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Stefano d’Arrigo • Horcynus orca • Le trouble des femmes

Posted on 1 mai 201313 mai 2021 by Benoît Vincent

Capture d’écran 2013-05-10 à 09.04.31

Dans le cadre d’un projet d’écriture de haute volée, Féroce, fomenté avec quelque éditeur où l’herbe ne repousse pas, je me lance à corps perdu dans la traduction libre de textes choisis de l’hénaurme livre de Stefano d’Arrigo, Horcynus orca (1975).


Long passage où ‘Ndrja Cambrìa entend et écoute la troupe de femmes assoiffées de sexe qui se plaignent (c’est le tribolò) de la perte des feriboîtes, les ferry coulés par la guerre et qui leur permettaient entre autres de traverser le détroit et de transporter leur contrebande de sel. C’est un chœur ininterrompu de mille voix mâtiné de mille langues. En le traduisant, j’ai pensé aux femmes entre elles dans l’usine où j’ai grandi. L’accent, la vulgarité, tout un monde porté par lui-même, qui me parvenait par bribes, et qui était vivifiant (et qui est bien mort).


« Moi si vous permettez, je parlerai de moi devant toutes, moi. Moi sur le Scilla, une fois, je m’accoudai au pied d’une échelle de la sallemachine. Me tenais là absorbée dans mes pensées, à un certain moment, j’ai senti qu’on me manipulait par derrière, avec tant de manières de main, de tact et de galanterie, que je n’ai aucun scrupule à vous le dire, ipsofacto bienvolontiers j’ai concédé, muet lui et muette moi. Le temps ensuite d’arranger mes plumes, je me tournai et au pied de l’escalier je ne vis personne : j’entendais par contre le bruit des pistons, et pour étrange que c’est à dire, je me rendis compte comme je ne l’avais jamais entendu auparavant, ce tfoufou tfoufou. Montée la fois suivante sur le Scilla, je m’isolai tout de suite et j’allai et me plaçai à nouveau dans ce petit angle méconnu, peau à peau contre les pistons qui soufflaient l’air chaud par en-dessous : chose où jamais je n’ai senti la curiosité de le voir en face, motoriste ou machiniste, qui que ce soye. Le phénomène se répéta telle quelle la fois d’avant. Et puis ç’a duré, la curiosité s’en était allée et m’attirait l’étrangeté du comme pour dire pourparlé silencieux. Mais si je faisais gaffe au bruit des pistons de la sallemachine, le pourparlé n’était plus muet : au point que me traversa l’esprit que qui prenait plaisir avec moi c’était pas un bonhomme, mais c’était le Scilla lui-même. Pensez, me venait à l’esprit que cette éperonite de sallemachine se trouvait au milieu d’une broussaille enchantée, de tôles et de bois, avec arbres châteaux cheminées ponts ; et dans la saloperie il y avait le charme d’un fameux féminaire, un, rendez-vous compte, comme cet acteur-là, celui avec les pattes en pointe, qui s’appelait Rodolfo et lui ont mis le truc de Valentino pour dire le courage qu’il mettait dans le service. Tfoufou tfoufou faisaient les pistons et m’assourdissant et qui ne pouvait pas être enchanté sinon un féminaire, un spertissime du hahan hahan ? Alors toujours à mon fil, à peine je me posais dans la foutue recointe habituelle et l’autre jaillissait forme humaine et m’enfilait. En vérité, le charme se rompait si j’imaginais etcomment etcombien il me désirait. Certes, aujourd’hui, cette mêmemoi, m’écoutant parler, je me dis : un milletunenuit de ce qui te passait par la tête. Oui, mais, le fait était, le fait réel était qu’une fois le service à moi rendu, je me tournais et ne voyais personne : et puis j’entendais le bruit des pistons et je m’impressionnais, je me tremblais de partout, et je fantaisiais comme ça ne m’était jamais arrivé avant, quand ne me frappait même pas l’oreille ce fracas de tfoufou tfoufou, de pistons dans les cylindres, avec leur va/vient masculinet. Mais je me disais : qu’est-ce que foutre tu vas bien lui chercher ? La carte d’identité ? En plus, étant donnée la solitude de cet escalier, je pensais : je peux profiter, c’est une cachette idéale pour le sel, ni gendarme ni police ne viendront jamais ici. Fut ainsi, et par un grand bordel de transbords, j’ai fait un voyage et reçus deux services du très galant Scilla. Je montais à bord du ferriboîte et je planais, vent