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Salvatore Niffoi • Retour au pays (3)

Posted on 5 février 20143 octobre 2021 by Benoît Vincent

Salvatore Niffoi, 'Ritorno a Baraule'

Je me suis lancé dans la traduction d’un livre complet, le livre de l’écrivain sarde et malheureusement peu connu Salvatore Niffoi, que j’ai traduit temporairement par Retour au pays [Ritorno a Baraule]. Niffoi appartient à ce qu’on pourrait appeler un réalisme magique à la méditerranéenne, et on sent bien déjà que ces termes clochent. Voici quelques extraits de ces pages cruelles et poétiques, vulgaires et mélancoliques, choisies dans la relecture.
Voir les extraits : •1• •2• •3• •4•


« Après le baiser » poursuivit Alfredino « nous nous sommes jetés sur le lit pour regarder la lune qui jouait avec un nuage gras et spongieux. Comme les autres fois, avant de faire le chose [cosas], elle voulut me raconter une histoire pour ne pas consommer de suite et se préparer la tête. On aurait dit que de raconter des histoires lui faisait perdre la sensation du pêché, la nettoyait de quelque chose de sale qu’elle sentait en elle. Oh, pensez seulement de combien d’années elle me dépassait ! Elle aurait pu être ma mère ! “Alfredì”, me dit-elle, “l’histoire que je vais te raconter ce soir est une histoire vraie, et fais bien attention de ne pas prendre peur et de ne la raconter à personne, car sinon un autre sang pourrait couler à Baraule !” Bertu, il s’appelait, celui qui lui avait raconté l’histoire. Bertu Massa, ou Mazza, ou Tassa, ça, vraiment je ne sais plus bien ! Ce qui est sûr c’est qu’il avait une femme appelée Sidora et qu’elle était belle à rendre fou les hommes, les prêtres et les saints. Lui, en revanche, Seppina le décrivit comme un loup docile, mais si on lui tirait la queue, il pouvait vraiment s’engrainer. Un type qui pouvait aimer et haïr de la même façon : trop ! Trop, au point de mourir ou de tuer. Il était allé la trouver pour se faire entendre, pour se vider l’âme pesante, pas ses couilles de semences empoisonnée. Il lui dit qu’il était responsable de la mort de son épouse et de l’enfant que celle-ci portait parce qu’il était persuadé qu’il n’était pas de lui, mais de don Micheli Tanchis, le prêtre de Pramas.
Chapitre 16


[…]


Tzia Guspicia reçut mal Carmineddu. Elle ne se retourna pas pour le regarder, parce que lorsqu’il entra, la femme surveillait la cuisson de ses œufs.
« La boutique est fermée ! » elle dit. « Revenir dimanche prochain pour le service, et entretemps, branlette ou cul de vache en cas d’urgence ! »

Elle se ravisa seulement après qu’elle le vit en face et elle comprit qu’elle devait aider un garçon à devenir un homme. Elle éprouva presque de la pitié quand Carmineddu mit la main à la poche et en sortit les billets froissés et qu’il lui demanda :

« Ça suffit, madame Guspì ? Avec ça, qu’est-ce que je peux faire ? »

Quand elle le regarda mieux toutefois, elle reconnut le fils adoptif de Gantine Pullana et de madame Carmela Navalis et elle eut un tremblement de peur. Un tremblement qui se fondit en plaisir à peine le garçon eut-il souri, invoquant son aide sans piper mot. Guspicia retira la poêle du feu et le posa sur la petite table, puis elle plaça un torchon sur la chaise et se mit à manger.

« Ce que tu peux faire ? Tu ferais mieux de me demander ce que tu ne peux pas faire avec cette monnaie ! Avec ça, d’habitude, même pas j’effleure la queue d’un homme, même du bout des doigts ! Et puis tu ne vois pas que je viens juste de me laver ? Tes économies ne me paieraient pas même le savon ! »
Chapitre 17


[…]


Le nourague Caffettera était la seule vraie divinité du pays, le sanctuaire où tout le monde allait prier en cachette depuis qu’il avait été déclaré “lieu déconsacré” par la curie d’Ulispane. On racontait encore que ce nourague, autrefois, avait été un volcan, et qu’il avait rendu fertile la plaine de ses cendres et enseigné aux paysans d’avoir toujours à disposition leurs bagages, pour s’enfuir.

