Skip to content

Menu
  • La maison
    • Benoît Vincent…
    • 20 ans d’Ail !
    • Index
    • Finie la serendipité, vive la folksonomie
    • Thèque
    • Liens
    • Sur le logo
  • Publications
    • Paramar | avec Emanuela Schiano di Pepe
    • Synovie (Rhizes – Pholques) | Avec Laurence Morizet
    • Féroce
    • La littérature inquiète
    • L’entreterre
    • Un de ces jours
    • GEnove. Villes épuisées
    • Local héros
    • Farigoule Bastard
    • Pas rien
  • Textes
    • Fragments
    • Continue poésie
    • Critique chronique
    • Notes cénologiques
    • Pistes et sillages
    • Polémiques
    • Secrétaire
    • Vademecum
  • La littérature
    inquiète
  • Chantiers
    • Travaux en cours
      • De par la ville de par le monde
      • Résidences
      • L’affaire Panitza
      • Bobines
      • Vorace
    • Général Instin
    • Travaux non édités
    • Musique
  • Rencontres
    • Agenda
    • Résidences de création
      • Conversation Générale
        avec Emanuela Schiano di Pepe | CHBD 2024
      • Archivive | IMEC 2024
    • Ateliers
    • Contact
  • ĐeĦors >>>
Menu

Suffit sa peine 45

Posted on 13 février 201111 novembre 2011 by Benoît Vincent

Où l’on apprend que…

A JC

§ L’ascenseur est en panne, comme d’habitude. Il faut descendre les quatorze étages à pied. Il faudra aussi les remonter, les étages, mais avec cabas qu’on aura chargés. Dans la nuit il a neigé. Une mince couche de neige, qui recouvre et cache les-débris-les-gravats. Le vieux est sorti vaquer à ses affaires dont personne ne détient le détail, et il a pris les skis. La maison est chaude, trop chaude, excès dénotant l’indigence par ailleurs. Peut-être le vieux est sorti parce qu’il avait trop chaud, cette chaleur subite brise la routine. Le pâle de la télévision, toujours allumée (meuble commode chauffe un peu aussi) diffuse un film qu’on devine français. (J’ai cru reconnaître un acteur de seconde zone.) Le film n’est pas sous-titré, et une voix unique récite d’un timbre froid et monocorde les dialogues de tous les personnages, femmes comprises. Mais de toute façon personne n’écoute. On boit du thé. Je regarde la bibliothèque. Elle est comble de livres, la plupart écrits en langue française. La vieille est humble et occupe par-là tout l’espace. On n’en peut plus de tant de déférence. La nuit nous on dort par terre dans le salon sur un matelas en mousse, qu’on déblaie tous les matins.

§ Ce qui m’a frappé en arrivant ici c’est la largeur des avenues. Des deux fois quatre voies traversent la ville un peu partout. C’est certes impressionnant, mais c’est surtout qu’on n’y trouve pas de voitures et peu de piétons. La vie est dessous, surtout, dans le métro où les gens se radinent, vivent, se tiennent chaud encore. C’est l’unique lieu qui ne semble pas délabré, esseulé ou sale. On y accède avec de petits jetons de plastique qui semblent déplacés dans ce monceau de pierres, de bois et d’ancien faste. J’en ai gardé un. Si, on trouve des voitures, mais chez des concessionnaires, magasins flambants neufs, qui gueulent aux visages émaciés qu’ils ne valent rien ; ces enseignes BMW et Mercedez-Benz, où l’on ne voit jamais personne, car personne ne peut être concerné par cette pierre philosophale, on les trouve aux coins des vieux immeubles, de plus en plus nombreuses. Ça a peut-être changé maintenant je ne sais pas. On nous a amené, nous, dans le quartier ou jadis opérait le marché noir. On préconise un magasin qui occupe tout un immeuble d’antique facture largement dégarni de ses fastes et pavois ; il se prend pour un genre de centre culturel, avec jean’s, disques vinyles et CD, affiches, et revues en petit nombre. Dans les cages qui montent aux étages, un type vend des photocopies de partitions des Stones, des Floyd, sur une vieille couverture mitée. Tu dirais que tu touches un incunable tellement le papier frotté-trimbalé est devenu velours fin. J’ai acheté The dark side of the moon. Les jeunes ici sont blancs, on dirait qu’ils ne sont nourris que de ce fameux fromage blanc qu’on nous sert à chaque repas, parfois, rarement, avec exquis coulis de fruits rouges, ou bien de poireaux. On dirait qu’ils se réveillent après des années de caverne, d’alcool blanc ou de vermine parasite. Comme s’ils naissaient comme ça tout habillés à seize ans. Les adultes eux, ont le regard gris et des barreaux sur la gueule. Ils me regardent avec haine et amour mêlés, ça leur déjante les yeux. Ils se tortillent en te croisant et s’éloignent en faisant effort pour t’oublier. Tu es une espèce de miroir où ils ne reconnaissent rien qui leur correspondent.

