Le pays va mal

31 juillet 2017



 

« Le pays va mal », chantait Tiken Jah Fakoli il y a bientôt quinze ans.

Malheureusement pour lui et ses compatriotes, la situation ne s’est pas arrangée en Côte d’Ivoire ni bien sûr en Afrique, en Françafrique, où quatre guerres ont éclaté, depuis, du fait de la France. La situation ne va pas s’améliorer tout de suite.

Sans vouloir évidemment comparer la situation horrible des états africains avec celle des états européens, on peut reprendre cette phrase et l’appliquer à la France, secouée par ses dernières élections présidentielles et législatives.

« Secouée » est un terme qui se veut neutre.

« Malade » est l’interprétation que je fais de cette récente dynamique qu’on qualifierait rapidement de “politique”. Le pays est malade, cette maladie s’est installée depuis de nombreuses années, 1983, 1995, 2002 en sont les dates marquantes, mais c’est très probablement plus ancien encore, et s’assortit à l’histoire longue du pays, avec pour figures essentielles de Gaulle, Napoléon Bonaparte, Richelieu, Colbert… et bien sûr le CNR, le Front Populaire, les deux révolutions de 1848 et 1789-1793.

Mon propos ici n’est pas de résumer maladroitement cette histoire que par ailleurs je ne maîtrise pas dans ses détails.

Mon texte est un cri de douleur devant ce mal qui ronge le pays.

La France est malade est l’un des symptômes de cette longue affection s’appelle Emmanuel Macron (ou la République en marche si l’on veut, pour ne pas blesser l’individu que je ne connais pas).

Quelle est la manifestation ce symptôme ? La fièvre délirante.

Sans fièvre sans délire, comment les électeurs de la REM ont-ils pu se persuader que ce mouvement ne se formerait pas en parti, offrirait un visage neuf à l’Assemblée, chamboulerait le fonctionnement de l’Etat, révolutionnerait la politique ?

Dans tous les domaines, on constate la politique ultralibérale dont l’horrible mot d’ « überisation » représente à lui seul la philosophie.

Intellectuellement, je peux comprendre qu’un électeur sensible à la moraline puisse choisir (au second tour des présidentielles) la REM contre le FN : c’est inutile et mal pensé, mais c’est encore presque rationnel. Je comprends également — et même je l’approuve — qu’un électeur soucieux de politique ne fasse le jeu ni de l’un ni de l’autre parti (toujours au second tour des présidentielles).

Mais que des gens (surtout s’ils se disent à “gauche”) puissent soutenir le REM en cédant aux sirènes du changement, de la révolution, de la réforme, cela m’échappe complètement. À moins d’avoir été absolument sourd et aveugle à la politique nationale depuis l’inénarrable présidence de François Hollande (qui a lancé à la fois trois des quatre guerres en Afrique, sans parler de l’Irak ou de l’Afghanistan, ainsi que la dynamique nécessaire au nouveau président), je ne parviens pas à saisir pourquoi et comment les gens ne voient pas que le pouvoir en place représente l’élite mondialisée ultralibérale la plus éclatante, c’est-à-dire celle qui a pour objet la destruction de l’État et de la Nation, avec pour immédiates conséquences la destruction des chaînes sociales (avec comme victime numéro un les classes populaires) et écologiques (écosystèmes et biodiversité).

Alors je me dis que la société française est malade.

La société française, c’est-à-dire l’ensemble des Français, ne fait plus corps ; dit autrement : le peuple dans son ensemble est malade. L’élite se blinde derrière les nouveaux dirigeants, les « pauvres » ne participent plus au vote1, la classe moyenne, ce mythe des Trente glorieuses, a volé en éclat, les villes et les campagnes sont en opposition, Paris reste le centre absolu de décision, mais aussi de prescription culturelle, aux dépens de l’ensemble du reste du territoire national.

Ce qui se passe, c’est la fin du politique. La politique est la manière dont une société (libérée des dieux ou des mythes ou des traditions) établit ses règles de fonctionnement, et notamment de qui dispose du pouvoir (la souveraineté). Il se trouve qu’en France la souveraineté est celle du peuple, constitué en nation. La dépréciation des termes d’État, de peuple, de souveraineté et de nation par les uns et les autres nous mène à cette conséquence tragique : un pays bloqué, crispé, absolument réfractaire à ce qu’il se passe dans le monde, nourri de moraline, mais aussi d’une mythologie nationale qui a tout de la méthode Coué (l’idée des droits de l’homme, de la puissance de la France, et d’un prétendu rôle éclairé qu’elle aurait dans le concert des nations) et surtout brisé, sans cohésion, avec une défiance mutuelle entre classes sociales (dont on a voulu nous faire croire qu’elles avaient disparu) et l’accentuation du gouffre toujours plus insupportable et dramatique entre les ressources des classes les plus populaires (ouvriers, employés et retraités ouvriers et employés, dont on a aussi voulu nous faire croire qu’ils avaient disparu quant ils sont l’écrasante majorité !) et celles des classes les plus riches.

C’est en somme comme si l’organisme refusait le soin.

Sans un sursaut politique, évidemment bien différent du petit théâtre auquel nous assistons depuis deux mois, c’est-à-dire un sursaut populaire, je ne vois pas comment le pays pourra aller mieux ; et même je pense que son état (sans jeu de mot) ne va cesser d’empirer (sans jeu de mot).

C’est le tribut à payer à Jupiter.

 

  1. Et consomment, unique exutoire. Dans Le Christ s’est arrêté à Eboli, Carlo Levi, qu’on ne peut accuser de marxisme forcené, tente d’expliquer au Podestat que les paysans ne croient pas en l’État parce que l’État les méprise (comme le Podestat du reste) et qu’il ne faut pas s’étonner qu’ils respectent les brigands — c’est une histoire connue, par exemple en Sardaigne, ou la Mafia…

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