GEnove. Villes épuisées

juillet 24th, 2017 § 0 comments § permalink

Benoît Vincent ¶ GEnove
 

Le texte

numérique : ISBN 978-2-9541654-0-0 – 9×9 textes + 9 péritextes – 0 €
papier : 979-10-95244-07-3 – 306 pages – 20€
couverture : Cheeri
✓ Texte publié en 2012 (version internet) et le 12 mai 2017 (papier)
♨ écriture et publication en ligne, 2008-2015 – reprise jusqu’à début 2017

Attention Le site internet qui a vu naître le texte est toujours en ligne [www.ge-nove.net] mais, dans le cours d’une radicale mise à jour suite à la publication papier, tous les liens sont désactivés.

 

Quatrième

Par le biais de neuf chapitres de neuf textes, l’auteur évoque la complexité de la ville de Gênes en Italie et la relation qu’il entretient avec elle. Essai autogéographique, ce texte fascinant décortique l’organisme urbain, son vernaculaire et ses épiphanies (cuisine, chansons, paysages, transports, économie, culture, histoire…)

 

Echos

Presse, radio, blogues…

Jacque Josse, sur le site de larevue remue.net (20 juillet 2017) : « Cet ensemble – que l’on peut arpenter en empruntant plusieurs itinéraires – n’a évidemment rien du guide touristique. C’est d’abord un ouvrage foisonnant, conçu par un curieux qui ne cesse de noter ses étonnements, de questionner ce qu’il découvre d’une ville trop riche pour qu’on puisse n’en faire qu’une lecture linéaire. C’est à une marelle étonnante, à une imparable parade oulipienne, à une savante déconstruction (pivotant autour du chiffre 9) que s’adonne Benoît Vincent, en inventant Gênes au pluriel, et en invitant le lecteur à en faire de même. »

Alain Nicolas, dans L’Humanité (19 juillet 2017) : « C’est aussi le rendez-vous des mots et du réel, auquel Benoît Vincent ne se dérobe pas en donnant une furieuse envie de ne jamais refermer ce livre et de partir, toutes affaires cessantes, pour Gênes. »

Hugues Robert, sur le blog de la librairie Charybde (9 juillet 2017) : « Tout ce qui peut s’avérer nécessaire à la reconstruction patiente, fiévreuse et poétique, de l’identité de cette ville coincée entre ciel et eau, qui fut la Superbe et qui demeure une extraordinaire bizarrerie, sera soigneusement mobilisé et projeté contre les 80 autres éléments, nous offrant des séries entières de chocs libérateurs. Et c’est ainsi que Benoît Vincent nous offre bien davantage qu’une ville, fût-elle unique : une démarche littéraire fondamentale, construite et étagée, pour appréhender une essence par nature volatile et fragile, sous les amoncellements de l’Histoire et du réel – comme nous l’annonçait sans ambages le beau sous-titre de « Villes épuisées ». »

Emmanuelle Caminade, sur le blog L’Or des Livres (21 juin 2017) : « Cette étrange façon de raconter la ville évoque bien sûr Marco Polo, ce voyageur étranger décrivant les propres villes de son empire au grand Khan dans Les villes invisibles, et surtout le grand oeuvre de ce marchand et explorateur vénitien dont s’est inspiré Italo Calvino : deux textes qui, entre autres, irriguent fortement GEnove »

« Se prêtant à de nombreuses relectures car permettant une redistribution des cartes pour changer la donne à l’infini, offrant ainsi au lecteur mille et un chemins pour affiner sa perception de cette ville symbolique à la fois visible, invisible et imprévisible, GEnove est un livre foisonnant et vertigineux totalement atypique. Une expérience de lecture(s) exigeante et exaltante que je conseille vivement. »

Sean J. Rose, dans la Livres-Hebdo #1127 (28 avril 2017) : « Car GEnove c’est aussi le récit de cette relation-là, s’enchevêtrant dans une cartographie singulière qui n’a d’autre boussole que le sens poétique. »

François Bon (aussi plus bas !), dans son Service de Presse #33 (25 avril 2017) sur la plateforme vidéo bien connue. C’est à 25’45 » :

 

Du temps du site internet

Les premières lectures, bien que tardives, ont été consacrées à la version numérique du texte, c’est-à-dire au site liminaire.

• Ainsi Noëlle Rollet ouvre admirablement le bal sur le site Glossolalie (juin 2014) :
« On s’attendait à de l’aléatoire qui le soit un peu moins, et il y a bien quelques pan­neaux, neu­vains points de repères, qui indiquent bien une direc­tion, mais l’on n’est plus si atta­ché à connaître la des­ti­na­tion, fina­le­ment, on n’a pas hâte d’arriver à connaître la fin. On déam­bule, et on prend l’habitude, ici aussi, de voir se côtoyer la recette des tro­fie al pesto et un poème sur­réa­liste. C’est ainsi que GEnove peu à peu s’organise, devient orga­nique, dans ce désordre de la lec­ture de texte rigou­reu­se­ment ordon­née. L’ennui bien sûr, c’est qu’on pei­nera par­fois à retrou­ver ensuite tel texte qui ne payait pas de mine, l’obscure ruelle qu’il nous prend sou­dain l’envie de revi­si­ter, et qu’on se retrou­vera à lâcher quand même le fil d’Ariane pour se perdre fran­che­ment, cette fois-ci, le cœur léger, heu­reux de s’égarer au fil du texte. […] Or, beau­coup plus que la com­plexité du dis­po­si­tif mis en place, c’est au fond cela que j’appelle l’écriture expé­ri­men­tale, celle qui per­met une expé­rience de lec­ture, au sens plein du terme, c’est-à-dire qui me fait vivre une lec­ture dont j’ignorais qu’elle était pos­sible (et peut-être par­fois ne l’était-elle pas avant tel auteur). GEnove y réus­sit, en tirant parti de la spa­tia­li­sa­tion effec­tive du web pour « col­ler » à celle de la ville, non pas en creuse mime­sis, mais en décalque fonc­tion­nel, afin que puissent s’y ins­crire autant de tra­jets que de lec­teurs – un vir­tuel redou­ta­ble­ment plus proche de l’expérience réelle que le livre?

 

• « magnifique expérience narrative et expérimentale » (François Bon, Grues jaunes de Gênes, in Tiers Livre, 22 juillet 2014 : http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article1741

 

On dirait du (on l’a dit)…

• Italo Calvino
• Julio Cortázar
• Jean-Yves Jouannais
• Sébastien Ménard
• OULIPO
• Georges Pérec
• Marco Polo
• Emmanuel Ruben
• Antonio Tabucchi

 

Espace(s) #11

avril 6th, 2015 § 0 comments § permalink

Le revue Espace(s) du CNES accueille l’un de mes textes dans son numéro 11 qui paraîtra le 15 avril. Le copieux sommaire associe Olivier Bleys, Marie Quéau, Éric Pistouley, Claire Rengade, Tomás Saraceno, Bernard Chambaz, Jean-Claude Pinson, Karin Serres, Éric Suchère, Marc Molk, Sylvain Renard, Emmanuelle Pagano, Nicole Caligaris, Jakuta Alikavazovic, Vincent Gelot, Sabine Macher, Christine Montalbetti, Véronique Pittolo, Cécile Coulon, Frédéric Danos, Arno Bertina, Emmanuel Adely, Philippe Malone, Pacôme Thiellement, Carla Demierre, Florent Trochel, Bruno Meyssat, Stéphane Olry, Christophe Kihm, Coline Pierré, Boris Crack, Ian Monk, Sabine Normand, Élodie Boivin, François-Xavier Denis, Yannick Torlini, Philippe Mangano


&

Mon texte, Un nouvel espoir, est une récréation et un hommage à Alexandre Astier et à la série Kaamelott. En ce sens, il ne fait que retenir quelques procédés récurrents dans la série, notamment autour du très riche personnage de Perceval.

Farigoule Bastard

mars 8th, 2015 § 0 comments § permalink

Farigoule Bastard reçoit le 30 septembre 2016 le prix Jean Follain de la prose poétique à Saint-Lô

 

Benoît Vincent ¶ Farigoule Bastard

 

Le texte

Farigoule Bastard, Le nouvel Attila, 2015
ISBN 978-2-37100-013-1 – 124 pages – 16€
✓ Texte publié [2, 9, 16 avril 2015]
♨ écriture et publication en ligne, 2011-2013
Prix Jean Follain 2016 de la prose poétique
★ Sélection du Prix Wepler-La Poste 2015
★ Sélection du Prix (du métro) Goncourt 2015

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Lectures

2017

• le 25 mars 2017 à Paris (75), Salon du Livre, Stand de la Région IdF (P68) 14h00 : discussion animée par Philippe Guazzo sur la « nouvelle génération », avec Quentin Leclerc auteur de Saccage (Éditions de L’Ogre), et Emmanuel Villin auteur de Sporting Club (Asphalte), en présence des éditeurs.
• le 26 janvier 2017 à Nanterre (92), Paris-Nanterre, salle de conférence Max Weber, 10h15 : dialogue avec Kebir Ammi, dans le cadre des Enjeux contemporains du roman de la Maison des écrivains et de la littérature, 10e édition ; entretien mené par Jean-Marc Moura.

