MONK (11-15)

mars 18th, 2014 § 0 comments § permalink

theloniousmonk

Des poèmes retrouvés dans le piano de Thelonious Monk.

*

11_

Dimanche je
pisse dans un violon

Dimanche j’ai pissé
dans un violon



*


12_

La mère fait cuire des galettes
de pain et se brûle
la main pour ses petits

A peine un peu
de farine et d’eau

Qui fument
et enfument
la maison.

A peine un peu d’eau de farine
qui brûlent.



*


13_

Jack qu’est-ce que tu fais
Jack qu’est-ce que tu veux ?

Tu crois que c’est facile pour moi ?

Jack qu’est-ce que tu dis
Jack qu’est-ce que tu veux ?

Tu crois que c’est facile pour moi ?

C’est pas facile pour moi
C’est pas facile pour moi
Non,
c’est pas facile pour moi.



*


14_

L’autre est un singe blanc
Il mime un dragon, un fou
un nègre

Avec ses lunettes qui
lui font comme deux
fenêtres, deux phares qui
secouent

Les autres

Personne ne dit rien
ou bien n’importe quoi

Je préfère me concentrer
tout doux tout doux

Les doigts sont précieux
Faut pas les gaspiller

Dans les lunettes qui
lui font comme deux
fesses humiliées [demeant]

Denigrées



*


15_

Je me rappelle très bien
qu’il y a longtemps
j’ai tué des chats
j’ai jamais oublié

Ceux qui disent le contraire
sont des menteurs
des singes blancs
ou des oublieurs [forgotteners]


Sentaient pas bon


Keith (5)

mars 18th, 2014 § 0 comments § permalink

Une série de textes waiting on a friend.


• 5 •


keith02


Ptain c’est qui cte nénette sur cmatelas déglingué ? Où c’est quthabites chérie, qu’est-ce que tu fous là ? Ptain on est quel jour et j’avais pas un truc à faire moi aujourd’hui ? Passmoi la sacoche, là, non, celllà, là, lààà, ptain, tfais chier, où c’est qujdois aller moi djà ?

Oh merd’ c’est la merd’ ptain, jcrois bien quyavait répète aujourd’hui, tu peux pas tpousser un peu non, où c’est qu’elles sont mes grolles. Passmoi la veste, là, non, pas celllà, celllà, ptain, mais tu vas tbouger les miches non ?

Oh merd’ c’est la merd’ ptain, jcrois quchuis encore défoncé, l’aut’ pute elle va gueuler, va pas falloir que jla ramène, aujourd’hui, bordel, jvais pas la ramner, jvais mplanquer discrétos derrière le manche,

Et puis va pas falloir m’emmerder.

Jmets l’œil du chien mort.

Du chien, ptain.


—––
KEITH
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Keith (4)

mars 18th, 2014 § 0 comments § permalink

Une série de textes waiting on a friend.


• 4 •


keith05


Si même on avait oublié
qu’ils étaient tout à toi,
les Que ça saigne ! et compagnie,
on aurait encore à ne
pas s’égarer :
le filiforme de ta voix.

Dormir
Dormir ce soir
Avant qu’ils ne te fassent courir

Si même on oubliait
qu’ils étaient tout à toi,
les Doigts collants ! et compagnie,
on aurait encore à ne
pas oublier
le tungstène de tes os.

Jusqu’à la moelle
Heureux

Heureux Voleur dans la nuit
Perdre contact

Si, pff, on oubliera
qu’ils étaient tout à toi,
tout à toi,
tout à toi,
les Exils, les Banquets,

Les quatre pylônes
où tu branchais ton engin
Les quatre routes
ou tu croisais le fer

La bentley la villa d’azur
la fille
aux petits seins nus
les potes les bouteilles
éraillés déraillés
consumés sur les gradins
de l’escalier de la joie
de la timide jeunesse de feu
et du mors de fer
le chien rouillé…

Le chien rouillé qui dort
en toi.

