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Le Magasin (9)

Posted on 20 janvier 201329 octobre 2024 by Benoît Vincent


J’ai rêvé une nuit du Magasin. Un monde en soi, un contenu. Comment cela est agencé. Ce qu’il s’y passe. A quoi ça sert. Des phrases simples, des situations d’autant. Cartographier le lieu ne suffit plus : ici questionner l’habiter.



Toi aussi tu as rêvé du Magasin.

Tu t’es tournée vers moi et tu as dit Oui, mais oui.
Un espace étroit, un passage obscur, un matelas d’air étouffant, une brique de silence. Prétendument dédié à servir de sas de décompression et d’absorption de particules et d’ondes, un stabilisateur de température, et d’équilibrage des forces, une pellicule entourant tout le vaisseau, une membrane, une peau. La Peau, d’ailleurs, c’est comme ça que certains contes la nomment.

Tu l’as vue toi. La Peau. Tu l’as approchée, pour l’une de tes missions d’Observation et Maintenance des Équilibres, comme ils les appelaient. Tu as résidé un certain temps (moi tu sais les mesures) aux confins, aux Bords, aux Ailes, aux Arrêtes. La Petite Cuiller, comme on l’appelle aussi ; & l’Arrachée ; & la Fondue ; & l’Inatteinte ; & l’Alterre promise ; il y a beaucoup de noms pour cette zone mystérieuse, beaucoup de noms circulent. Mais toi tu l’as approchée.

Tu t’en rappelles, tout d’un coup (sans doute que la disparition progressive des couleurs et des formes dans l’alcôve où tu étais, à proximité de la mienne, simplement abreuvée de nos quelques paroles, on aurait dit des vagues, ressac doux sur sable lissé, et la mémoire s’allume, grenier délaissé, soudain nourri, animé).

Tu te rappelles ce que tu n’as jamais vu, tu te rappelles ce que tu t’es racontée, ce qu’on t’a raconté.

Des dalles partout, de quelle matière, on ne sait pas, mi organiques, dans leur chaleur, mi synthétiques dans leur technique. On n’y tient pas debout.

Tu dis J’ai vu. J’y suis allée. Mais je sais que ce n’est pas vrai. Ce n’est pas que tu mentes ; ce sont des lieux vivants. Ils induisent leur connaissance (leur visite) par leur seule présence. Ils sont doués de réactivité (un mélange d’attention et de parfum) : elle n’est pas organique, cette respiration, elle joue sur d’autres plans, ce sont des plans qui mêlent impulsions électriques, échanges gazeux, annexion du songe, brouet des angoisses. En tout état de cause, notre langage simple ne permet de décrire ces phénomènes. Peut-être parce que leur langage n’est pas vivant.

Alors tu parles.

Tu es un flux de paroles, soudain, on ne peut plus t’arrêter, tu es une vague, tu es un violoncelle, tu es un orage de paroles. Tu trembles, tu es fébrile de tant de mot qui viennent en ta bouche, déglutis, comme la lymphe, comme l’eau acidulée dans la nausée, comme je ne sais pas quoi, comme un torrent, comme une bourrasque, comme soudain trop d’émotion, tu débordes, tu jaillis.

De quoi parles-tu ? Tu ne le sais pas toi-même ; tu parles de ce que tu as cru voir dans ce tissu noir, dans ses plis, dans ses mailles, tu parles de ce que tu as cru vivre, de ce qui a pris ton corps, de ce qui l’a retourné, de ce qui t’a mise à nu, de ce qui t’a bouleversée, de ce qui t’as renversée, des voix des tentacules des mains des doigts, tu ne sais pas, tu es happée, tu n’es plus là, tes yeux blanchissent autant que ta peau, tu sues, tu t’ébouriffes, tu ahanes, tu bégaies, tu hoquettes, tu glapis, tu geins, tu suintes de mots, ton visage est un livre, ton corps est corpus, tu portes et brandis des mémoires hallucinées, tu ne peux plus cesser de parler, soudain.

Soudain, tu t’arrêtes. Pourtant. Tu t’évanouis. Tu te dérobes. Tu chois.

Bien plus tard, lorsque tu recouvreras tes esprits, tu es très lasse. Tu es exténuée, tu n’évoques que le sommeil. Tu t’en vas. Tu claudiques, tu te traînes. Tu as froid. Tu t’en vas. Tu me laisses, avec ta bouillie de paroles abandonnées sur le parvis de ma cellule. Cela fait un petit tas de cendres, un amas de brindilles, une poignée de glaires.

Ils ne se tiennent pas debout. Leurs lettres se mélangent. Les phrases sont brisées, mal en point, et peinent à signifier, et ne signifient plus rien. La mémoire est écornée. Le livre, cassé en deux, par le milieu. Je ne comprends rien et, peu à peu, les heures passant, puis les jours, et je n’aurais bientôt plus aucun souvenir de ce trop-plein déversé sur mon seuil.

Déjà, je t’ai oubliée.


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