2016

• le 7 octobre 2016 à Lajoux (39), à 19h30, lecture-rencontre avec Alexandre Chollier, géographe et écrivain, sur le thème « La montagne, matière à penser et à sentir », dans le cadre des Pérégrinations de la Maison Transjurassienne de la Poésie .
• le 30 septembre 2016 à Saint-Lô (50), à 20h00, lecture d’extraits et interprétation de quelques chansons, pour la remise du prix Jean Follain 2016 de prose poétique.
• le 21 mai 2016 à Pessac (31), à 14h30 dans le cadre du festival de littérature de voyage La grande évasion : table-ronde “les écrivains marcheurs”, en compagnie de Colette Mazabrard, Pierre Mora, et Jean-Pierre Brouillaud ; programme ici.
• le 7 mai 2016 à Nyons (26), dans le cadre du festival Lire en Mai, et sur thème imposé, Réécrire l’histoire, à 15h30, avec Benoît Virot ; programme ici.
• le 23 janvier 2016 à Moret-sur-Loing (77), dans le cadre de la résidence artistique numérique du collectif L’aiR Nu (que je remercie des deux mains), Où passent les frontières.


2015

aux alentours du 10 décembre 2015 à Paris, librairie Gibert de Barbès (informations à venir) (évènement reporté sine die)
• le 28 novembre 2015 au Lieu Unique à Nantes, dans le cadre d’une journée Ecologie et poésie, organisée par la Maison de la Poésie, et avec une bien belle brochette d’auteurs :
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• le 3 octobre 2015 à Clansayes (Drôme), au Domaine des Alyssas, à 12h (en complicité avec la librairie des Cinq Continents de Saint-Paul-Trois-Châteaux).
• du 2 au 4 octobre 2015 à l’occasion des Cafés Littéraires de Montélimar : le 3 à l’Annexe à 16h30, entretien avec Yann Nicol ; le 4 dans le Salon d’honneur de l’Hôtel de ville à 14h, table ronde avec Emmanuelle Pagano et Yves Bichet.
• le 12 septembre 2015, à Marsanne (Drôme), librairie LiberTexte, de 10h à 13h et de 15h à 18h.
• le 30 juin 2015, à Dieulefit (Drôme), librairie Sauts et Gambades, à 18h30 : lecture-balade-caillette.

 

Quatrième (officieuse)

Farigoule Bastard, berger dans une commune de Haute-Provence sauvage et dépeuplée, est invité à Paris, lointaine capitale, pour une rétrospective sur son œuvre. A vrai dire, il ne sait pas exactement en quoi consiste son œuvre. C’est ainsi qu’il décide d’entreprendre un voyage à pied vers la gare au cours duquel se succèdent rencontres oniriques et souvenirs pesants, deux femmes, une mule et un couteau.

 

Echos

Presse, radio, blogues…

Arno Bertina, dans la Quinzaine littéraire #1127 (1er mai 2015) : « Le livre n’habille pas le personnage au fur et à mesure ; il le déshabille » […] « la tension qui fera tenir debout le texte est bien celle-là : une lutte entre le sujet du livre, archaïsant, et le déploiement d’une langue qui, emportée par sa propre violence, s’affranchira de tout cadre, et d’abord du sien, de celui qui l’a rendue possible. » […] « Cet élan lyrique est donc immédiatement dénoncé comme un leurre, cette dénonciation restituant le livre à son autre mouvement, qui consiste à dénuder pour rendre visible, à désarticuler pour isoler – ainsi de la liste qui consigne tout ce qu’on trouve dans la gibecière de Farigoule Bastard –, à aller joyeusement vers une forme de suspens et de silence. »

BERTINA 2015_Dans la gibecière de Farigoule


Guénaël Boutouillet, sur Remue.net (avril 2015), nous autorise un making-off, et les auteurs le remercient : 123


Claro, sur son blogue le Clavier cannibale (avril 2015) : « […] tout le travail de [l’auteur] est dans cette fusion: faire de Farigoule une langue avant tout, une syntaxe capable d’entrer en phase avec la matière des roches, la peau des plantes, les ondes de l’air […] En botaniste des affects imperceptibles, l’auteur construit son livre à la façon d’un peintre changeant souvent de technique, passant du cubisme au fauvisme, du collage à l’impressionnisme, permettant ainsi à son personnage d’expérimenter sa dissolution, ses variations, les « inéluctables modalités du visible ». Farigoule cesse alors d’être un nom accolé à un corps pour devenir le corps même du texte, sa machine patraque. »


Librairie L’Atelier (20e) : « [L’auteur] rend hommage aux paysages rocailleux de la Haute-Provence, aux chemins de traverse qu’emprunte son héros, FB. Et c’est autant un roman d’aventure qu’un long chant poétique. »


Brigitte Célerier, sur son blogue Paumée (avril 2015) : « mais Farigoule donc, et Picris, et la vieille aussi sont issus, porteurs, de la vérité splendide et rude de cette terre montagneuse […] Farigoule Bastard dont le récit respecte la complexité… »


Nikola Delescluse dans l’émission Paludes #761 du 15 mai 2015, sur Radio Campus Lille :


Monique Pétillon, dans le Monde des Livres, supplément au Monde #21885 du 29 mai 2015 :
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Emmanuelle Caminade, sur le blogue de La Cause littéraire (juin 2015) : « Il y a d’abord tous ces noms de lieux, de cols et de montagnes, immuablement présents comme des divinités, et ces nombreux termes relevant du registre régional ou spécialisé pour décrire cette nature – minérale, végétale ou animale – dont l’auteur dope son texte, sans compter sa part d’invention verbale, de jeu sur les sonorités et les graphies à la manière de Queneau. Mais c’est surtout la grammaire qu’il renouvelle, jouant sur l’ellipse et les silences, la ponctuation, sur l’irrégularité du rythme. Une langue sobre et calleuse mais chantante, un parler abrupt et condensé non dénué de sensualité évoquant la parole économe et imagée, profonde, de ces Farigoules que certains lecteurs ont peut-être un jour rencontrés. »


Joachim Séné, sur son blogue, Fragments, chutes et conséquences (juin 2015) : « […] cette exigence poétique, qui ne cède devant aucune facilité pour mener une phrase à un terme qui en devient, par ses détours rocailleux, unique, étonnante, haute étincelle ou à-pic. Difficile de placer une phrase de Farigoule Bastard dans un autre livre […] parce que sa langue est la langue de Farigoule Bastard, unique, « étrangère ». Cela nous emporte dans l’histoire, née de la peau de ce personnage et du sol du pays, où poussent le thym et la blache, le cairn et les fissures, sous le soleil et dans la burle, avec « la râpe de la cigale » pour opéra ; le trajet impossible de quelqu’un qui n’est pas pour tout le monde qui il semble être. »


Jacques Josse, sur remue.net (juin 2015) : « La langue employée par [l’auteur] pour donner vie aux différents cycles de “la geste de Farigoule Bastard” épouse la rugosité et l’éclat des paysages évoqués. Il adopte, pour cela, un lexique local âpre et judicieusement revisité qui ancre bien le récit dans ces lieux souvent désertés par l’homme, là où la parole, quand elle advient, sait se montrer tout aussi économe que précise. L’’histoire évolue, par saccades, au fil des pages. Elle change volontiers de narrateur. Déroule ses aléas, ses imprévus. Et multiplie les points de vue en faisant, au bout du conte, entrer Farigoule Bastard dans la légende. »


Hugues Robert, libraire, sur le blogue de Charybde (juin 2015) : « Nul lyrisme ici, ou alors un lyrisme obscurci et sévèrement recalibré : c’est sans doute en ce sens que le texte peut s’affirmer (dans un pitch à rallonge tentant de le caractériser, page 71) comme “antigiono” aussi bien que comme “antichar” , “autoporté” ou “déterritorialisé”. Si l’auteur de Regain ou de Que ma joie demeure semble en effet bien loin, celui de Un roi sans divertissement ou de Les grands chemins est pourtant beaucoup plus proche que ce que [l’auteur] feint joueusement d’avouer. L’incommunicabilité, malgré le langage profus — ou à cause de lui ? —, guette partout, le ressentiment s’immisce et le lien social n’a plus guère d’avenir. Seuls ancrages humains apparents du personnage, la jeune Celle et la Vieille sont aussi témoins et acteurs de l’échec, fatal et toujours déjà écrit, de l’absence de futur qui hante cette épopée silencieuse, taiseuse, qui bavarde abondamment et toujours intérieurement, qui donne à lire le punk des alpages dissimulé dans le cheminement radieux.