Tout à toi
Tout à toi

Tout à toi
Putain

C’est toi
Qui a l’argent.


—––
KEITH
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MONK (6-10)

mars 10th, 2014 § 0 comments § permalink

theloniousmonk

Des poèmes retrouvés dans le piano de Thelonious Monk.

*

6_

je regarde derrière
par le rétroviseur

je regarde derrière
ce qui vient



*


7_

Pourquoi éludes-tu les faits ?
dit Max Roach,
Pourquoi refuser l’évidence ?

Max ramasse les notes qu’il a fracassées
sur son matériel avec
ses bras de singe

Max balaye sous ses fesses
le reste de musique qu’il
vient de désintégrer

Max change le plomb en eau
Max est un magicien

Max est un poisson d’argent [silverfish]



*


8_

J’ai vu un ours
un jour
dans un cirque
et je lui ai
serré la main

J’ai vu un chien de prairie
un jour
dans un concert
mais je ne lui ai
pas adressé la parole

J’ai vu un épouvantail
un jour
dans un marché
et je lui ai
embrassé le pieds

J’ai vu un ours
un jour
dans un uniforme de [illisible]

et je l’ai dansé



*


9_

La terre merde quand
la mer s’étire.



*


10_

Tabouret, parapluie, pressing, douche, fa dièse mineur
bleu, blues, une femme avec une cuillère
tout ce qui brûle et glisse et résonne sec
tout ce qui ne se vend pas ne s’échange pas ne se vole pas
tout ce qui ne brille pas au contraire
tout ce qui dérape
dans les sons et les couleurs
comme le soleil
comme la mer
comme je



MONK (1 à 5)

mars 6th, 2014 § 2 comments § permalink

theloniousmonk

Des poèmes retrouvés dans le piano de Thelonious Monk.

*

1_

La terre s’enterre
La mer s’emmerde



*


2_

C’est comme passer en revue [hitchhiking] ses morts
Plonger dans le passé,
en revenir
Billet A/R
Interdit de fumer — interdit de cracher

Rouler dans le train de l’enfer
Diable est le conducteur,
Péché le machino,
et Plaisir le chef de train.
NEXT STATION !



*


3_

La pluie, la pluie, les gouttes de pluie
La pluie, les pluies, les gouttes
L’eau

La pluie, l’eau, sur le bois, l’eau
Eau ! Eau ! Eau !
Pluie, eau, qui viens
peux pas arrêter
peux pas contenir

Les mains mouillées
de pluie d’eau de pluie

Tu es où ?
Tu t’es cachée où

Blanche et noire pluie
de gouttes de pluie
d’eau de pluie
de pluies !
de pluies !
de pluies !



*


4_

Pas sûr qu’j’t’emmène aux bons endroits, chérie
Pas sûr qu’j’te ramène
d’ailleurs

pas b’soin d’ça
chérie
bas b’soin

aim’rait mieux m’couper une main
que t’oublier là

aim’rait mieux m’couper une main
que t’laisser seule

aim’rait mieux m’couper une main
m’couper une main



*


5_

Vers minuit
vers minuit quand la nuit
entoure tout

c’est là que les morts viennent
avec les souvenirs

la tête oh

déjà dîner c’est triste
vers minuit c’est pire

la tête oh

je lâche
la bride
vers minuit
je me
déchire


octobre 3rd, 2013 § 0 comments § permalink

Et c’est quand je me retrouve
au petit matin, une tasse
de café qui trône seule
sur la table
et les six chaises

Et c’est quand je prends
la voiture pour aller
aux champignons ou à
la rivière ou vers la mer
et ses brûlures

Et c’est quand je mange
devant mon assiette
et j’ai pris soin
de changer de place
et ses paysages

Et c’est quand je te vois
apparaître puis
disparaître
sur l’écran
et ses fantômes

Je me dis que vraiment
je ne t’ai pas
écoutée ni choyée
n’ai pas été attentif
ne t’ai pas rendue grâce
n’ai pas été là
n’ai pas été tendre
comme j’aurais dû
comme j’aurais dû
comme j’aurais dû

Salles

septembre 26th, 2013 § 0 comments § permalink

Avide de marnes blanches, parcourt chaque serre en quête d’éboulis de déchirures de taillades.

