Dans un texte que je n’ai pas encore publié iciviens de mettre en ligne suite à la journée des violences du 17 octobre, mais que j’ai longtemps tenu confidentiel, certainement parce qu’il s’appuie sur des évènements de l’actualité qu’il convient de laisser décanter, en sus de la difficulté de saisir les évènements récents qui ont à la fois lacéré le pays, les pays, et ont produit des changements irréversibles qu’on renâcle à décrypter, je tâchais, je tâche, de montrer la violence aveugle qui est devenue la norme internationale. Ce texte se compose de deux parties spéculaires, Si vis pacem… qui observe cette violence exportée à l’extérieur dans la guerre, et …para bellum qui scrute cette violence contre le propre corps social, peine à avancer, tâtonne, titube, car chaque jour ou presque poursuit son inexorable illustration.
À quoi s’ajoute la lecture, pénible, de la philosophie, le désir d’en saisir les épineux concepts, notamment à travers la question du nihilisme chez Nietzsche et Heidegger : si la lecture et la curiosité en soi est un plaisir, sans doute que le manque de formation ralentit encore la compréhension des effets et des positions des uns et des autres.
Or je m’imagine qu’en secondant l’écriture de ce texte par une autre écriture parallèle et contemporaine, et je me leurre à croire que celle-ci permettra de venir à bout de celle-là (c’est un principe herméneutique digne de Vorace).
L’occasion m’en est donnée par l’état du monde, et sa simple observation/description (c’est un principe cénologiqe !). L’occasion m’en est donnée par cette double difficulté où est plongé le monde, le monde occidental en particulier : la formulation en est peut-être simple. Comment appréhender cette double difficulté, que j’expose à présent : le non-sens auquel est parvenu l’humain des lumières, assis dans une pièce vide à contempler un tableau vide, sans faim, sans passé, sans visage, et sans ambition — et, contemporain, le déchaînement de la guerre qui est, par un étranger revers du destin, de nouveau aux portes de notre civilisation ?
La guerre n’est plus exportée aux seules fins de notre impérialisme, d’inspiration, il faut le dire, états-unienne — tout montre que de ce point de vue, le monde occidental se résume uniquement aujourd’hui à la puissance changeante des États-Unis d’Amérique ; elle s’accompagne d’une répression toujours plus grande quoique toujours pus subtile sur les esprits et les corps de ceux-là même qui forme cette communauté en proie aux démons, nous autres du « peuple » occidental.
D’un côté la guerre séduisante et désirée contre l’Ennemi, suite à la fin supposée de la Guerre froide par la chute du Mur de Berlin, appelons-le Russie ou Iran ces jours-ci, mais appelons-le asservissement de l’Afrique, haine de l’Asie, ou patiente extermination de la Méditerranée, de l’autre un vulgaire fascisme intérieur dont les hauts faits sont, au-delà du soft-power, la trahison du non au Traité de Lisbonne, l’écrasement dans le sang des Gilets jaunes, et installation d’une milice souveraine du contrôle digital (écrans, nivellement idéologique, ubérisation de tout le commerce, y compris du service public), et aujourd’hui acharnement autour de l’intelligence artificielle. Ce sont quelques exemples parmi d’autres, qui me semblent les plus saillants, les plus significatifs, les plus symboliques, sans doute aussi pour l’affect que j’y place. Il y en a sans doute d’autres, selon d’autres points de vue. Ils sont en tout cas communs et commodes.
J’en viens à me dire que le fascisme n’est jamais qu’un impérialisme intérieur.
Et c’est un fait qu’il peut être assimilé à un cancer, si le corps social reste un corps, quand la guerre n’est peut-être qu’un vil trait biologique.
Or du cancer on ne sait guère se défendre.
PS du 18 octobre 2026. Et la journée d’hier, à Paris, Limoges, Montpellier, Lyon ou Marseille, mais aussi à Turin et à Milan, démontrerait que les symptômes se sont aggravés — et la cure demeure inefficace (la ratonnade « c’est pas automatique ») ; là-dedans manque effectivement le soin, complessif, multidisciplinaire, et surtout promptement, fondamentalement, réellement politique.
Cette société est malade de son organe politique.