Benoît Artige, auteur, sur son blogue (juillet 2015) : « Fiction-paysage aux multiples détours qu’on aimerait n’avoir jamais fini d’explorer. » ; « Il faudra ouvrir la marche, sans crainte, conduit par cette langue en mouvement qui invente, coupe, accroche et qui, sans le vouloir séduit, et il y a bien longtemps qu’elle ne nous sera pas apparue si tendue, aiguisée. »


Le Chant du Monstre, revue, #4 (octobre 2015, à l’occasion d’un portrait haut en couleur de l’auteur et du Nouvel Attila) :

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« Ce roman déjoue toutes les attentes trop rapidement conçues […] Nous sommes donc face à un paysan avançant au pas pesant de sa mule en direction de la capitale. Oui, mais tellement plus et tellement autre. C’est dans une langue qu’immédiatement nous nous faisons prendre et embarquer au cœur d’un voyage qui traverse les paysages comme les regrets. L’écriture […] a la beauté sauvage, irrégulière et rugueuse des contrées que son personnage parcourt, irrespectueuse des normes et usages de la syntaxe pour le plus grand triomphe de la poésie. Cette très grande liberté prise à l’égard des cadres habituels du langage l’est également vis-à-vis de la structure romanesque elle-même, heurtée par de brusques changements de focale […] Ce roman est une très grande expérience littéraire. »


• Et Benoît Virot, l’éditeur, d’ajouter, dans le même numéro : « Sa prose poétique est l’une des plus puissantes du catalogue de la maison. Nous avons signé un contrat pour dix livres. »


• Et Louise de Crisnay, d’en rendre compte dans Libération Next du 13 novembre 2015, justement à propos du Chant du Monstre, qui présenta divers extraits « […] parmi lesquels la prose chahutée de BV et son Farigoule Bastard est probablement l’une des plus belles découvertes de ces derniers mois.


Emmanuel Delaplanche, dans l’émission Ozone Libre sur la radio Principe Actif (novembre 2015) :


Caroline (X ?), sur le blogue Un dernier livre avant la fin du monde (novembre 2015) : « [L]es tribulations internes forment un récit d’un nouveau genre, tout à fait prenant et envoûtant, où tout s’entrechoque et roule, où le patois forme une mélodie piquante aux effluves ensoleillées pour nous raconter le quotidien de gens hors du temps […] [A]utant de facettes qui font de ce livre une petite pépite. Beaucoup de passages méritent d’être retranscrits, tous même. […] [C]e petit roman tout mince renferme au cœur de ses quelques 120 pages tout un pan de pays qui tombe dans l’oubli, avec ses habitants chérissant leurs traditions […] Un des plus beaux livres que j’ai eu l’occasion de tenir entre mes mains. C’est tout simplement ça.


Guénaël Boutouillet, sur son blogue Matériau composite (décembre 2015) :
Farigoule Bastard, dont :
« [L]a lecture [de FB] me fut […] une des plus étonnées et réjouies de cette année […] la poétique est, littéralement, inouïe (car si, même fort tenté, je n’affirmerai pas le-censément-de-moi-connu Benoit Vincent poète, par crainte d’une humeur réactive ; de la poétique à l’œuvre dans ce texte j’oserai dire qu’elle déjoue tout ce qu’on pourrait attendre, prédire, imaginer […]), inouïe donc cette prose titubante et décidée […] Farigoule Bastard, long poème autant que promenade entêtée, fantaisie pastorale dissipant son et ses personnages dans leur sinueux mouvement, épaissit son mystère en l’énonçant, sans cesser de plaire, d’étrangement (d’estrangement) plaire à qui le lit qui l’écoute. »


Ailleurs

• « […] le texte le plus important en littérature française depuis des années ! […] »
Une libraire extatique


• « Attention stop attention : je l’ai terminé ce matin, et c’est extra ! Il a peut-être des défauts mais ils ne pèsent pas lourd en regard de ce qu’il réussit (le livre, [l’auteur]) »
Arno Bertina, auteur, sur Facebook


• « Farigoule Bastard de BV se dévore face au soleil, entouré de mains caleuses et de langue beauté. / Giono suréaliste. Richaud lumineux. / Voyage en langue et flore. / Emerveillement ! » « Il y a […] un fort écho [de Giono] mais totalement rematérialisé par une langue qui invente et répond à la nature. Je la trouve belle la filiation. Il y a une telle modernité ds l’écriture de BV. »
Charlotte Desmousseaux, libraire, sur Facebook


• « […] complètement ébloui. Hourra, c’est une merveille. L’adieu au père, la lettre de la Vieille, la mer pétrifiée de la crau, la mule qui boit pour oublier la mort, je continue mais déjà sourire immense. Vive nos deux Benoît ! »
Sylvain Prudhomme, auteur, dans le train


• « On y déambule, on y trébuche, on s’y tamponne sans jamais s’en tamponner, embarqués et déroulés comme les bergers des Saisons de Pelechian débaroulent des montagnes avec leurs moutons dans les bras. C’est moderne, frais, bio et local. C’est un bon livre, quoi ! » / « Il y a vraiment plein, plein de bonnes choses. (FB au jardin des plantes, les italiques et tant d’autres et tant d’autres)… »
Julien d’Abrigeon, poète, sur Facebook


• « aucune facilité, ça va chercher la langue où elle n’est pas, et dit forcément des choses qui n’auraient pu être découvertes autrement, cette singularité nécessaire, rare, est ce qu’il nous faut, ce qui fait qu’un livre peut être unique. C’est le cas. »
Joachim Séné, auteur, sur Facebook


• « La lecture est souvent un acte solitaire et silencieux et là, pourtant, on se prend à rêver d’être un lecteur debout, marchant, disant, hurlant ce texte (ce « roman ») pour en sublimer la densité et la puissance. J’ai tenté l’expérience (non, pas de vidéo) et je vous assure que ça carillonne. »
Caroline Gérard, éditrice, sur Facebook


• « En tout cas c’est réussi, et assez singulier de mêler ainsi une ruralité non feinte, physique et directe (moi qui suis de ces régions ou à peu près je le vois bien), et cette langue-là. »
Christian Garcin, auteur, communication personnelle


• « [L’auteur] arriv[e] à un magnifique équilibre entre poésie (à la fois ludique et profonde) et récit : cet équilibre est le graal pour moi… Quelque chose de très rare. Ça me plaît terriblement. »
Hélène Frédérick, auteur, communication personnelle


• « Parce que. Voilà. Les mots sont beaux et forts en bouche. L’objet-livre beau comme certains paysages.
Ne cherche plus la plume, c’est un couteau. »
Agathe Elieva, poète et musicienne, sur Facebook


• « […] Son style tendu, riche, avec de nombreuses trouvailles de langue, la poésie des ruptures, et bien sûr l’insertion de listes magnifiques. Tout cela m’a vraiment fort réjoui »
Antoine Volodine, auteur, communication personnelle


• « J’ai lu [le] livre, et cela m’épate toujours autant la manière dont [il] manie le langage. Un forgeron, oui. [Son] personnage est incroyablement subtil. [Il] m’a remué les sangs et tiré les larmes, comme souvent quand je [le] lis. »
Laurence Morizet, dessinatrice et céramiste, communication personnelle


• « J’aime beaucoup ce personnage qui tient à très peu et dont [l’auteur] fai[t] le portrait intérieur et le portrait en creux. J’aime cette idée d’épopée mais en pointillés, en petits pleins et en grands vides au fond, cette idée de départ, de trajet, de perte. J’aime particulièrement le passage de la mule disparue et l’enchaînement sur ces magnifiques pages sur l’absence, j’ai pensé à Don Quichotte, à cette façon de marier le noble et le trivial. »
Nicole Caligaris, auteur, communication personnelle


• « Farigoule Bastard, y monte à Chamouse et une fois sur la crête, y gueule en direction de Manosque, “Giono enculé !„ »
Luc Garraud, botaniste, communication personnelle


• « Quelle lecture du chemin rocailleux, tortueux au long duquel Bastard piétine les farigoules, en exprime les arômes éoliens… Que d’éclatements sournois aux détours. Farigoule est dalien : on dirait une femme à tiroirs en berger improbable. Un récit au naturel-actuel, les liaisons sont libres. Un texte transporteur de sens, polyinsaturé. »
Jean-Pierre Reduron, botaniste, communication personnelle


• « Un chef d’œuvre de maquisard. »
Nicolas Tainturier, auteur et traducteur, communication personnelle


• « Farigoule Bastard est un livre comme je les aime. Avec du concret, mais pas réaliste. Qui donne de la présence à des modes de vie qui semblent d’une autre époque, mais ne se prive pas d’écrire dans une palette bien de ce siècle et bousculer un peu au passage le lecteur (j’aime beaucoup la façon dont le vocabulaire, la phrase, avec aisance se décalent de l’usage courant). J’ai pensé à un auteur qui compte pour moi, André de Richaud […] »
Genevière Peigné, auteur, communication personnelle


• « Quelle écriture fascinante ! »
Patrick Chatelier, auteur, communication personnelle


• C’est très singulier et sacrément inventif, dans la composition, dans la langue, les variations et les ruptures dans le rythme, la richesse sémantique, ce que [l’auteur] fai[t] du paysage et comment [il] le décri[t], ce qu »[il] donn[e] et refus[e] à la narration, etc. Tout cela sans que ce ne soit à aucun moment gratuit, motivé par quelque désir de prouesse ; tout est justifié, bien que surgissant d’un geste libre. »
Oliver Rohe, auteur, communication personnelle


• « [C]ela fait longtemps que je n’avais pas lu meilleur premier chapitre, ce qui est chez moi déterminant pour la poursuite de la lecture.
Au fil du livre, cela ne s’est pas démenti, quelle langue […], [l’auteur] s’appropri[e] les mots, la syntaxe, les images, et cela fonctionne complètement, on se laisse bercer/heurter par les phrases, on est sur le dos de la mule ou le nez dans la garrigue, dans la grande solitude des grands espaces et de nos vies. »
Frédérique Breuil, éditrice, communication personnelle


• « [L]’invention formelle n’est pas de l’esbroufe ni un jeu autarcique, mais la volonté de trouver d’autres outils permettant de rendre compte d’autres réalités, comme mettre au point une nouvelle clef pour ouvrir une nouvelle porte – et tout ça sans aucune morgue, avec humour. »
Pierre Senges [par ailleurs lauréat du prix Wepler qui valut à Farigoule Bastard, en sus d’un aller-retour toujours remuant à la capitale par le train rapide de 5h41, une amende de cinquante euros tout ronds dans le bus numéro quatre-vingt de la régie autonome tu parles des transports parisiens et alentours pour absence de titre de transport pour un animal accompagnant « et de surcroît encombrant », somme qui sera immédiatement portée en débit du compte de M. Senges aux éditions Verticard ou Gallimales, je ne saisis pas bien], auteur, communication personnelle


• « C’est le plus beau livre que j’ai lu cette année depuis… Fraudeur d’Eugène Savitzkaya et l’une de mes belles rencontres littéraires de l’année »
Yann Dissez, vie littéraire au Ciclic, commentaire Facebook.


