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Lasagnes • Chapitre 10

Posted on 28 février 201421 juillet 2014 by Benoît Vincent

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Chapitre 10


C’est un enfant dans la ville, qu’est-ce qu’un enfant dans une ville ? Qui tient la main d’un adulte. Homme, femme ? un adulte. A la pilosité noire qui vient glisser jusque même sur les doigts, on pense plutôt à un homme, sans que la taille fine, l’attache noueuse du poignet, la longueur agile des doigts ne le laisse présager tout d’abord.

L’enfant court, plutôt qu’il ne marche, pour se rendre là où quelque chose d’extraordinaire va se passer, un évènement considérable, un sacré truc, lui dit-on — mais se rappeler quoi ici et maintenant est impossible — les petits pas touchent à peine le sol, la main le fait voler et c’est rigolo.

Il pleut, et on voit aussi plus tard des lumières orange et vertes et rouges diffractées par les gouttes qui s’écrasent sur la vitre. Allongée derrière, on va ailleurs, mais on ne rigole plus. Quelque chose s’est passé, quelque chose s’est bien passé, mais quelque chose ne s’est pas passé bien. On crie, on pleure, on entend n’importe quoi.

Il y a aussi une image, une photographie en noir et blanc où deux silhouettes — mais elle est trop loin ! impossible de distinguer les visages — semblent se tenir la main, tout en évitant de regarder l’objectif. Une femme, un homme. Tous les deux ont les cheveux longs, mais on ne peut distinguer — vu d’ici ! — qui est l’homme et qui la femme.

Cette photo est associée à une boîte, une belle boîte marquetée, sertie de petits coins de laiton. Dans cette boîte, c’est tous les secrets d’une vie, c’est tout le désespoir à venir, c’est toute la tristesse bue qu’on a rangés. Cette boîte — tiens où est-elle cette boîte ? où est-ce que j’ai bien pu la fourrer ? — contient une dent de lait, quelques photos, une paire de dés, un petit fossile de trilobite, une lettre, une bague, autant de petits bibelots sans valeurs, des colifichets qu’on a reçu des expériences et des rencontres de la petite vie en échange d’un silence à jamais. Ne jamais dire que ça coince, là, dans la gueule, qu’on n’avale pas, qu’on n’en veut pas, de tout ce qui tombe est tombé dessus, qu’on aspire à d’autres choses, d’autres mondes d’autres mots, mais avec la conviction intime — l’intuition n’est jamais qu’un savoir innommé — que tout cela et le reste est inutile, que cette poix est plus collante, plus addictive que la nuit.

La vitre, les pas, la photo, se mélangent dans la boîte. Qui sont ces gens, déjà ?

Les grottes du sommeil dans lesquelles se propagent les gaz de l’esprit sont nombreuses, mal éclairées, souvent lugubres. On n’en a pas la carte. Dans l’une ou l’autre, de petits théâtres d’ombre se succèdent, et tournent à vide, sans spectateurs. Sans autre spectateur que soi, qui joue également tous les rôles. C’est une triste farce chaque nuit recommencée qui n’a de signification que celle que les chiens désignent.

Dans ces grottes parfois on étouffe, parfois on trébuche, parfois on tombe dans un trou, parfois on se cogne au plafond. Il n’y a pas de lieu plus hostile et contondant. C’est ici qu’on passe pourtant un tiers de notre vie, à grelotter de froid et d’angoisse, et à regretter les heures sèches du jour.

On se passera donc de dormir, puisque telle est notre volonté et on se bâtira une forteresse imprenable, qu’on baptisera, selon l’occasion, la saison ou l’âge, alcool, écriture, corps, ou drogue. On se jettera confiant au monde, on cherchera par tous les moyens à fuir la grotte, les pas, la photo et la vitre.

On vivra moins vieux, c’est ce que dit l’histoire, mais on passera comme ça de tunnel en tunnel sans jamais se retourner vers le petit être malingre que chaque goutte de pluie transperce et écœure.

*

Rage de dents — plus exactement une rage de gencives — et l’impression que les dents vont se déchausser et tomber naturellement, et avec toujours ce vernis poisseux qui ne cesse de revenir sur elle, sur le palais et sur la partie postérieure de la langue… qu’il a étouffée dans un désert de corticoïdes.

Ainsi affublé de son costume de funambule, il jaillit du lit comme une arme blanche et se cogne aux portes en grommelant. Assis sur la cuvette, il relâche alors le liquide qu’avec peine retenait son ventre aigri. Effet des médicaments. Après s’être essuyé et lorsqu’il se lève, c’est pour constater un bain de sang où ne se distingue aucune selle. La mort a donc posé un pied sur moi, pense-t-il, mais chasse vite toute la scène qu’il parviendra, par un effort mental à raccrocher à l’un ou l’autre des cauchemars sourds qui le retournent toute la nuit à son insu.

Tout ce sang tout ce sang.

*

C’est pour ne pas penser. Carlos Futuna regarde Leika dormir, son petit visage au nez porcin. Son petit visage menu. Parfois ce n’est pas Leika, mais la plupart du temps c’est bien elle. Elle avec tout son corps.

Parfois, ce corps c’est la ville, la seule ville humide qui l’a accueilli [on n’en a pas vu tant que ça des villes !], et la première personne dans cette ville [avant T. !] à qui il a parlé, enfin parlé vraiment, avec des mots et des réponses à ses mots.

C’est pour oublier. Dans la pénombre, oublier ce qui fait le corps, ce ramassis de fièvres, douleurs et blessures, se racrapoter dans son œil, à défaut de la main, et se concentrer tout entier dans le regard et la vision. Leika, Leika, que serais-je sans toi. Leika Leika j’ai envie de ta chatte. Leika Leika est-ce que tu imagines que tu m’as sauvé ?

La ville sale, la ville humide, la ville labyrinthe t’a posé pris enlevé reposé détourné égaré dans ses ruelles humides et sales, mais là c’est Quand la pluie étalant ses immenses traînées D’une vaste prison imite les barreaux, Et qu’un peuple muet d’infâmes araignées Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux, à quoi je m’accroche sinon cette boule de poils et de peaux et de nervosité vénale ?

La pluie bat aussi dehors, ici la pluie se marie à la mer, et c’est la pluie qui te rappelle qu’il y a la mer, sinon la mer, tu ne la suspecterais pas, ou à peine, un vol de mouette, un plat d’anguille, rien de très solide tout ça, mais toi, toi là, qui m’as pris dans tes bras, erreur numéro une, et m’as ouvert à ton monde au-delà de la prestation qui nous a faits rejoindre.

Leika Leika tu m’as porté en pesanteur là où la ville ne parvenait pas à me forcer à atteindre. Leika Leika, tu as préparé le terrain pour T., tu m’as permis de descendre dans la grotte où j’allais bientôt m’ensevelir, petit ombilic de merde, petit ver infâme, petite larve sans descendance.

Leika Leika comment pourrais-je te sauver de ta condition ?

*

Pourquoi la jambe me fait-elle soudain défaut ?



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