Texte du livre de fiction Vorace, voir ici.
[Féroce, 1]
Vous dîtes que vous vouliez tout d’abord écrire sur l’aventure éditoriale du livre : quel exploit ! Quel sujet parfaitement inutile et ô combien inintéressant ! Vous dîtes aussi que, pour vous résoudre à n’en rien faire, vous partîtes sur les routes sur les traces du personnage que tout le monde sait fictif, pour un voyage à pied de quatre jour, mauvais mime, en quête aussi peut-être — je le crois — de l’inspiration qui pourtant vous a tant fait défaut. Et que vous rencontrâtes là des éléments qui vous donnèrent l’idée de votre pauvre récit.
Vous dîtes encore que finalement ce n’est pas tant l’histoire de votre personnage ni les évènements qui sont relatés dans l’ouvrage qui importent, mais que le livre traite de deux sujets fondamentaux, ou « principaux », et « transversaux » (quel appareil pauvre et vulgaire !) : la naissance du récit et la lisière de la fiction.
Vous osâtes ajouter : « Dans ce monde où règneNT la censure et la contrefaçon1, comment croire à ceux qui disposent de l’autorité de parole ? Mon livre pousse son récit jusqu’au point limite : non pas pour désorienter ou flouer le lecteur, mais pour interroger, ensemble, dans le processus de lecture, les dangers ou opportunités de la mise au point« . Mais quel charabia ! Si vous croyez nous aider avec ce galimatias ! Commençons par dire, déjà, que votre livre n’est pas votre livre, ou alors qu’il n’en est pas un !
Quelle arrogance ! mais quelle autorité ! Vous feriez rire un pensionnaire de lettres supérieures, avec votre aplomb généreux et votre rhétorique usée. Savez-vous déjà que personne ne s’intéresse à cela ? Alors que les filins qui tiennent le Livre dont vous parlez sont autrement plus nombreux et radicaux que votre prétendu palimpseste. C’est cela, surtout, qui me fait réagir.
Au reste, dans un article vous concernant, on lit que cet opus est né « d’une tentative avortée2 de traduction de l’Horcynus orca (sic) », eh bien, rien que ça ! Mais pour cela, mon petit bonhomme, il faudrait déjà être traducteur, avoir montré quelque qualité en la matière, ce qui, au regard de ce qu’on trouve çà et là, n’est pas le cas.
Et puis me fait-on parvenir ces lignes intrigantes : » […] ce sérieux petit tas de merde qu’était la première version en ligne… ramassis de récits obscènes et sans queue
ni tête, sans personnage consistant et sans saveur… admirablement teinté de nullité et d’absurdes et prétentieuses envolées […] on craint la venue du livre, on prie pour qu’il ne voie jamais le jour […] »
Les avez-vous oubliées ? Vous est-il jamais venu à l’esprit que les versions de travail sont des versions de travail, des ébauches, des tentatives ? Que l’on se réserve le droit de venir remédier, de rayer des lignes entières, de froisser des pages entières ? Que l’on s’autorise aussi à ajouter des chapitres entiers entre deux mots choisis ?
Je ne connais pas ce d’Arrigo mimant Joyce mimant Homère mimant lui-même Ulysse — car c’est bien cela, n’est-ce pas ?
- Ou bien « où règne la censure et la contrefaçon se pavane » (par exemple)… comment savoir ? Ou bien elle ne règne pas tant que cela, la lectrice affamée, ou bien vous ouvrez le champ à toutes les contrefaçons sciemment ! ↩
- Ajout de l’A : Non, pas de projet de traduction complète de HO, tout au plus le plaisir de se coltiner quelques extraits, d’ailleurs mal traduits : s’il y a avortement, alors c’est celui-ci. ↩