• « Parfois, dans certaines traductions, je me sens un peu prisonnière d’une certaine grammaire, de constructions de phrases toujours identiques tout en ne sachant pas toujours où trouver la lézarde qui pourra décloisonner l’ensemble, le faire respirer tout en restant fidèle à l’original. Lire des livres comme [FB], c’est un appel d’air, ça te remet à l’esprit que la souplesse est possible, que le sens et la musicalité peuvent prendre de nombreux chemins. »
Céline Leroy, traductrice, communication personnelle


• « Et je prends parti de vous en féliciter… On sent bien que l’intrigue romanesque (car il est intitulé malgré tout : roman), n »est pas le sujet primordial. L’enjeu est le travail sur la langue et, en ce sens, l’exercice de style est […] brillant ! […] Des bribes de silence et de dire, la gestuelle d’une vie brève et reconstituée. Le texte prend toute son ampleur, lorsqu’il est dit, conté. Il traverse l’esprit, les sens, tel un météore et « Farigoule Bastard » est sans doute plus l’allusion à une œuvre, écriture (solution hybride) soluble dans une approche nouvelle de la littérature de la nature, en soi une sorte d’épopée. »
André Bucher, écrivain, communication personnelle


Dans les textes et blogues

Farigoule Bastard est cité dans le journal de Guillaume Vissac, publié sur Fuir est une pulsion : en date du 5 mai 2015, et il y est question le 7 mai, le 16 mai, le 27 mai 2015.


On dirait du (on l’a dit)…

• Guyotat (celui-ci, qui osa la comparaison — et moi-même d’ailleurs — était un peu bourré)
• de Richaud, deux fois (très honoré)
• Giono, trois ou quatre fois
• Niffoi (moi-même)
• Pelechian (dixit un auteur qui ne jure que par le cinéma)
• Pons (plus que plus qu’honoré — il y a des gradations… ; une lectrice qui a tout compris)
• Queneau (c’est beau, c’est trop)
• Rabelais (le même qu’en ouverture, encore un peu bourré)
• Rimbaud (cet autre passait à l’apéro)
• Savitzkaya (plus qu’honoré)

 

Dossier

1. Paratextes

Farigoule Bastard a paru sous la forme d’un feuilleton initialement publié sur Le Convoi des Glossolales aux bons soins d’Anthony Poiraudeau du 1er juillet 2011 au 3 mars 2012, chaque vendredi ; ils forment la base, largement remaniée, du livre.
— les chapitres ayant pour titre une lettre capitale ont été publiés, légèrement différents, dans les revues BoXoN (numéro 27) aux bons soins de Julien d’Abrigeon, et Le Zaporogue (numéro 12) aux bons soins de Sébastien Doubinsky ;
— Les textes poétiques qui débordent chaque cycle ont été publiés sur le site de Mathieu Brosseau, Plexus-S ;
— repris dans une première forme sur ce site, l’index ci-dessous avait été créé (avec la structure originale du récit ; les liens sont désactivés) :

cliquez ici


2. Images

— Cette image illustrait une première version du texte.


— Les images ci-dessous ont été sélectionnées pour diverses illustrations. C’est finalement la photo du Pied du Mulet (en bas à gauche) (et non de Chamouse !) qui a été retenue comme revers de la jaquette.



— L’image qui suit fut prise par les auteurs lors d’une balade à Barry, village troglodytique, sur la commune de Bollène :
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3. Performances

— Des extraits du texte ont été lus en 2012, lors de la Fête du Soltice (d’été) organisée par Luisella Carretta, dans le cloître (triangulaire) de l’église Sant’Agostino de Gênes.
— Une page Facebook et une page Twitter ont été créées, portant le nom du livre-héros.
Avis aux libraires On propose lecture itinérante (dehors, en face du patrimoine qu’on a présent) pour toutes les librairies situées sous le 45e parallèle ; et pour les mêmes et toutes les autres, une dégustation de caillette, picodon et côte du Rhône village est assurée après la lecture.

20 ans d’Ail ! 09 : carnets 28 & 29 (2009-2010)

décembre 27th, 2014 § 0 comments § permalink

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Table
01 : carnets 1-5 (1994-1998)
02 : carnet 6 (1999)
03 : carnets 7-9 (1999)
04 : carnets 10-15 (1999-2001)
05 : carnets 16-18 (2001-2003)
06 : carnets 19-21 (2003-2006)
07 : carnets 22-24 (2006-2008)
08 : carnets 25-27 (2008-2009)
09 : carnets 28-29 (2009-2010)
10 : carnets 31-37 (2010-2014)

 

Zhong shu #28 [#3156-3233, 23 novembre 2009-15 mars 2010] • Quaderno di Genova

Carnet

Carnet Clairefontaine, type VI (96 pages, 14,8 x 21 cm couleur, nouveau motif, orange, petits carreaux)

 

Contexte

On commence en fanfare avec un nouveau plan de ce qui deviendra GEnove, et de nombreuses pages en sont encore des ébauches, des esquisses, des jets, voire des textes déjà aboutis. C’est l’essentiel du cahier.
À Gênes, j’écris de nouveau à Pascal Quignard, mais cette fois-ci je n’aurais pas de réponse. Je rencontre Giuseppe Zuccarino, qui deviendra un ami, revois Elisa et interviens à l’université avec les doctorants sur littérature et internet ; mais sinon c’est la ville qui occupe.
Dès le retour, dans le train, un nouveau texte d’écosophie (?) (#3224), un texte impitoyable avec, par exemple, « la famille, machine à broyer l’individu » (#3225), et d’autres idées pour Climax (#3228).

 

Zhong shu #29 [#3234-3337, 16 janvier 2010-04 août 2010] • Sans titre

Carnet

Carnet Clairefontaine, type VI (96 pages, 14,8 x 21 cm couleur, nouveau motif, rouge et bleu, petits carreaux)

 

Contexte

On reste dans le même travail, car de toute façon GEnove occupe une grande partie de ce nouveau carnet. On trouve par exemple le premier plan qui expose les thèmes (Aimer, Mourir, etc.) (#3237) et puis cette question à la fin du carnet (#3337) : « et si neuf chapitres ? » (scanner schémas).
L’autre gros chantier est l’enregistrement, puis la mise en forme des chansons avec Amandine et Gilles. Le « duo »-« trio » s’appelle alors Douce-Amère. D’abord ce n’est qu’un plan (comme toujours) avec d’éventuels copains invité (finalement on fera tout à trois). On note les effets ou consignes de chaque chanson (#3236). On y revient jusqu’au bout (3330, 3333, 3334, 3336, le groupe s’appelle maintenant Lichen ou Lychen ?)
On pense revoir aussi le site internet, notamment la page d’accueil, horizontale.
Et il y a beaucoup de textes sur Climax aussi, toujours.
Un texte sur l’ours (#3235).
En mai un voyage en Corse pour des concerts avec le groupe de rock et funk avec lequel je joue (batterie et un peu de chant) ; avec Olivier et l’ami Seb. En juin je retourne à Gênes, à l’invitation de Luisella Carretta pour participer à une fête du solstice, où je lirai pour la première fois un texte de GEnove (on voit que l’histoire traîne depuis un moment !) C’était, je crois, le texte Endémique, qui reste l’un de ses moments forts (de lecture publique, du moins).
La rencontre avec M. ébranle la vie française et produit des textes, des questions, des conflits…
À part cela, une note sur Ivar Ch’vavar, un texte sur Anima motrix de Bertina, et un texte sur Le clavier cannibale de Claro.
À la faveur d’une belle et vigoureuse sciatique (la première), je reste assis tout le mois de juillet dans la cuisine, chez A., alors que ma fille est là. Je ne peux plus bouger, alors je commence l’utilisation abusive de Facebook, et ainsi je rencontre Claro, puis tous les autres : Hélène Sturm, Daniel Labedan, Caroline Gérard, Jean-Paul et Françoise Trésvaux, Benoit Jeantet, Agathe Elieva, Emma Brownsugar, Anthony Poiraudeau, Sarah Cilaire, Julien d’Abrigeon, etc.
Le moment est tendu — la sciatique est un signe ? Je vois, dans le carnet, que je suis à la recherche d’un appartement ; je dois quitter Dieulefit. Je vais voir à Grignan, Taulignan, autour si possible, pour plus de sec, de Méditerranée, passer du côté du chêne vert. Bref un été difficile. Le 21 juillet, je lis (#3329) : « tu es attiré, agrippé par ce désir très con, très complexe. Voilà. Tu poses une nouvelle feuille blanche sur la machine […] Parce que c’est l’été, sûrement, tu veux céder au risque de la profusion […] tu crois devoir écrire […] problème : tu n’as rien à dire. »

