Les sujets ne manquent pas, qui suscitent aussi bien l’indignation que l’affliction. Ils n’ont sans doute jamais manqué. Et sans vouloir éclairer trop lourdement l’époque, on note tout de même une nette dégradation du crédit réciproque que chacun devrait donner au groupe auquel il appartient. On est tout à fait étonné de noter à quel…
Auteur/autrice : Benoît Vincent
3 mai
Aujourd’hui la mer, en revanche, est venue à la fête d’anniversaire. Elle est née hier, mais hier on avait mélancolie. Alors on trinque à hier, ce jour.
2 mai
Aujourd’hui la mer, étourdie par le jour férié, s’est laissée aller, de l’autre côté du monde. La nuit. Le sommeil. La mort.
1er mai
Aujourd’hui la mer n’est pas venue au bureau, à l’usine, au champ. Elle a posé les armes. Elle s’est levé tôt pourtant, pour ne jamais se recoucher. Aujourd’hui la mer défile, en ville, sure de sa force, de sa pleine puissance. Elle se couchera ragaillardie, au moins dans les romans.
Le fragon
Drapeau ou étendard ou cerf-volant plutôt, voiles percées en leur mitan une fleur étoile satinée un fruit baie carmin petite armée qui opère dans la mi-ombre sous l’yeuse. Yeux carmin de l’yeuse ou de sa cousine kermès. Armée de demi-ombre pointes acérées contre la détresse de se perdre, guide hostile, et pourtant élément fondateur, membre…
19 avril
Aujourd’hui la mer est arrivée par la poste. Dans une enveloppe. On ne reçoit plus de courrier, c’est vrai, aujourd’hui, sauf des factures ou des conneries. C’était L2. Elle voulait me dire plein de chose, elle a écrit des tas de pages, au moins trois, pour me dire qu’elle voudrait me dire des trucs, des…
Et si j’ai vu ?
Et si j’ai vu trop de râles, paupières closes, bouches bées sur des crânes renversés, avides d’air en grabats noirs sans éclat ?
8 avril
Aujourd’hui la mer, je l’ai confiée à T. On m’appelle dans les montagnes, là où la mer prend sa source. Ce sont de longues journées, avec encore de grosses plages de neige, des glaciers et tant de ciel bleu. Tout ce qui faut pour une mer, et tout ce qui fait défaut ici en mimant…
Manse vieille
Quand tu passes le ruisseau, sous le chapeau, tout soudain, la neige. La lombarde, basse et acérée, déchire les flocons que le froid hérisse. Je ne tiens pas au vent, et je glisse. Dans la nuit, toutes les herbes ont disparu ; je dois patienter le travail du soleil épais. À midi je reviens,…
Sur les Mées
Dessus les bures de pierre des pénitents le vent souffle, aveugle, et chasse les patronymes. Le soleil vient de haut, et ils ont cherché à le piéger. Plages de reflets à perte de vue, aveuglent tout autant, même la lavande. Une ferme seigneure, ici, avec trois ânes, fièrement indifférents. Brodequins comme montures, tous enveloppés…