Quand Carmine Pullana l’aperçut de loin, il lui vint la tentation de changer de route, de grimper la montée et de le visiter. Il se trouvait au commet d’un serpentin de courbes qui se vissaient vers le haut jusqu’à toucher pratiquement les fesses du ciel. En haut de la tour du nourague sortaient des touffes de nuages qui déplaçaient vers les champs leurs ombres difformes. Des touffes qui ressemblaient aux lambeaux de son passé qui ne se laissait pas attraper, des touffes qui lui remplissaient la tête de lumières et d’ombres.
Chapitre 18


[…]


Ce fut précisément ce soir-là qu’il décida de ce que serait son destin : et tout se déroula par hasard.

C’était le quatre août. Ce soir-là, le temps devint fou et laissa entrer dans la maison Pullana un air tellement froid qu’on aurait dit de la glace en poudre ; jamais rien vu de pareil. Les invités se mirent à éternuer et pâlirent comme de la pâte de fromage fondu. Aucun vin, aucune liqueur, ne parvenait à teindre les joues ou provoquer une quelconque sueur. Gantine fit même brûler deux bûches dans la cheminée et allumer un feu de joie dans la cour, mais les invités avaient toujours l’air d’être à peine repéchés du lac de Balardassu le jour de Noël.
Chapitre 19


[…]


Les papillons, il les considérait comme des créatures amies, les papillons de nuit en particulier. Il s’était mit en tête de domestiquer des bombyx du mûrier, mais ils avaient la vie trop brève pour apprendre à voler comme il volait, lui. Il enviait ces larves qui se renfermaient dans leur cocon soyeux, leur passage sur cette terre aussi rapide et léger, aussi velu et mélancolique. Parfois dans les nuits d’été, il mettait une douzaine de papillons dans un grand bocal de verre, il le couvrait d’un morceau de tissu, et il les regardait de près, alors qu’ils allaient et venaient sous les reflets d’œuf brouillé de la lampe clouée au mur au-dessus de la commode. Ils étaient différents des papillons de nuits, ils étaient plus calmes et tristes, comme conscients de l’inutilité de voler, étant donnée la brièveté de leur propre existence. A l’aube, quand il les libérait, ils se cognaient fous de douleur et désorienté contre les persiennes, les portes des meubles, le plafond. Même en le voulant, ils ne parvenaient pas à se suicider.
Chapitre 20


[…]

« Vous le reconnaîtrez : il porte une cicatrice qui descend de la lèvre à la pomme d’Adam, et puis il a un nez en forme de… Vous avez compris quoi ! »

Le docteur Carmine Pullana, le sauveur d’enfants au cœur malade, monta dans l’avion qui le ramenait à la maison en souriant, content de ce qu’il avait accompli et de ce qu’il avait encore appris. Le moment de prendre le large vers Baraule s’approchait, et il sentait, lui, que ce serait le dernier automne de sa vie.

Depuis la fin de ses études, il était parti sur le continent : il voulait brûler les liens de son passé et ne plus jamais remettre les pieds à Lerizori. Oublier ce caillot de douleur qui lui avait pourri la vie. Il était revenu au pays seulement trois fois : les deux premières fois pour enterrer son père et sa mère, la dernière pour céder son héritage au département de chirurgie pédiatrique de l’hôpital de Noroddile. Depuis lors, précisément lorsqu’il pensait en avoir définitivement fini avec cette terre et avec ces gens, les fantômes de son enfance à Baraule était revenus au galop dans le manège de sa mémoire comme des chevaux emballés.
Chapitre 21


[…]

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