitte celerier ‏@brigetoun
@amboilati ma journée s’ouvre, sourie de plaisir, se sent intelligente, le remède cette émission

27 Août
Pour avaler du territoire, pas à pas, rien de tel que botanique, comme 3km de Durance cet été ou deux autres de Fontainebleau. @fbon @bailly

27 Août
Bailly 2, « éloge du petit, première gorgée de bière et toutes ces salades là. » go, go.

27 Août
Bailly 1 : « #Fienkielkraut + #Millet = fort pénible », lol.

27 Août Thomas Baumgartner ‏@thbaumg
Invité surprise de @fbon dans #lafabrique : Jean-Christophe Bailly! Comment @EmmanuelLauren2 va-t-il mener l’interview à brûle-pourpoint?

26 Août
Tout une famille, une génération même, condamnée entre le paradis (nourriture infinie) et le couvercle (mort), 1 cm de haut d’espace vital.

26 Août
trouve pot d’épices et herbes recouvert de toile ; à la première aile grise referme vite le couvercle.

26 Août
On déporte les heures ; de tout ce temps vide, où on a eu la force de rien faire, va falloir se séparer ; défait comme si de rien n’était.

26 Août
wears no shoe-shine.

26 Août
Et j’ai envie de dire : Claro, Claro, Claro, Claro, Claro, Claro, Claro, Claro, Claro, Claro, Claro, Claro, Claro, Claro, Claro, Claro, Cla-

25 Août Virginie Clayssen ‏@v_clayssen
un billet de blog me tourne dans la tête depuis dix jours mais rien à faire, ma bloggin’ machine est complètement grippée #ecranvide #fichue

25 Août
& ci-contre @PaulJorion, & me demande si on va servir la soupe de la fin de l’€ chaque été pendant 20 ans, ou bien ? #cestcommentquonfreine

25 Août
Ne pas lancer « Plastic Ono Band », surtout, dernier pas avant Waters.

25 Août
Ah ça oui il fait chaud.

25 Août
Je n’aurais pas aimé recevoir les tweets de Friedriech #Nietzsche.

25 Août
Ô la colère. / La belle, la fougueuse, la Rouge.

25 Août
Ô la colère / sourde / qui gentiment, bonhommement, arrive

25 Août
On pourrait lir&crire livres (papier ou pas on s’en fout) sans proférer jugements rédhibitoires, classer les bons, les gentils, les justes ?

25 Août
Pas très heureux voisinage des morts — & la leur comme seule conversation. Là-bas, loin fatras du monde, lisse, répétitif & faux, tout faux.

25 Août
Eté 2012, bilan négatif : interdit bancaire, vacances de tout, il fait chaud dis donc, dopage, roms, syrie mentie… heureusement, angot

25 Août
Dès à présent déjà salement lassé, fatigué par ces blablas sur la rentrée littéraire, cette course au prix, et même cet énervement que j’ai.

20 Août
les morts m’ont tué #SpoonRiver, moi aussi te tutoie, tu es un vampire, j’écris exsangue (@general_instin)

20 Août
…parce qu’en somme Twitter représente une espèce de bureau, i.e. un outil dont je n’ai plus l’usage…

Répertoire

décembre 31st, 2008 § 0 comments § permalink

Pendant un temps j’ai joué dans les rues afin de gagner ma vie. Voici les restes, augmentés de quelques morceaux que je travaille, bon an mal an, et de loin en loin. Les setlists sont ici.

 

Nouveautés

  1. David Bowie, Broken glass
  2. David Bowie, Station to station (extraits)
  3. Ian Dury, Wake up and make love with me
  4. The Roling Stones, Sympathy for the devil, totally relooked

 

En répétition active

  1. Georges Brassens, La rose, la bouteille et la poignée de main
  2. Georges Brassens, Le grand Pan
  3. Johnny Cash, I’ve been everywhere
  4. Gang of Four, Damaged goods
  5. Lio, Les brunes comptent pas pour des prunes
  6. Jona Lewie, You’ll always find me in the kitchen at parties
  7. Ron Hirsch, Mike Shapiro, Harry Middlebrooks Jr., James Cobb, Buddy Buie, Spookie
  8. Prince, Strange relationship
  9. Prince, Anotherloverholenyohead
  10. Technotronics, Pump the jam
  11. The Talking Heads, Once in a lifetime

 

