Texte du livre de fiction Vorace, voir ici.
[La balayette, 3]
Nous sommes tous un peu cyclothymiques, je pense que c’est un fait établi. J’en ai connu des personnages, et dans ce milieu, quoi de plus romanesque, il semble qu’ils se reproduisent autant qu’il y a de lecteurs ou même de prétendants à l’écriture.
De sorte que je ne crois pas vraiment à la folie dans l’art ; je crois à des paliers, à des pics et à des pauses. Mais cette dynamique n’est pas le fruit du hasard ou de la simple humeur volatile de l’individu. Il en va comme des saisons ou des marées, des morsures de la lune ou des averses après la pluie ; c’est le rythme naturel du monde.
Donc je ne crois pas tellement à une prétendue inclination à la maladie qu’auraient les artistes en général et les écrivains en particulier, et la jubilation, qu’on peut déceler chez certains chroniqueurs qui se délectent de la rumeur représente à mes yeux un affectation détestable.
Le fait est que l’art en général, et la littérature en particulier, laquelle, j’ose le redire, n’est viable que si à chaque auteur on associe un vrai et vorace lecteur — et si j’osais j’ajouterais que toute lecture, chaque lecture, est une résolution pour l’auteur, une salvation, la véritable épiphanie de la grâce — et que ce dispositif est en vérité le danger même, cette opération est une expérience chimique venimeuse et souvent létale. Les matériaux que l’écrivain et son herméneute sont appelés à manipuler sont de nature si dangereuse qu’ils peuvent s’attendre à se retrouver à l’agonie en un tournemain s’ils ne se tiennent pas sur leurs gardes1. Je le dis souvent.
La littérature st une bombe, et ce sont ses deux réactifs, l’écriture et la lecture qui, à leur rencontre, déclenchent la possibilité d’une catastrophe — la vitrification du réel.
- Vonnegut, modifié : ajout fallacieux de « l’herméneute ». NdA ↩

est-ce vraiment une catastrophe ?
Et je n’avais pas répondu à ce commentaire car j’étais occupé, mais j’avais pris le temps de préciser au début qu’il s’agit d’une fiction ! Mon personnage est un peu dérangé je crois.