 

Extraits

• les chansons sont ici : https://bisrepetita.bandcamp.com
Machination : Claro (sur Le clavier cannibale, de Claro)
Les voix de leur maître (sur Anima motrix, d’Arno Bertina)

 

20 ans d’Ail ! 08 : carnets 25 à 27 (2008-2009)

décembre 25th, 2014 § 0 comments § permalink

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Table
01 : carnets 1-5 (1994-1998)
02 : carnet 6 (1999)
03 : carnets 7-9 (1999)
04 : carnets 10-15 (1999-2001)
05 : carnets 16-18 (2001-2003)
06 : carnets 19-21 (2003-2006)
07 : carnets 22-24 (2006-2008)
08 : carnets 25-27 (2008-2009)
09 : carnets 28-29 (2009-2010)
10 : carnets 30-37 (2010-2014)

 

Zhong shu #25 [#2956-3019, 15 décembre janvier 2008-25 janvier 2009] • Sans titre

Carnet

Carnet Clairefontaine, type VII (96 pages, 14,8 x 21 cm, couleur, bleu et rouge, lignes)

 

Contexte

Dans la même ligne que le précédent. La suite d’Orpins, beaucoup textes sur Gênes, réunis sous le titre G. Un long séjour à Gênes, donc qui marque la rencontre avec Mattia et les gens du port, mais aussi Luisella Carretta, qui deviendra une ami chère (jusqu’à une rupture incomprise), et des visites chez Elisa et Franco.
Ce sont les premières pages de GEnove, en réalité, qui s’écrivent ici — il n’est point utile de les citer. Le voyage a été probablement bouleversant (à en juger par les textes). Un incursion à Lucca, chez Marco et Maddalena.
Il y a le retour et la suite des ateliers d’écriture (nombreuses pages des exercices faits en même temps que les participants).
On le croira ou non, mais il y a une annotation sur Cortàzar. Incroyable, car je ne lirai Marelle que bien plus tard (offert par une certaine G., en 2013), et que c’est Marelle que l’éditeur évoque en quatrième de GEnove.
Voyage à Paris : je vois Jean Lebrun, Patrick Chatelier, Monique.
Un texte sur le livre de Jean Lebrun (#3014) et un sur François bon (#3017-3019)

Extraits

• le texte Custos quid nostis ?, l’un des premiers textes publiés ici.

 

Zhong shu #26 [#3020-3089, 26 janvier 2009-21 juillet 2009] • Sans titre

Carnet

Carnet Clairefontaine, type VII (96 pages, 14,8 x 21 cm, couleur, bleu et rouge, lignes)

 

Contexte

Dans la même lignée que le précédent, avec peu de textes notables (on est toujours sur les programmes, les plans, la recherche quoi). On cite pour la première fois Bobines (#3037, 3069), avec un plan, même. Le 1er juin, je vois à nouveau Patrick et on évoque un récit collectif, qui deviendra Climax bien plus tard (c’est-à-dire en 2015 !), qui serait acueilli chez Inculte (échéance annoncée mars 2010). Les ateliers se poursuivent (et les textes de mes participations prennent de la place) ; je prépare une conférence sur internet et littérature pour l’université populaire de Montélimar, et je vais pour la première fois aux cafés littéraires. Je rencontre Martin Rueff et probablement Nicole Caligaris. Je publie avec Laurence Morizet, plasticienne (et excellente céramiste) une plaquette intitulée Pholques.

 

Extraits

Pholques, avec Laurence Morizet
• La série des Eté : 1234
• le fragment #3079, Ecrire 17
• la publication de Végétal Instin sur Remue.net

 

Zhong shu #27 [#3090-3155, 21 juillet 2009-20 novembre 2009] • Sans titre

Carnet

Carnet Clairefontaine, type VIII (96 pages, 14,8 x 21 cm, couleur, bleu et rouge, petits carreaux)

 

Contexte

Dans la lignée des précédents, mais, je ne sais pourquoi, il est beaucoup plus écrit (il y a peu de textes écrits en ligne de cette époque). Plusieurs textes courts plus intéressants (je veux dire, dans la surprise des premiers carnets) : La corniche (#3100), Je prends le train (#3138), les fragments #3104 et 3106. On parle aussi d’une série d’ateliers d’écriture à la Mission générale d’insertion des Catalins.
On poursuit l’organisation d’HS, et il y a plusieurs textes sur la littérature Si c’est une littérature (#3129), Ecrire 19 (#3125) et 20 (#3139), sur Nicole Caligaris (#3097), Anastylose (#3098), Thierry Metz (#3143). Et puis une nouvelle épistémologie et un nouveau découpage territorial de la France ! Mais l’essentiel du carnet est occupé, de manière fractionnée, par Végétal Instin 2, c’est-à-dire les premières pages (mais presque toutes) de ce qui deviendra ma contribution à Climax ; il y a déjà le soldat romain, le mur, et il y a même une espèce de plan.
A part ça, je me rends à Bologne voir Martin Rueff et je reçois une lettre de Pascal Quignard. Je rencontre Arno Bertina.

 

Extraits

Les sols maussades de la littérature
N’importe quelle histoire (sur Okosténie de Nicole caligaris)

 

Quartier romain (4)

août 12th, 2014 § 0 comments § permalink

En cinq rioni : 12345

 

 

Jour 7. R.XIII. Trastevere ; Q.XII. Gianicolense

Longue marche dans le Trastevere, depuis les quartiers anonymes mais vifs de la gare jusqu’aux ruelles si pittoresques et tellement médiévales du nord. Belle place de Santa Maria Trastevere. Pris un bus au hasard, le 115, qui monte sur le Janicule. Et redescente. Jour où la jambe empêche.

 

Jour 8. R.XI. Sant’Angelo ; R.X. Campitelli ; R.I. Monti ; R.IV. Campo Marzio

Retour pour motifs personnels au cœur romain de la ville. Je traverse le Foro Boario puis me décide pour les escaliers du Capitole. Les idées se rassemblent très lentement. Du temps pour remettre un nom sur les Dioscures, sur l’empereur à cheval (n’était-ce pas Tibère qui était barbu ?), puis les rues les plus proches (aucune envie de dépenser des sous pour griller au soleil). Je retrouve ainsi de près ces monuments toujours oubliés : temple de Saturne, temple de Vespasien, arc de Septime-Sévère, Tabullarium, Tullianum, basilique Julia… Cette colonne, à quoi appartient-elle déjà ? Ce bâtiment, qui frappe par sa taille modeste et son intégrité, ce serait la Curie ?


 
Et puis on nous a trompé depuis des décennies, il faut dire : ce que nous voyons de la Rome romaine (pour ne parler que d’elle) est déjà une reconstruction (même parcellaire) et donc arbitraire (orientée tout du moins) de ce que pouvait bien être le secteur alors. Les bâtiments ajoutés au fil du temps, les déplacements et récupérations, les destructions et pillages, le temps des hommes en somme, tout cela a produit un forum imaginaire : est-ce que l’arc de Septime Sévère a côtoyé l’arc de Constantin ?

Mais dans le même temps, cet ensemble — si on veut bien y regarder objectivement — d’une remarquable qualité, est d’une puissance évocatrice incommensurable. Une vraie machine à fiction. Un nid d’histoires et d’imagination. Je n’entrerai pas sur le forum : je me fais fort de voir les monuments de l’extérieur. Et puis il faudrait pouvoir visiter la Domus Aurea de Néron, les souterrains infinis, le Lapis Niger, choses auxquelles hélas on n’a pas accès.

Je descends vers la prison de St Pierre (Tullianum) puis bifurque vers le forum de César (je finirai le Foro Romano demain). Je jette un coup d’œil au forum de Trajan puis m’émerveille un long moment sur la reproduction des scènes de la colonne homonyme sur un coin de la place. Mais déjà, malgré l’heure précoce, les familles, les glaces, les cris, les appareils photos envahissent la place.


 

Une nouveauté (dans la mémoire) les fouilles du métro C qui ont mis au jour un autre monument tardif, l’Athénée d’Hadrien, espèce d’Académie de l’époque, mis au jour en 2007-2008 du fait des travaux de la sempiternelle Ligne C du métro. On ne voit rien bien sûr, mais penser qu’une ville tellement remaniée puisse encore délivrer des secrets est plaisant.

Je retourne à l’Ara Sacra di Torre Argentina, mais la lumière n’est plus bonne (on ne revient jamais sur ses pas). Je me rabats alors sur le théâtre de Marcellus. Impossible bien sûr de remettre un nom sur le temple d’Appolon Sosianus, et encore moins sur celui de Bellone (« je sais même plus c’est qui »).

Je prendrai finalement un bus pour retrouver l’Ara Pacis, autre destination du jour. Les trois ou quatre rioni ainsi traversés l’ont été partiellement et en hâte ; il faudra revenir.