Répertoire

  1. trad., Cade l’uliva
  2. trad., Bella ciao
  3. Dominique A. & Françoiz B.,
  4. Alain Bashung, Ma petite entreprise
  5. Alain Bashung, Bijou bijou
  6. Bananarama (et si), Venus
  7. Syd Barrett, The effervescing elephant
  8. The Beatles, Happiness is a warm gun
  9. The Beatles, While my guitar gently wheeps
  10. David Bowie, Eight lines poem
  11. David Bowie, Space oddity
  12. Georges Brassens, 95%
  13. Georges Brassens, Le fantôme
  14. Georges Brassens, Le pornographe
  15. Georges Brassens, La princesse et le croque-note
  16. Georges Brassens, Saturne
  17. Jacques Brel, Au suivant
  18. Jacques Brel, Ces gens-là
  19. Jacques Brel, Fernand
  20. Patti Bravo, La bambola
  21. Vinicio Capossela, Pena dell’alma
  22. The Counting Crows, Mr Jones
  23. Creedence Clearwater Revival, Walk on the water
  24. Gary Davis, Cocaine
  25. Fabrizio de Andrè, Il suonatore Jones
  26. Bo Diddley, Not fade away
  27. Dire Straits, Solid rock (spéciale dédicace Gilles Amiel de Ménard, Guënaël Boutouillet, Anthony Poiraudeau, Joachim Séné)
  28. Claire Diterzi, Le Roi des forêts
  29. The Doors, Soul kitchen
  30. Bob Dylan, Ballad of a thin man
  31. Thomas Fersen, Bijou
  32. Serge Gainsbourg, L’Anamour
  33. Marvin Gaye, I heard it through the grapevine
  34. Slim Harpo, >Hip shake
  35. Slim Harpo, I’m a king bee
  36. Bobby Hebb, Sunny
  37. IAM, Elle donne son corps avant son nom
  38. IAM, Demain c’est loin
  39. The Police, Roxanne
  40. Polly Jean Harvey, Rid of me
  41. Polly Jean Harvey, Down by the water
  42. Joe Jackson, Fools in love
  43. Robert Johnson, Love in vain
  44. Robert Johnson, Stop breaking down
  45. Kat Onoma, La chambre
  46. John Lennon, Working class hero
  47. Magazine, Shot on both sides
  48. Mina & Celentano, Che t’aggia dì’
  49. Jean-Louis Murat, Corinna Corinna
  50. Nirvana, Come as you are
  51. Nirvana, Rape me
  52. Orelsan (eh si), Changement
  53. Pink Floyd, Brain damage
  54. Pink Floyd, Cymbaline
  55. Pink Floyd, Dogs
  56. Pink Floyd, Eclipse
  57. Pink Floyd, The final cut
  58. Pink Floyd, Julia Dream
  59. Pink Floyd, San Tropez
  60. Pink Floyd, The thin ice
  61. Prince, Kiss
  62. Prince, Papa
  63. Prince, Sign o’the times
  64. Prince, When doves cry
  65. Prince, When eye lay my hands on u
  66. Queen (eh oui), Death on two legs
  67. Otis Redding, Try a little bit of tenderness
  68. Lou Reed, Perfect day
  69. Rita Mitsouko, Marcia baila
  70. The Rolling Stones, All about you
  71. The Rolling Stones, Brown sugar
  72. The Rolling Stones, Casino boogie
  73. The Rolling Stones, Honky tonk women
  74. The Rolling Stones, Mother’s little helper
  75. The Rolling Stones, Sister Morphine
  76. The Rolling Stones, Shatterred
  77. The Rolling Stones, Shine a light
  78. The Rolling Stones, Sway
  79. The Rolling Stones, Sweet black angel
  80. The Rolling Stones, Tops
  81. The Rolling Stones, Thru and thru
  82. The Rolling Stones, Wild horses
  83. Têtes Raides, Saint Vincent
  84. Têtes Raides, Trumpet song
  85. Paul Simon, 50 ways to leave your lover
  86. Paul Simon, The boy in the bubble
  87. Hubert-Félix Thiéfaine, La vierge au Dodge 51
  88. Nina Simone, My baby just cares for me
  89. Nina Simone, Ain’t got no life
  90. Patti Smith/Van Morrison, Gloria (in exelcis deo)
  91. The Violent Femmes, Blister in the sun
  92. Les V.R.P., Leo
  93. Roger Waters, Watching T.V.
  94. The Who, I’m free
  95. The Who, Cousin Kevin
  96. Neil Young, The needle and the damage done
  97. Neil Young, Pardon my heart
  98. Neil Young, Rockin’ in a free world



 

Celles qui ne marchent pas mais que j’aimerais tant jouer

  • Fabrizio de Andrè, Un ottico
  • Lang/Reisfeld, Blow a fuse (It’s oh so quiet)
  • Prince, Sexy motherfucker
  • Rage Against The Machine, People of the sun

On, nous (et eux)

août 9th, 2007 § 0 comments § permalink

Tu as des encoches comme des coins fichés dans la gueule : ce sont les moments de seul, les moments de je, dans lesquels la parole se fait plus agile. On avait dit au début, qu’on ne se refuserait rien. Or sept mois ont passé. A part quelques pirouettes, quoi de neuf, je veux dire de sensible, de concret ? Quel véritable danger ?