Parfois comme hier, pénètre des forêts au sommet, très herbeuses, pleines de buis qui sont des placards à sangliers.

Deux vus, deux entendus, sur ce petit promontoire, peur soudain ; pas moyen de grimper aux chênes, trop
frêles et cassants.

Chante et parle, mais si les sangliers aiment la musique ? Jeunes mâles peu de danger. Sinon grimper au mât de sa propre peur ?


Un bouquet et trois fleurs

septembre 17th, 2013 § 0 comments § permalink

Comme je pensais te voir
je suis parti
sur la route, qui traverse la yeuseraie,
en bordure de celle-ci, à mi-chemin
j’ai cueilli trois fleurs d’automne
elles étaient côte à côte
et allaient bien ensemble
il y avait un ibéris (viudeda), violet
l’euphraise jaune (perlina ou algarabia)
et une ombellifère crème, je crois que c’était un boucage (persil de bouc, tragoselino, bebenelle).

Je suis parti
avec ce bouquet rachitique
les trois plantes avaient avalé cette lumière cuivrée
de l’automne
toutes les trois maigres et raides aussi
arquées (souvenir de l’été)
et leurs couleurs s’équilibraient
parfaitement

Puis je ne t’ai pas vue
je portais toujours mon bouquet
le nourrissant de nuit
je le montrais à des Chinois dans un bar

Puis je suis revenu
avec mon bouquet
maintenant complètement sec
qui aura fait le voyage de 2000 km
finissant de mourir


Photo du 49072487-09- à 13.37


La gamine et la machine

août 9th, 2013 § 0 comments § permalink

What did you dream?
It’s alright we told you what to dream.

Roger Waters


La gamine subprépubère arborait un ticheurte où était grossièrement représenté le drapeau américain, avec trente-deux étoiles et six bandes rouges et blanches.

Elle se tenait contre le muret, un truc dans la bouche, je ne sais pas quoi. L’air frondeur, passablement. Comment, autrement ? Le ticheurte était moche, mal fichu, vulgaire.

*

La machine est grande, semble aussi sobre que simple dans sa structure, comme on imagine. Elle bringuebale un peu quand elle est en marche. Un truc tape, qui ne devrait pas. Un truc qui à dû se défaire (mais qu’il se défasse ne semble pas nuire au fonctionnement général).

Plusieurs de ses parois sont non seulement tachées, mais bosselées. Des rayures, grandes, profondes. Des chocs, parfois même profonds, plus ou moins également répartis.

Elle est haute et large et on mesure mal à quel point elle est tellement plus effrayante et immense que prévu. Ce qui frappe le plus c’est sa simplicité, la simplicité de ses formes, de ses couleurs, et même de ses commandes. Quelques ampoules jaunes et vertes, une porte, un tableau avec deux cadrans à aiguille.

Rien que de très machinal. Essentiellement, ontologiquement machinal. Un paysage de machine, un silence de machine, cette très très ancienne présence au monde de machine.

La machine est immémorable.

*

Par ailleurs, la jeune fille commençe à trembler.

Car en effet voilà qu’arrivent les jours sombres, ce petit tunnel à traverser.

La semaine se passe, comme-ci comme-ça, comme on peut, mais passe. Mais voilà la pause hebdomadaire. Le samedi et son dimanche. Le dimanche et son samedi. Le sans-personne et le trop-famille.

Où es-tu ? Où es-tu ?

