Faire confiance au sommeil, tout ce temps passé ailleurs, tout ce temps sur lequel on mise pour effacer des jours, comme un oubli. Se laisser aller plusieurs heures, sans y être, à réparer son jour passé, à enfouir les douleurs, à préparer le jour nouveau. Oublier dans le sommeil les maux éveillés.
Auteur/autrice : Benoît Vincent
Le Roumain
C’était au- delà de midi, il faisait plus que chaud et j’avais demandé à deux femmes qui préparaient des pâtes si le bus viendrait vite. Elles ne savaient pas mais selon elles, c’était la pause, et pour aller de L. à G., il fallait grimper pendant une bonne heure, et grimper raide encore. Ou attendre…
Nager 2
Thomas alors descendit vers la mer. Deux impressions se succèdent, ou plutôt, il y a réimpression, surimpression. Car nous sommes ce lecteur doublant un double et le dédoublant en écriture par un acte de répétition qui sollicite, vaguement, quelqu’un qui puisse le répéter à son tour et à son tour se mettre en quête d’un…
Marques du temps
Le visage est-il du corps ? Quand je modèle en rêve des accouplements, est-ce que j’y mets des yeux ? Jamais. Les yeux, comme le sexe, est une blessure en l’homme ou la femme. Une blessure, qu’est-ce que c’est ? C’est une part de nous à laquelle manque autre chose. La blessure vulnéraire, occasionnelle, est…
Juste mort
L’écriture n’abolit rien et tout au plus n’ai-je écrit que pour perdre du temps. La réalité ne me sert à rien qu’à être transformée dans le texte ; le peu qu’elle tient – le peu qu’elle est – est une brute matière pour du texte. Qui jamais nous avouera que nous existons ? Personne….
Marge sur marge
Piste pour un travail d’avenir Intervalle. Je n’ai jamais rien écrit que dans l’intervalle ; j’ai conscience de cela depuis la nuit des temps. J’ai commencé à écrire sur des cahiers Clairefontaine en 1994. Depuis, je n’ai jamais arrêté. J’ai fêté (seul, mais quand même satisfait) le deux mille cinq-centième texte il y a peu….
Fragment de lettre
Chère Laure, J’ai bien reçu votre message [……………….]. Vous devez savoir que B. [……………….] [……………….] La première : c’est idiot mais je suis actuellement tenu par une espèce de vœu de silence qui n’est brisé sans l’être que dans le livre, la littérature : écriture/lecture. Je ne tiens pas, ou ne parviens pas, je ne…
Terrain vague
J’essaie d’imaginer le tas de chiffons que tu dois être, j’essaie de mesurer ta douleur, mais en vain. Je ne saurai jamais, car tu échappes à l’œil. J’essaie d’envisager le désordre de toi, mais je n’ai plus la force de tenir debout. Les lames des mémoires me sont présentées nues, nues devant les yeux exorbités….
Les yeux seuls trahissent
Ce texte a été publié, légèrement remanié, dans Po&sie. « …l’ouverture mortelle de l’œil… » (Derrida) les yeux seuls trahissent, tes plus profondes émotions, ton vice caché… les yeux seuls ne vieillissent pas, ne se rident pas, quoique parfois ils se ferment. ils ne vieillissent pas car ils sont constamment sous-marins. les yeux de mer. les yeux…
pare l’écran miroir
Manière de dire, manière de lire, faisant d’une surface unidimensionnelle tout le brouet de notre âme : désirs, peurs, souvenirs, enfance, avenir, violence, obsessions, vices. Mélanger cette surface à une bouteille de vin, puis à du café et des cigarettes. Vous ne sortirez plus. Vous ne serez plus seulement en addiction, comme les joueurs de…
