Une série de textes de pensée nés bizarrement de mon terrain naturaliste.
On me dit : « Je suis en Chartreuse, sur un GR très bien balisé. Il y a là un dolmen. Je crois que ce secteur est appelé Pierre à Mata ».
Un habitant d’un territoire (un choréant !)visite ce territoire en touriste.
At home he is a touriste (Gang Of Four) : voilà ce vers quoi nous mène notre société qui permet 1. de vivre en urbain à la campagne, c’est-à-dire découplé du travail de la terre, ou, sans aller jusque-là, et de manière peut-être plus abstraite mais plus brutale, débranchés du tissu social oblique des générations, des occupations et des signatures sur ce territoire ; 2. de vivre dans son habitat en mode hors-sol, sans racines, et si un tissu social finalement s’y crée (horizontal), c’est sans enracinement (vertical): le rapport oblique au monde est faible, labile ou perdu.
De sorte que nous effleurons plutôt que nous touchons, nous distrayons plutôt que nous occopions . Nous n’habitons pas, nous hantons.
Nous faillissons à générer de la mémoire.
Nous ne brandissons plus de mythes. Notre monde symbolique s’étiole, relayé par les écrans, et notre corps social, faussement dynamique, produit les symptômes de ce dérèglement : violence, aigreur, cancer, dépression.