L’air frondeur, toujours, car il est un rictus pour l’angoisse qui déjà agite les genoux, semble gagner du terrain, venir du sol comme tout ce qui est archaïque.

Les bandes rouges et blanches se mélangent, les étoiles se décollent, se brisent à terre. Comment on fait quand on est une petite fille, pour résister aux mâchoires d’acier de la machine ? Comment on fait pour en sortir indemne ?

Et puis que se passe-t-il, là dedans ? Pourquoi ça me démange, là-bas dedans ?

Tout ce fourmillement sous la peau. Le corps, avec ses mèches qui se consument, ici, là, là… ses têtes d’aiguille plantées là, là, ici… ces têtes d’allumettes qui s’enflamment…

*

Je sais tout ça, je le sais. Je le sens, je le sais. Je le vois, je le sais. Je le comprends, je le sais. Toi tu approches mais c’est un champ, magnétique. Tu n’approches pas. Mais tu restes à distance. Il faut que tu restes à distance. Je veux que tu restes à distance.

La machine, avec son processus de machine, sa digestion (ou son langage) à elle, ses occupations de machine, la machine transforme la chair en autant de brins de fils ramassés sur des milliers de bobines colorées. (Tu ne sais pas ce que c’est que de vivre dans une usine textile, toi, alors écoute-moi). Elle te transforme en passé et plan de carrière et prêt à taux indexé sur l’inflation. Elle te transforme en force productive, productive d’amours, de liqueurs, de paroles, et d’énergie issue de tes bras ; elle te transforme en machine.

Tu le sais, tu le vois. Tu le sais, tu le sens. Tu sais tout ça. Tu sais que dans ton processus de fille subprépubère tu mets le doigt (dans l’engrenage de la machine) et que ce truc ne va pas s’arrêter de tourner tout de suite, tant que tu n’es pas complètement essorée-rincée, morte.

Tu sais que tu ne devrais pas mettre le doigt mais avec ton ticheurte américain c’est déjà trop tard. Un vieux réflexe sans doute lié à ton âge incertain, un réflexe de survie, qui se traduit en larmes, cris, angoisses et gestes inconsidérés, ce réflexe te parle à l’oreille.

N’entre pas n’entre
N’entre pas n’entre
N’entre, n’entre pas dans
la machine

Comment on fait quand on est femme, déjà, pour résister, pour résister ?


Deux grand blocs

janvier 21st, 2013 § 0 comments § permalink

Que faire quand deux grands blocs en toi se séparent ? Dans ces entrefaites, j’ai acquis une grande douleur au bras et à l’épaule.

Je croyais que c’était dû à une mauvaise position du sommeil. J’ai compris maintenant que c’est ma vie qui tiraille et se brise, et ceci dit mon corps.

Que dois-tu faire quand se déparent toi les forces qui se constituent, quand se disjoignent les organites habitués à coexister, chacun revendiquant sa part du gâteau ? C’est la fonte des glaces ; papa Ours (Blanc) se tient en équilibre inquiet sur le sérac qui se fracture et qu’emportent les eaux-colère.

Tu peux faire le grand écart et te jeter à l’eau glacée, ou te racrapoter sur l’un des glaçons qui s’évanouit.

Tu n’as pas grand choix.

Des grands séracs dans la maison, bousculent tout sur leur passage. Les murs sont éraflés et tous les tissus souillés. Les souvenirs ramassés sous forme de bibelots et de grigris sont renversés, brisés, dispersés. Des fissures rayent les enduits, et les parquets se soulèvent. La maison ne résiste pas ; c’est une drôle de procession d’objets frantumés, de vêtements chiffonnés, de meubles cassés par le milieu.

PS. Je dis J’ai acquis une grande douleur car nos maux et maladies, nous nous les accaparons. Nous les choisissons sans les désirer, c’est une drôle de possession, et nous sommes chagrins lorsque nous constatons qu’elles ont disparu. Quelque chose manque et ceci est mon corps.