Je voulais voir l’Ara Pacis car je n’étais pas revenu depuis la création du « musée » la recouvrant, réalisé par Richard Meier et compagnie. Devant, piazza Augusto Imperatore le mausolée dudit Octavien divinisé. Autour des immeubles du plus pur style rationaliste (euphémisme pour ne pas dire fasciste), assez élégants du reste.

L’attention du pouvoir sur ces restes est stratégiquement évidente : mausolée d’un chef d’état dictatorial divinisé et l’autel attenant, voulu par lui, dédié à la paix. Les travaux du musée sont également les premiers de cette ampleur à Rome (création d’un site dédié) depuis la chute du fascisme.

Je m’étonne d’ailleurs de la ressemblance entre l’œuvre de Meier et de l’ancienne couverture réalisé par le pouvoir fasciste à travers Vittorio Ballio Morpurgo. Mais sans doute-est-ce dû précisément à la clef donnée par la fonction et le rôle de cet ensemble urbain. Ce qui m’intrigue également, c’est de comprendre pourquoi je suis moi-même si fasciné par la figure d’Auguste (alors que l’œuvre et la pensée de Nicolas Sarkozy, pour citer un nom au hasard, ne m’intéresse au contraire pas du tout). Il est vrai que le livre de Bertina/de Roeck/Gallet/Michaud, Anastylose, déjà cité ici de nombreuses fois, est venu combler tout un espace en moi — et ce livre traite précisément de l’Ara Pacis. C’est un point sur lequel j’engagerai ma vigilance.


 

J’aime bien le film de Tinto Brass et soi-disant défiguré par Bob Guccione et Giancarlo Lui (scénario Gore Vidal), Caligula, même si et peut-être parce qu’il est plein de défaut. La figure de l’empereur tout puissant est interchangeable, je suppose, depuis Auguste et jusqu’au douzième, Domitien, dans la tradition issue de Suétone — et dans cette liste ne figurent ni Hadrien, ni Marc-Aurèle, ni Trajan, ni Caracalla, ni Septime-Sévère, ni Dioclétien, ni Constantin, pour ne citer que quelques noms célèbres : et cela aussi ça peut questionner, notamment au regard de leur empreinte urbaine. Pouvoir, et pouvoir faisant vaciller la raison, cruauté, guerre, organisation territoriale et superstition… il y a là bien sûr un thème largement étudié, sur l’origine des mouvements populistes (mais il serait plus pertinent de dire démagogue), sur le concept de nation, ou sur le simple usage du pouvoir autocrate.

Dans ces conditions la ville devient une application (ou un outil) de ce pouvoir — et en tout état de cause, Rome et les cités antiques nous montrent la faible distance qui sépare la lumière de l’ombre, le public du privé, le personnel du collectif.

c’est sans doute ce qui fait de la ville une organicité : un organisme vivant, sexué, coloniaire, immortel. Et moi là-dedans, je recompose des itinéraires, et d’un tas de fragments brisés par la mémoire, je remonte le tissu arlequin d’une ville où j’ai habité.

 

En cinq rioni : 12345

 

Friction. Notices d’autorité

décembre 2nd, 2013 § 0 comments § permalink

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Après divers volumes rassemblant divers essais1 sur les phénomènes propres à l’expérience littéraire de l’époque contemporaine et rassemblés sous le nom d’inquiétude, ce texte vient parachever, si cela se peut, le geste en une figure originaire. Ce retour à la fiction étant nécessaire, et pourtant accoutumé au paysage des livres.


Avant-propos
Pericoloso porgermi [Fred Griot et Antonio Tabucchi]

Posologie
Posologie. De Jacques Derrida. Une lettre sur Papier machine [Jacques Derrida]

Frictions

Postfiction
[Antoine Volodine]

Au moment critique (02)

  1. Pour mémoire, La littérature inquiète se répartit en quatre volumes plus ou moins achevés, L’anonyme, Le revenant, qui sont deux monographies, puis Le lir&crir et Petit traité d’itérologie.

Dans la nuit de mardi à mercredi

mai 9th, 2013 § 0 comments § permalink

Compte-rendu d’une lecture onirique du deuxième recueil de nouvelles d’Arno Bertina, La note orpheline



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Je me suis réveillé à 3h35 cette nuit avec les copeaux d’un rêve dans la tête, rêve dans lequel je lisais, à la manière d’un spectateur au cinéma, le second recueil de nouvelles d’Arno Bertina, La note orpheline, paru en 2016.

A la manière d’un spectateur car je ne lisais pas vraiment ces nouvelles : je les voyais défiler. Je me suis réveillé alors que je terminais la septième nouvelle. Il y en avait d’autres encore, mais je ne sais pas combien.

On pardonnera la lettre lacunaire de ce compte-rendu qui, conformément à la réalité sauvage et labile du rêve, échappent le plus souvent aux mots et à leur nature raisonnante.

La nouvelle d’ouverture, homonyme, est un texte fictionnel où le personnage, Arno, raconte l’origine du projet de recueil et le processus singulier d’écriture de ces textes. Arno rappelle une discussion avec une éditrice américaine, Gary N. Callis qui dans un texte critique, Publishing. Writers in the shape of editor skills1, déconstruit la machine narrative à l’œuvre dans Anima motrix et Je suis une aventure. D’abord courroucé par la démonstration, l’auteur échange une brève correspondance avec la critique, et cet échange transforme sa propre appréciation sur son travail. S’ensuit alors un premier projet de nouvelles, Des choses fragiles, directement lié à cet échange, et dont il lui envoie le manuscrit. Celle-ci, quelques semaines plus tard, publie un nouvel article, « Editing. Arno Bertina’s long tail of cataphors », qui provoque à nouveau la colère d’Arno, qui souffre d’être mal compris. Le recueil de nouvelles publié, Arno se consacre à d’autres textes plus volumineux et s’éloigne à la fois du genre court et de la critique américaine. Elle ne devient pour lui qu’un « petit point dans un passé devenu sans fond, point dont je ne reconnais plus ni les traits ni les mouvements, et s’il y en a eu » (21).

Quelques années plus tard, à l’occasion d’un colloque, l’écrivain croise à nouveau la route de la critique. Le temps ayant apaisé le conflit, les deux protagonistes parviennent à se mettre d’accord sur un second projet de nouvelles, La note orpheline, qui prendrait corps précisément dans l’intervalle laissé vacant entre la lecture et l’écriture, entre la critique et la création mais aussi dans le laps de temps qui a précédé leurs retrouvailles ; ce texte, signé collectivement, serait une tentative d’échapper absolument à tout genre narratif, à tout concept théorique ; il aurait pour vocation d’évoluer indéfiniment dans les limbes du pur récit, détaché de références.

Par un procédé déjà éprouvé par la machine littéraire depuis des siècles, le reste du recueil est considéré comme la démonstration textuelle de ce texte liminaire, chacune des nouvelles étant enchâssées les unes dans les autres, mais à la manière de poupées gigognes d’un genre nouveau, c’est-à-dire inscrites dans le paysage d’un Escher ou d’un Möbius. Chaque texte porte en germe l’ensemble des autres textes tout en étant, par le jeu de la phrase singulière et bifide, monstre ainsi né des deux écritures, l’aboutissement logique de chacune d’elle.

La seconde nouvelle se déroule d’abord en Inde et s’intitule parham cité (sans majuscules). C’est une nouvelle aux bords fantastiques dans laquelle une ville est engloutie par les eaux. Un enfant a pour mission de mettre un terme à cette inondation, par un processus tout autant psychique que mystique. En contrepoint des fragments narratifs qui développent ce récit, vécu comme une hallucination par un professeur chinois qui travaille sur Jacques le Fataliste, interfèrent les extraits d’une correspondance érotique entre deux amants séparés par une simple cloison dans un inquiétant dispensaire nord-américain.

[…] et je lui disais combien sa peau je l’écrivais, en n’avais jamais assez et en voulais encore — et je lui répondais que je fondais déjà capable de m’immiscer par en-dessous des portes et au-delà des murs de cet asile — et je lui disais que j’étais prête tout à lui ouverte mais comment être ouverte dans un lieu fermé je criais dans mes poings, mes poings criaient je n’étais pas seule je n’étais pas seule — et je lui répondais qu’aucune prison ne contient les poings et nous nous prenions les mains, à travers la cloison, je sentais son pouls passer d’elle à moi, à mesure que nous pensions à l’autre, c’était tout le pouls qui se déversait, se déversait et emportait tout, tout […] (42)

Le troisième texte, Voz deseada, est un hommage non dissimulé à Borges, où un écrivain, le temps d’une averse qui le surprend et le contraint à rester à la terrasse d’un bar, alors qu’il devait retrouver son amante à l’autre bout d’une ville méditerranéenne, imagine, dans une espèce de souvenance, les dernières années de sa vie.

