A quoi sert un œil sans lumière ?
Auteur/autrice : Benoît Vincent
Ouvèze
Château abandonné aux visages Vallées oubliées des époques Humbles lavandes étalées au soleil – sur couverture grossière Masques lavés, mains tendues, lavoirs Et grandes fleurs poussives vers leur dernier effort
Pays de Char
Le géant impose et entre ses mains croit un pays nouveau Pays de juste mesure, quoiqu’inadapté à la main de l’humain Pays froid et coupant comme une faucille Réseau aveugle des collines d’argent Station de bardane Appétit des rivières, et des pierres le rosier Soif étanché d’ouvrages révélés, signé du coin de l’homme soûl Poinçon…
Entre 2
Tout recommence, recommence par d’abord du vide qu’on emplit. On se déverse dans du rien. On en fait notre pitance, et on le creuse. Ceci pour faire site, fondation. Il y a des héros qui tracent du pied une ligne et ils disent « Ville », comme ville se fait et comme un petit patron veulent « Gens »…
Pétanque
Dans le parc municipal, à l’heure terrible ou plus rien ne bouge, que des éclats de télévision entachant la lumière d’hirondelle. Des arbres centenaires, de grands chefs d’ombre, et dessous comme une piste qui ne mène à rien. Un genre de terre battue dénuée de vie ou de secrets. Il y a des akènes, dans…
Réminiscences
On prend un livre, c’est l’été. C’est en été que les livres (se) prennent. On a l’espace étendu devant. Le temps compte peu. Et tout dehors nous aspire. On marche sur des cailloux, même pieds nus, on croise les fleurs immenses de l’été : mélilots, cardères, vergerettes, fenouils. Ce sont les derniers soubresauts, mais brillants,…
Pink Floyd
Il n’y a de bon que d’écouter de vieux albums de Pink Floyd sur les routes des Causses, des Apennins, de Corse ou de n’importe quelle montagne proche de la mer.
Entre
D’abord, rien. D’abord, rien, et surtout pas de parole. Les pionnières, ici, ont été silencieuses. Puis avant d’en finir, déjà pour ce faire, d’ailleurs, tu viens, et écrivant, taisant, tu abordes un lieu qui devient territoire. Ils avaient omis le plus important, dans leur histoire, dans leur pensée : l’impensable. Puis dans les événements l’impossible….
Ecrire
Tu peux écrire devant le feu éteint Tu peux écrire le ventre creux Tu peux écrire la tasse vide Tu peux écrire la cigarette est consumée Tu peux écrire l’ardoise lourde Tu peux écrire au point du jour Tu peux écrire funambule Alors que juste après l’accident Juste avant sinon Tout ton corps hurle HURLE…
Méat
Moi je sais où est le point où s’ouvre le jour Il faut le garder entr’ouvert (socchiuso) Le dissimuler – most of the time Ce méat que tu réserves à l’écart de tes cuisses C’est une paupière journalière. De là le jaillissement des jours, des heures, des hommes. Rien d’autre.
