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Rue couverte

Posted on 20 janvier 200729 mars 2010 by Benoît Vincent

Ils ne voulaient pas l’ouvrir, la rue couverte, parce qu’elle était source de conflits.

C’était une rue qui suivait toute la bande de maisons entre la rue principale et la rivière. Ce large bloc de maisons ont, au niveau de leurs caves, une rue qui les transperce de part en part. Parfois la rue est couverte de maison, parfois seulement de jardinets ou de cours intérieures.

C’était un objet de patrimoine fort, et il est resté fermé depuis la guerre.

Il faut dire que tout le bourg est troué, construit sur une manière de sable, appelé « safre », de couleur jaune (à verte parfois), lequel, très dense, peut-être très solide (rien n’est plus dur que le sable comprimé), mais aussi très friable. Les caves s’enfonçaient aux enfers, des galeries reliaient des rues, des maisons. Il n’y avait qu’à s’inspirer des habitats troglodytiques pour imaginer cette rue.

Or, ces jours-ci, d’importants travaux ont contraint les employés municipaux, sous l’ordre des autorités qui étaient invisibles, à descendre dans la rue couverte. Ils ont finalement retrouvé la clef de la grille qui à chaque extrémité, empêchait l’accès. Plusieurs jours durant, ils ont secrètement nettoyé la rue couverte, cherché les propriétaires des portes des caves qui donnent sur la rue, les ont fermées quand ils ont pu, puis ils ont méthodiquement appliqué des lumières et installé des câbles. Ils ont fait tout cela de nuit, à l’heure où personne ne pouvait les surprendre. Puis ils ont refermé les grilles, et rapporté les clefs à la discrète autorité.

Laquelle s’est alors penchée sur une manière de communication de sorte que les habitants apprennent ensemble l’ouverture historique de la rue couverte.

C’était la première fois, pour beaucoup d’entre nous, que nous visitions ces lieux (certains chanceux, propriétaires des caves fameuses, ou pour d’autres cas, en avaient pu explorer quelques mètres). De long en large, il fallait descendre quelques marches dans des ruelles normales déjà peu fréquentées, pour trouver les bouches d’entrée de ces galeries métropolitaines et piétonnes.

On débouchait en plusieurs endroits, car il y avait quelques sorties intermédiaires, parfois des passerelles, parfois des galeries, parfois simplement une sortie, une rue, une entrée.

Cela a duré tout le temps des travaux. Certains avaient souhaité qu’elle restât ouverte, mais les autorités ne voulaient absolument plus entendre parler de la rue couverte.

Les travaux terminés, les mêmes employés municipaux qui avaient si longtemps aménagé la rue, retirèrent patiemment et un par un, les ampoules, les câbles, les poubelles, les caméras, qui, peu à peu avaient meublé la rue ; ils effacèrent tous les tags ; ils cherchèrent, trouvèrent et expulsèrent les pauvres hères qui y trouvaient un repli contre le froid ; ils ont sorti tout ce qui dans la rue, n’évoquait rien d’autre qu’une rue couverte, sans mobilier, sans lumière, sans même un fatras ou un rat.

Puis, en plein jours, une semaine durant, ils cloisonnèrent hermétiquement chaque bouche d’entrée de la rue, non sans avoir lancé en elle un insecticide-fongicide fumigène surpuissant.

La rue fut masquée dans les murs, toutes les portes des caves ont été condamnées – parfois les propriétaires réticents dédommagés. Les travaux de la rue centrale étant destinés à y transférer tous les réseaux, plus aucune conduite, d’eau, d’eau usée, de gaz, de téléphone ou autre, ne croisa le chemin désormais aveugle de la rue couverte.

Un grand serpent creux passait sous les habitations – il fallait maintenant cesser d’y penser : on nous engageait fortement à ne plus évoquer ce tunnel qui, comme un ver, rongeait secrètement la ville.

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