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Usurper (03)

Posted on 26 juillet 202210 août 2022 by Benoît Vincent

texte 02 – texte 04

Scène 5

 

Je fume des cigarettes, vous voyez ? Du moins c’est mon plaisir de les rouler, et de les allumer, de tirer deux ou trois bouffées, puis de les abandonner là, aux trois-quarts intactes, mais souillées, sur le rebord d’un meuble.
Elles s’accumulent, un peu comme on se réserve, pour le cœur secret d’une soirée, un résidu d’énergie, un mets choisi, la rencontre avec un corps.
Cela dure quelque temps, je ne saurais le quantifier. Il est fonction du nombre de ces aspirants mégots. Puis, excédé, je mets un point d’honneur à finir toutes les cigarettes, et tout le cendrier y passe, dussé-je m’asseoir deux heures pleines, toutes affaires cessantes, je les allume l’une après l’autre, je les allume l’une avec l’autre.
Je suis excédé par ces demi-cigarettes, c’est comme un abcès qu’on crève, un barrage qui éclate.
Si, dans la vie, j’agis de même ? Je ne saurais dire, le plus dur, vous savez – mais vous le savez, je vois bien dans votre question que vous en êtes conscients, ou plutôt que vous en avez l’intuition, et vous comptez sur moi pour en avoir le cœur net, pour vous élever, ou vous rassurer – le plus dur disais-je c’est de trouver l’aune à laquelle vous mesurez les actes ou les évènements.
On parle moi on pourrait tout aussi bien parler de vous.
Nous sommes tous coupables, si l’on n’y prend pas garde.
C’est tout l’ensemble qui est vicié. Et si c’est commode de trouver un bouc-émissaire, ce n’est pas moins difficile voire impérieux voire urgent d’être lucide.
« Et vos parents ? »
Quelle question, comme ceci, à brûle-pourpoint. Je vois bien que vous essayez d’évincer, au fond… vous ne m’écoutez pas vraiment. Mon père est mort j’avais quatre ans, pour ainsi dire je ne l’ai pas connu.
« Pas de souvenir ? » Aucun
« Votre mère ? » Ma mère, la pauvre femme, est l’une de ces créatures… elle est encore de monde vous savez… comme dit le poète, elle ne se sacrifie qu’à moitié, sa moitié encore vivante lui fait tellement pitié…
Oui, mais vous l’apprendre vite, nos relations sont tumultueuses, jamais simple. Même aujourd’hui, au seuil de la mort, elle est capable de cette… comment dire ? …abnégation ? non, précision, dans la cruauté, dans le fait d’aller chercher la petite bête… nos relations sont houleuses, je ne le cache pas, même à l’Institution, nos discussions, nos cris sont célèbres ! Mais c’est notre manière de nous aimer. Nous nous aimons follement. Non, follement… follement n’est pas le mot. Passionnément… Mais je vois votre sourcil qui se fronce : nous nous aimons beaucoup, voilà.

(Un silence)

Un détendeur, voilà, c’est le mot que je cherchais !

(Un silence)

Ma mère est une femme très fine, très subtile vous savez. Elle est dotée d’une très vaste culture. Elle a lu tous les livres, écouté tous les disques. C’est impressionnant de la voir, à son âge, parler de Dante ou de Stockhausen avec autant de passion. Nous parlons beaucoup d’art. D’art, et de politique. Ma mère a des idées politiques très arrêtées. En art aussi d’ailleurs, elle a les idées arrêtées. Ma mère a beaucoup d’idées, et ses idées sont très arrêtées.
Je ne pense pas que, si elle fumait par exemple, elle s’adonnerait à mon petit jeu, dont je vous ai parlé. Très tôt elle a tiré les sommes de ce que la vie lui a fait subir, ou lui a apportée.
Et la vie lui en a fait voir, il faut être honnête.
Mon père lui en a fait voir.
Je lui en ai fait voir.
Mais elle a profité aussi. Mon père, mort, lui a apporté une sécurité et un confort qu’ils n’auraient jamais pu goûter.
Il était armateur, héritier orphelin d’un petit empire maritime. Il a hérité de propriétés… qu’elle a toutes vendues, lorsqu’elle avait besoin d’argent, et même lorsqu’elle n’en a plus eu besoin. Assez vite, elle n’en a plus eu besoin. Amalfi, Menton, un appartement à Londres et une maison dans le Sussex… et même une datcha sur la mer baltique ! Vous imaginez ça vous ? Vous qui êtes là, dans votre imperméable bon marché, sur cette malheureuse chaise en bois, et qui écumez les bas-fonds d’Amsterdam, de Berlin ou de Prague ! Vous ne pouvez pas imaginer combien, tel que je vous vois à cet instant précis, et loin de moi l’idée de vous rabaisser ou de porter un jugement malheureux sur votre condition, vous n’imaginez pas combien votre vie se trouve à mille lieues de la vie de ma mère, vous n’imaginez pas combien vos horizons divergent !
Mais vous avez raison, nous ne sommes pas là pour parler de vous.
Je vous parlerai encore de ma mère, mais il faut que je me dégourdisse les jambes, je peux fumer au vasistas ?

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