J’étais tout à moi-même et, observant les bulles de gaz qui revenaient à la surface de mon verre comme après une trop longue absence, je les attrapais entre mes yeux et les faisais rouler, je les mélangeais à la lumière humide de l’averse, le soleil petit dedans et dedans aussi toutes les couleurs et tous les gouts et tous les gens et toutes les femmes et toutes les marchandises avec les voitures et les maisons et les livres que je croiserai plus tard, que je croiserai ailleurs, une fois que cet instant avec moi sera mort. (69)

Des extraits d’œuvres diverses (films, musiques, tableaux, photographies et bien sûr textes) sont transposés en petits poèmes libres, utilisés comme chevilles pour le déroulé catastrophique des années à venir. On reconnaît ainsi David Lynch, Claude Simon, Henry Miller, le Martin Fierro, Chris Marker et la « pluie verte et bleue, la pluie abandonnée, libre mais orpheline, anonyme, la pluie qui a raté son passage sur terre ».

La nouvelle Arundo donax, qui lui fait suite, suit le quotidien de deux jeunes immigrés syriens, venus en France un été et qui se retrouvent à faire les vendanges au black dans le sud de la Drôme. Ils seront peu à peu manipulés par les élus locaux, réifiés à des fins bassement politiques, dans un moment de tension extrême à la suite du troisième remaniement de 2015, et des grandes manifestations populaires qui seront à l’origine de la Constituante pour la Sixième République.

Nous étions devenus plus terreux que la terre, avec dans la bouche plus de mots qu’elle n’en pouvait contenir. Je continuais de tailler les anches qui me serviraient, au pays, à souffler dans le cul de tous ceux qui, les chefs et les troufions, les blancs et les noirs, les uns et les autres, tous ceux qui persisteront à me barrer la route, ô encre du sang, ô noirceur de l’œil ! (89)

Les contenus de la cinquième et de la sixième nouvelles me sont inconnus. Je sais simplement que la cinquième s’intitule La vieille femme devant chaque comptoir que Dieu parsème à travers le monde et la sixième Spin. Cette dernière se déroule dans une ville portuaire, et je sais simplement qu’il est question de l’intérieur d’un chat.

Le septième texte, dont le titre m’est inconnu, raconte le parcours de cette femme, universitaire de son état, qui découvre par hasard un texte inédit de Jacques Derrida dans lequel ce dernier émet l’hypothèse d’une identité fragmentée à partir de la notion mystérieuse d’embryon multiple. Sous la forme d’un article scientifique pour la revue Nature, la chercheuse règle ses compte avec son ex mari, l’ « impératif de féminité » (dit-elle), son psychanalyste et « l’indigence politique fédérale » qui, ajoute-t-elle, « a inventé l’adolescence pour aliéner nos vieillesses » (139).

Puis je me suis réveillé, les diodes rougeoyantes indiquaient 3h35, avec toutes ces images à travers la tête que je me suis empressé de noter. La nuit faisant son travail d’oubli, je savais que tout ceci serait réduit à peau de chagrin, pour ne pas dire complètement fondu comme neige au soleil, le lendemain. J’écrivis si vite que j’écrivis mal et je ne parviens toujours pas, deux jours après, à déchiffrer plusieurs longs passages de ma main — citations, visions hébétées ou commentaires marginaux…

 

Nous portons en nous toutes les histoires et, comme toutes les couleurs sont dans le ciel, nous savons qu’il est toujours possible de les écrire. Cela nous tient en vie, et c’est un sursis qu’on appelle désir. Il est de notre responsabilité alors de les écrire, de ne pas les écrire ou de les écrire mal, de les rendre illisibles ou de les offrir au monde sous une forme acceptable.

Celui qui écrit n’est peut-être pas plus important que celui qui n’écrit pas — ou que ce qui est écrit. Ce n’est pas dans ces termes que se joue l’équation. Elle n’est pas dans ce que tu donnes ou prends. Elle dans ce qui, ce faisant, n’a justement pas encore de forme ou de poids, ce qui échappe à la pensée comme au monde, ce truc insensé, insensible, comme un orvet qu’à peine tu remarques et déjà se trouve à des mètres de toi, quand même tu garderais un bout de sa queue entre les doigts. (explicit)

  1. Ann Arbor, The University of Michigan Press, 2014

Des plantes et de la botanique [résidence Instin à Montpellier, 7]

avril 19th, 2013 § 0 comments § permalink

Depuis le mois de décembre, à l’initiative de la Panacée de Montpellier, je suis en résidence avec trois autres membres du Général Instin : Patrick Chatelier, auteur et initiateur du projet, Eric Caligaris, musicien et plasticien et Sylvain Périer, SP38, affichiste. Notre mission : occuper un espace sur le site élaboré par Eli Commins et le centre d’art, Textopoly. Cet espace, Espace Autonome Instin, est une perception flou, instinienne, d’un modèle de ville, inspiré par la visite de l’ancienne Ecole d’Application d’Infanterie, à présent désaffectée et en attente d’un nouveau destin municipal (école, logements étudiants, tram). Nous visitons la ville avec des yeux hallucinés, nous brouillons les pistes, nous mélangeons les itinéraires.


Instin végétal


Je suis entré dans Instin par mégarde, pratiquement, en discutant avec Patrick Chatelier le long du bassin de la Villette. A ce moment-là je venais de rencontrer Francis Hallé, dont la lecture du petit livre Eloge de la plante, m’avait fait forte impression. Ce devait être en 2008 ou 2009.

Je n’étais pas encore versé totalement dans la botanique, je peinais à reconnaître les formes, à assimiler les noms, à saisir les bribes de ce qu’aucune école ne dispense plus, courant à la traîne soit derrière René Roux, soit derrière Luc Garraud, soit derrière Philippe Julve, en cherchant avidement à ne rien perdre de leur savoir, et sans doute en vain.

J’ai pris avec beaucoup de sérieux ma première contribution à Instin, je me rappelle l’avoir écrite en partie à Gênes, à l’auberge de jeunesse, en surplomb vertigineux sur la ville.

La première idée venue, que la vie resurgit toujours, sur la pierre, est bel et bien la première. L’installation du vivant de manière discrète et toutefois inexorable. Ces organismes, fascinants, également les premiers végétaux apparus sur terre, mais également lieux communs d’une certaine poésie, mousses et lichens, offraient un rapprochement intéressant.

A ce moment-là, je n’avais pas encore entrevu le parallélisme entre la plante comme ayant surgi de terre, ni toute la symbolique racinaire. Il y avait bien sûr, dans un coin d’écriture, un vague pressentiment de réintroduire ici du rhizome ‘à la Deleuze’, mais non seulement je ne savais pas bien comment faire intervenir cette machinerie complexe et surtout je ne voyais pas en quoi cela pouvait concerner Instin en tant que tel, je parle de l’écriture, comme cela pouvait aider à cerner la figure, là où c’est toute la geste collective qui portait ce type d’agencement.

Et précisément, ce qui me semblait pouvoir être questionné alors dans le végétal au regard du Général Instin était précisément cette idée du collectif, d’un organisme qui ne ferait pas appel à l’individu, et plus encore, qui mettait en doute jusqu’à l’existence de l’espèce c’est-à-dire, peu ou prou, la forme d’une identité.

Se superposaient alors ces questions aux figures (aux formes) et de l’armée et de la végétation. De la végétation comme armée et du végétal comme guerre permanente : occupation de terrain, réseautage, stratégie.


Le climax


Le climax est, en écologie, et plus précisément en dynamique écologique, le stade d’équilibre arrivant au terme d’une série de végétation qui aura vu, sous nos climats et généralement (c’est-à-dire hors accidents structurels ou conjoncturels : vent, falaise, incendie, etc.) une terre nue passer de la population de mousses et lichens aux végétations annuelles, puis aux végétations herbacées vivaces, puis aux chaméphytaies (landes, garrigue, buissons, fourrés) où dominent les arbustes (les chaméphytes), pour arriver finalement à la forêt. Chez nous le climax est la forêt.

Lorsque nous nous sommes penchés, au sein du collectif Instin, à l’écriture collective, Climax s’est rapidement imposé comme titre possible. Le climax est ce qui arrive, non pas un à-venir idéal ni même salutaire (au sens où le seraient par exemple Jésus ou l’Armageddon, la fin de l’histoire, la révolution ou les extra-terrestres), mais bien au contraire : dans un rapport de force, une friction, un perpétuel équilibre. Climax désigne donc tout autant l’aboutissement que sa préparation et, si l’on revient au végétal, Climax est la dynamique végétale même : inexorable, multiple, agressive, insaisissable.

Le végétal devenait donc un véhicule (ou mieux, une forme même) idéal pour l’écriture d’Instin, mais comment approcher de cette écriture végétale ?

C’est bien toute la question, et je ne saurais y répondre avec précision. Je connais un tentative réussie d’écriture végétale, pariant sur la contamination. On peut la trouver dans le fameux Anastylose, livre lui aussi collectif, mais indépendant d’Instin (même si on peut trouver des similitudes avec certaines branches de la geste).


Extrait d'une page fleurie d'‘Anastylose’

Reste encore à vérifier par l’épreuve du texte cette écriture végétale et, sur ce point, je ne suis pas certain que l’on ait réellement trouvé notre forme (moi du moins). C’est ce que l’on travaille. On peut évidemment insérer des inventaires botaniques ou faire référence à des choses proprement botaniques pour déstabiliser le lecteur, mais cela reste un genre d’appendice qui n’intéresse que très peu l’écriture même.

On remarquera toutefois qu’à défaut d’avoir trouvé ‘en solitaire’ le moyen de rendre ça, le travail collectif, lui, porte en lui-même cette dépossession du propre, du nom propre, coutumière au végétal.