Tu es devant des gouffres, et tu ne sautes pas ? Alors ce ne sont pas des gouffres. Tu es devant des choix, et tu ne choisis rien ? Alors ce ne sont pas des choix.

J’étais à Grenoble, Isère, avec C. C. était venue, mais à cause du défaut d’A., qui était trop fatiguée. Echange. C’était l’anniversaire de KR, on espérait toujours qu’il débarque de derrière le rideau, souriant, enroué, ultime.

Passé le temps du rêve, nous avons discuté. Je ne sais pas si C. s’est tout de suite rendue compte de la manière dont nous avons parlé. Ce devint une autre langue. Un peu comme les raclements de voix des Gênois ou des Mongols deviennent une autre voix.

Accompagné par C., je t’ai rencontré.

Et maintenant ? Qui maintenant ? Maintenant quoi ?

La différence entre « ON » et « NOUS » chez F. est très sensible. Il y a là aussi les deux voix, qui s’opposent à leur « EUX » à tous les « ILS ».

« On » c’est quand on est de l’autre côté, qu’on se place à la place de « EUX », des « ILS », dont on peut être soit l’exact contradicteur, soit le référent. Comme KR. Par exemple.

« Nous, c’est quand on tente de montrer que « JE » n’est pas si important, recourt à des artifices communément partagés.

Je suis très sensible à la syntaxe de F., qui est chaque jour plus acérée, et chaque jour plus juste – juste car elle colle de plus en plus à elle-même.

Mais quel est le sens de tel texte ?

Mais quelle importance ?

Avec des pas de côté comme l’expérience tumultueuse ou les biographies de personnages du rock (qui n’ont pas besoin de ça), F. trouve, étrangement, une réelle voix, unique, sensible, personnelle.

Est-ce à dire qu’il s’éloigne et du roman et de la littérature ? Justement : NON. Ce faisant, son chemin faisant, il se trouve une vraie, une juste écriture. ON et NOUS s’assemblent pour déporter tout ce qui fait ILS et EUX un peu pesants.

J’ai lu de drôles de livres dans ma vie, mais par exemple Le dépeupleur, Ailleurs et Tumulte, plus quelques autres (tel de Vila-Matas, tel de Quignard, tel de Borges), me sont viables, me sont nécessaires.

Ai-je répondu à votre question ?

Mais je reconnais aussi que le temps, qui est une certaine rigueur, me manque largement pour délivrer ce genre de phrases, pour arrimer ces expériences aux mots, fussent-ils écrits sur une feuille de vélin ou à travers les pixels d’un écran. Or la récente redécouverte (on ne fait que relire les quelques textes qui nous ont marqués gravement – idem pour les musiques) de Roger Waters, même de Fabrizio de Andrè, m’engage, comme par contrat, comme pour répondre de, à confronter encore mieux, encore plus, ou mieux : encore plus vrai mon être propre (tout ce qu’on a lu des philosophes), c’est-à-dire la vie, à la littérature, c’est-à-dire une rotation spéciale, une envie décalée, une transgression du réel fondamentale, qui ne peine guère à nous en montrer les ficelles, les facettes, les incohérences.

Pourquoi travaillez-vous ? Et pour qui ? Pour satisfaire quel besoin ? Voilà la question qui fait terrain. Eh bien non. Je ne travaille pour aucun « EUX », aucun « ILS », ni même pour « ON » ou « NOUS ». Je travaille pour « JE ».

Parfois je sais que je pourrais faire mieux, mais compte-tenu de mon inaltérable silence intérieur (RIEN NE VIBRE), je sais aussi que cela vaut bien ceci : c’est-à-dire trois fois rien, pas même une note sur une partition.

Je suis juste bon à ramasser des pierres, à déplacer des colis. J’y trouve un plaisir indicible. Ne rien faire, ne rien être, ne rien devenir. Attendre paisiblement la mort, non pas rien faisant, mais faisant rien, rien qui vaille, rien qui nécessite un quelconque investissement, ou un déplacement, ou un risque. Je suis « NOUS », je deviens « ON ». Je me laisse porter par le texte qui fait de moi ce qu’il veut.

Peut-être lorsque cela fera jaillir une larme réagirai-je et trouverai-je un excipient appelé écriture. Pour l’instant je me limite, surtout au vu des grands, comme F. ou d’autres, et des médiocre, tout le reste, la plus grande partie. Limité, j’existe.

Donnez-moi de l’étendue, et je me raréfie. Donnez-moi de l’air libre et je m’évanouis.

Pulvérisé. Ecrabouillé. Je suis comme la rouille de mes chaînes.

Nous nous suffisons.