§ Je n’en saurai pas plus cette fois-ci. Le vieux est rentré la nuit tombante. La télé poursuit son monotone. La vieille est toujours volubile de son effacement. Ils ne diront rien, n’ont rien à dire. Mon frère est moi avons été séparés au début de notre vie dans ce merdier. Moi envoyé en France via RDA, dont je porte trace sur mon passeport aujourd’hui relique. Lui ici, chez eux. Les fruits rouges. Elle parle • enfin. Il adorait le miel. On l’appelait Medvedik. Elle l’a dit. Il • adorait • le • miel. Elle n’en dira pas plus. On m’a envoyé en France sur la Côte d’Azur, en pension. On m’a donné le nom de Val, pour je ne sais quelle raison. Avant de quitter ce pays, je voulais voir l’aube sur la Place. J’ai piqué les skis du vieux, descendu les quatorze étages à pied (toujours en panne). Et je suis resté là, fasciné par les coupoles de la cathédrale, à m’en crever les yeux. L’avion survolerait les longues prairies blanches et les forêts sombres. Je rentrerai sans rien savoir. Sauf. Qu’il. Adorait le miel.

< Précédent • Suivant >

Partager la publication "Suffit sa peine 45"

  • Facebook
  • X

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Livres

Benoît Vincent - Féroce - Bakélite 2024

Benoît Vincent - La littérature inquiète - Publie.net 2020 Benoît Vincent - Un de ces jours - Publie.net 2011, 2020 Benoît Vincent - L'anonyme - Publie.net 2010, 2020

 Benoît Vincent - Farigoule Bastard - LNA 2015 Benoît Vincent - GEnova - LNA 2017

Benoît Vincent - Un de ces jours - Publie.net 2018  Benoît Vincent - Local héros - Publie.net 2018

Général Instin - Climax - LNA 2015  Général Instin - Spoon River - LNA 2016

Articles récents

  • RIP Hélène Sturm 16 février 2026
  • RIP Francis Hallé 1 janvier 2026
  • La nature est politique 10 août 2025
  • Vorace §77 1 août 2025
  • L’attrait des larmes 4 juin 2025
  • Instances et régimes de réalité
    (Notes cénologiques 6)
    19 avril 2025
  • Objet de culte 16 avril 2025
  • Fragment 6 avril 2025
  • Fuck news 3 avril 2025
  • Fragment 2 avril 2025
  • Fragment 1 avril 2025
  • Fragment 31 mars 2025
  • Vive la guerre ! 6 mars 2025
  • Films 2025 6 février 2025
  • RIP Marianne Faithfull 31 janvier 2025
  • Le — prologue 18 janvier 2025
  • RIP David Lynch 15 janvier 2025
  • Dans cette maison, sur ce matin 25 décembre 2024
  • Stufo dell’America 23 novembre 2024
  • Vorace §83 21 novembre 2024
  • Vorace §82 21 novembre 2024
  • Organon général 29 octobre 2024
  • Archivive — conclusion 25 octobre 2024
  • Archivive — sous nos yeux 24 octobre 2024
  • Archivive — fleurs 21 octobre 2024
  • Archivive — le souterrain numéro 7 19 octobre 2024
  • Archivive — on n’en sort jamais 17 octobre 2024
  • L’odeur d’un cri 13 octobre 2024
  • Archivive x Conversation générale — note croisée du soin et de la vie 9 octobre 2024
  • Archivive — chassez le naturel 26 septembre 2024
  • Archivive — L’IMMOBILITE 26 septembre 2024
  • Archivive — détour paysage 24 septembre 2024
  • Archivive — patrimoines ? 24 septembre 2024
  • Cartographie des habités — note d’intention 22 septembre 2024
  • Archivive — archimorte 20 septembre 2024
  • Archivive — deux ou trois mots sur la critique 20 septembre 2024
  • Archivive — catalogue du catalogue 20 septembre 2024
  • Vorace §14 25 août 2024
  • Vorace §43 16 août 2024
  • Vorace §95 8 août 2024
© 2026 | Sur une base de thèmes préconcus