en poupe, montée à bord de la crigne masculine. Et maintenant pardonnez-moi si je me la raconte avec le Scilla. Toi comme une autre. Scilla comme un autre. Ah ! oui, chacune de nous, si on s’interroge sans fard, a des histoires comme ça. Chacune de nous, à sa manière, se le fabrique son petit cinéma de crinière. Chacune de nous s’empourparla avec ces valentins de bois et de tôle, avec l’écume fraîche de dehors et le piston chaud de dedans. Ah ! oui, chacune de nous a de ces secrets avec le délit et le profit, entre échelles & sallemachines & wagons & quais & ponts & proues & poupes & portails & manœuvres & tampons & tfoufous des pistons. A chacune de nous il a semblé peut-être que ça n’arrivait qu’à elle seule cette espèce d’enchantement et c’est pour ça peut-être qu’elle ne le confiait pas même à l’amie la plus intime. On avait peur qu’à en parler se rompe le charme et le follet au lieu de se manifester à soi dans cette espèce de recointe de ferriboîte, à telle coursive et telle heure, il ne jaillisse à une autre dans un autre angle insoupçonné. Ah ! oui rare on le surprenait en face celui qui nous rendait le petit service. Le beau pour nous, c’était que la chose, il la commençait et la finissait, dans le ventre de ces amis fumants. Ils étaient quoi pour nous ? Scilla, Cariddi, Aspromonte ou Mongibello, qui se personnifiaient, tous cachetons cachetons. Qu’est-ce qu’on s’en foutait de l’aspect, de qui c’était la figure. Maintenant il suffisait qu’on demande à un ferriboîte de nous donner les signalements et de nous faire reconnaître. Le tfoufou tfoufou pour nous, c’est ça qui comptait, c’était ça la carte d’identité, le tfoufou tfoufou des pistons. Marin ou commis voyageur, chef de gare ou chalutier, qui les calculait pour ce qu’ils étaient ? l’une de vous, par hasard, s’en serait prise à un en particulier ? Le doute restait, peut-être que c’était le même ferriboîte à chaque fois qui nous abordait sous la forme d’un chef de gare, d’un commis ou de quelque passager obscuré ? Puis enfin, un acte concret, comment nier ? la dépouille était de qui le savait mais le tfoufou tfoufou, oh, celui-là, était de la machine, avec le numéro de série. Ah ! Certes ! Certes ! Et sinon, comment c’est possible qu’un quiquecesoit, un qui une fois débarquées, même payées à prix d’or on n’aurait pas daigné, et là-dessus, au contraire, à bord de la crinière, nous faisait toucher le ciel du doigt ? C’était là tout son mérite ? son tfoufou tfoufou à lui ? C’était le ferriboîte, rien à redire. Le premier qui captait s’illusionnait à nous refaire le coup, mais pour nous c’était le ferriboîte qui faisait naître chacune des sensations : et qui pouvait lui résister, au tfoufou tfoufou qui nous saillait comme un âne et nous descendait jusqu’à l’ongle du pied ? Hein ? Qui ? La preuve qu’il suffisait de se mettre là, au milieu de la sallemachine… Et tfoufou tfoufou. Même debout, les jambes ouvertes. Et tfoutfou tfoufou. De sorte que la chaleur et l’air vaporeux on se les sentait s’ébrouer là-dessous. Bouffées, bouffonnées. Entre les jupons. Cuisses cuisses. Et nous à faire des suggestions, spontanées séduisantes, qu’un grand féminaire nous adoube. Nous vulcanise par en-dessous. Ça pour dire de l’intensité que c’était. Presque amourachement. Presque épouses et presque maris. Et ça pour dire comme on se sent comme autant de veuves. Sans ferriboîte, à présent nous on se défleurettise. On va, folles fades. Vraies dérélictes. Piedagile on nous disait. Maintenant femmes gitanesques, on nous dira. Maintenant que vraiment on vagabonde. Maintenant qu’on prend par endessus plutôt que par endessous. Du côté tors, torve. De ce pas où le jour nous sortira ? Ah guerre, guerre scélérate, ça valait tant le coup de faire de nous chair à canon, vu que tu as fait de même avec les ferriboîtes ? Ah guerre, guerre, à nous qui nous battions la coulpe déjà, tu nous as ruinées, tandis qu’à qui mérite, qui sait… Guerre ? Qué guerre ? La guerre dans l’esprit de cette grosse tête1, la guerre qu’il s’est inventée lui. Sa guerre nous a ruinées, à nous.»

  1. Mussolini. ↩

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