Le lieu botanique


Chose surprenante, chose non prévue a priori, cet intérêt pour le végétal dans le cadre instinien a, comme à l’accoutumée, déporté le propos du particulier au général et, à Montpellier même, a trouvé une possible expression au sein du lieu même de la botanique.

Montpellier est une ville où la botanique est à l’honneur : l’Institut botanique mondialement célèbre, avec son Jardin des Plantes, a permis le développement d’une école fameuse de botanique tout au long du XXe siècle, c’est-à-dire jusqu’à ce que la botanique ne disparaisse des cursus universitaires (ce qui est aussi un fait notable pour le GI).

Outre une longue histoire de la médecine et de la pharmacie qui a amené Rabelais dans les couloirs de la Panacée par exemple (qu’on se représente la collusion de références !), Montpellier est également célèbre pour deux botanistes (au moins) : Charles Flahault et Josias Braun-Blanquet ; le premier est le fondateur de la phytogéographie1, le second celui de la phytosociologie2. On croise également à Montpellier des références mondiales comme de Candolle, ou encore l’abbé Coste, le rédacteur d’une des premières flores systématiques de France (toujours très utilisée de nos jours).

Cette présence très forte de la science botanique a pu également orienter notre travail. La visite, nécessaire, de l’herbier de botanique (et nous remercions ici son personnel) a également contribué a ancrer notre propos dans cette relation. Cet herbier, le deuxième d’Europe et de France, rassemble 3,5 millions de parts sur plusieurs étages, dont la plupart des herbiers historiques des personnages que je viens de citer.

La présence du Général Instin à Montpellier3 a bien sûr nécessité que l’on dépiaute une ou deux de ces parts afin qu’il puisse y apposer sa signature.

En effet qu’est-ce qu’un herbier ? Un assemblage de plantes mortes, ou une forme, elle-même, avec ses feuilles et ses mots, d’écriture végétale, une écriture qui comme le GI, touche à la fois à la collection, au lexique, à la mort, à l’histoire, et à la mémoire.

Le Gi s’est échappé et a colonisé les allées, les escaliers, les étagères de l’herbier de Montpellier. Il s’est réfugié à proximité, ancien hôpital Saint-Charles ou Jardin des Plantes et, si vous observez attentivement ses traces dans la ville, vous trouverez toujours Sonchus oleraceus, em>Parietaria judaica, Piptatherum miliaceum ou Fumaria officinalis qui lui font haie d’honneur, haie discrète et silencieuse, certes, mais résolue ; c’est la guerre et nos troupes avancent.


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INSTIN x TEXTOPOLY 0. Instin x Textopoly : présentation1. Le séjour2. Première visite à l’E.A.I.3. Le Septième Ciel, ou la folle machine fiction collective4. A.monument5. Préparation des ateliers d’écriture6. Des plantes et de la botanique7. Cimetières8. Du fait militaire9. Ailleurs (Sète, Cette, 7)10. Textopoly, petit précis de l’utilisateur

  1. Qui étudie « la répartition des végétaux à la surface du globe et les causes de cette répartition ainsi que les relations existantes entre les espèces ou communautés végétales d’une part, les caractéristiques géographiques, mésologiques (climat, sol) et biologiques (ensemble des organismes vivants) d’autre part » nous dit Wikipédia.
  2. « Son objet est l’étude synthétique des communautés de végétaux spontanées, pour les définir et les classer selon des critères floristiques et statistiques, caractériser leur structure et leur organisation, leur origine, leur genèse, leur déterminisme et leur évolution ainsi que leurs habitats. » toujours d’après Wikipédia
  3. La biographie du véritable Hinstin nous indique qu’il a été en garnison à Montpellier.

Parler contemporain

janvier 12th, 2012 § 0 comments § permalink


Vendredi 13 prochain, je serai accueilli pour la seconde fois par le centre de recherche ARGEC, ovvero « Atelier de Recherches Génois sur l’Ecriture Contemporaine », dépendant de l’université des langues de Gênes et de la faculté de « francesistica », et animé avec vitalité par Elisa Bricco. Ce centre fait partie d’un réseau de trois centres spécialement dédiés à la littérature contemporaine française, les deux autres se trouvant à Bari (le GREC, Groupe de Recherches sur l’Extrême Contemporain ») et à Rome (LARC, « Laboratorio di Ricerche sul Contemporaneo »).

J’ai découvert l’ARGEC par hasard, enfin presque, comme d’habitude via François Bon, lors du colloque de St-Etienne (encore un sigle : par le CIEREC, « Centre Interdisciplinaire d’Etudes et de Recherches sur l’Expression Contemporaine ») qui lui était consacré en 2007 (déjà !).

Mais à peu près au même moment, c’est Martin Rueff qui intervenait dans un autre colloque, celui-l’organisé fin 2008 par l’ARGEC à Gênes même sur la poésie contemporaine avec Antoine Emaz, Jean-Louis Giovannoni, Jean-Patrice Courtois et Fabio Scotto, notamment.

Je ne sais plus pour quelle raison il y a eu aussi interaction avec Arno Bertina, dans l’intervalle.

*

Mon propos, si j’en ai un, sera double, et même un peu partagé, voire déchiré entre les deux points de vue.

D’un côté, on ne peut que se réjouir de voir trois centres de recherches de trois université différentes (dans trois villes méditerranéenne magnifiques où j’ai habité, hasard, ou habiterai, aidons-le) s’intéresser ainsi à la littérature contemporaine. Ceci nous montre que l’expression littéraire française ou francophone a encore de beaux restes à l’étranger même s’il nous semble à nous, que les problèmes sont innombrables et insurmontables : sclérose de l’édition traditionnelle, peur viscérale du numérique, marché du produit livre, intermédiaires, et puis l’obédience des gros éditeurs, des gros écrivains, des prix, etc. De tout cela, qu’est-ce qui transfuge hors-les-frontières ? J’étais hier à l’Alliance française de la via Garibaldi : des plaquettes publiées sur les auteurs on voit : Char, Beckett, et autre (je ne sais plus lequel) mais moins mort. Nous auteurs, on devrait plus souvent se sortir de notre nez et voir un peu ce qui se trame, sur notre texte, ailleurs — et bien sûr en profiter pour voir ce qui se trame, comme autre texte, ailleurs.

D’un autre côté, j’aimerais affronter la difficulté de proposer un panorama assez complet et pertinent, et pertinent parce que complet et complet parce que pertinent, tout en laissant, arbitrairement, bien entendu, des pans entiers de production actuelle, et défendant son pré carré (donc rendre pertinent et complet ce qui sera à la fois lacunaire et impertinent) :
• les écrivains du jours s’appellent Remue, Inculte, Verticales, Actes Sud, Fiction & Cie, Joca Seria (salut collectif, pardon), Vasset, Chevillard, Jauffret, etc. (et moins les noms dont on nous rebat les oreilles et qui raflent la plupart des attentions) ;
• ils s’appellent aussi Pierre Ménard, Fred Griot, Guillaume Vissac, Joachim Séné, le Général Instin (voyez ici Guénaël Boutouillet), et toute la joyeuse ribambelle de Publie.net (où l’on retrouve Emaz, Claro, Vasset, Noël, Bozier, etc. tiens, bonjour).

Une littérature contemporaine (un extrême contemporain ? mais contemporain de quoi, de qui ?) existe, et elle utilise tous les moyens de diffusion, jusqu’aux moins officiels et labellisés, et surtout si pas officiels et pas labellisés. Ici comme ailleurs, on campe, on trace, on délimite. Si nous ne le faisons pas, d’autres le ferons pour nous.

De là aussi à insister sur la nécessité devenue pour nous des réseaux sociaux et de l’internet plus GENERALement : Instin, D’Ici Là, les Vases Communicants, le Convoi des Glossolales, les 807, e-pagine ou Poezibao, tout ça ne serait pas possible sans le collectif, sans l’échange permanent. Ce rôle des jadis revues, on le maintient dans ces lieux là, virtuels. Et je saluerai au passage les revues qui tiennent le coup : Inculte, donc, mais le Tigre, BoXoN, Grumeaux, La Femelle du Requin, Multitudes, et on attend la nouvelle TINA etc. 1

Et donc ça bouge : ça remue, ça chatouille et gratouille, ça boutouille, ça ne tient pas en place : c’est l’inquiétude. C’est le &.

La littérature inquiète, n’aurai-je de cesse de répéter, parce qu’elle va voir ailleurs, parce qu’elle ne s’enracine pas, parce qu’elle est curieuse, invertie, immodérée, mobile, plurielle, anonyme, rebelle, belle.

Ce n’est déjà pas facile de faire correspondre les deux mondes, mais les rassembler dans un propos commun relève de la gageure. C’est tout le propos. C’est le & du lir&crire.

Néanmoins c’est avec grand plaisir que je vais rencontrer enseignants et étudiants passionnés de notre écriture/lecture contemporaine, et de venir, peut-être, espérons-le, bouger quelques lignes et tomber quelques murs, tout en délicatesse, comme on sait.

La littérature inquiète. Il n’y a pas d’autre voi.

  1. Il y a aussi toute l’édition petite ou indépendante, mais c’est autre propos, qu’ils veuillent me pardonner