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Melanchorea : quelques notes et un texte

Posted on 21 novembre 201930 avril 2023 by Benoît Vincent

 

Le Palais ducal [de Gênes] – qui en soit, déjà, est un espace chorégraphique, un espace réfléchi, fonctionnel et esthétique – a été investi par le théâtre Akropolis de Sestri P. pour un microfestival consacré au butō.

Plusieurs formes sont proposées : une exposition photographique de danseurs européens, en spectacle ou en répétition, qui sont largement influencés par le butō ; une rencontre-conférence sur le thème du butō par d’émérites spécialistes, plusieurs ateliers d’initiation à la pensée et à la technique butō, enfin un spectacle de danse lui aussi influence par le butō, dans une perception et une interprétation occidentale.

 

I

La photographie, en quelque sorte, forme une espèce de sas entre la conférence et le spectacle. Ce n’est pas seulement parce que l’espace par elle investi doit être traversé comme le public va de l’une à l’autre – et le temps qui va avec.

Qui va voir une conférence sur le butō ? Qui va voir un spectacle de butō ? Qui surtout est en mesure d’accueillir les deux dans le même temps ? La photographie (Alberto Canu) accompagne, dans sa distanciation, le spectateur assailli d’émotion face au spectacle lui-même. Et elle le fait avec ses moyens : c’est-à-dire en particulier le cadrage ; ainsi la photographie recompose une scène, là où celle-ci s’était amenuisée à son seul évènement : le corps. Ainsi donc la photographie suppose un certain recul, un certain retrait, une certaine réserve en somme au spectateur ; sans quoi celui-ci est directement impliqué, tout enrobé, emmitouflé qu’il est du corps de l’autre, ce qui provoque le trop-plein d’émotion. Plusieurs personnes dans le public ont pleuré, d’autres sont sorties ; la plupart sont restés abîmés dans leur silence.

La maîtrise, la sobriété, la simplicité sont ici à l’œuvre dans une sorte d’œuvre de grâce, si la grâce peut être interprétée (et elle l’aura été dans quelque monastère reculé) comme une épiphanie du corps : le corps en flagrant délit, puisque tel est le titre de l’œuvre exécutée par Alessandra Cristiani, Corpus delicti, mais de quel crime ? Sa présence.

C’est un peu cela qui est intenable, insoutenable, dans la danse : la présence du corps ; en cela la danse est encore en arrière de la littérature, au-delà des arts plastiques, et en décalage avec la musique. Les arts plastiques composent avec le monde, le réel, la matière brute. La musique invente sa propre matière. La forme de la littérature puise dans la matière vulgaire des mots. La danse, elle, détourne aussi un artefact humain – le corps – et le rend à sa propre matière aussi bien sociale (et ce que cela comporte de tabou), qu’animale (et que l’on occulte parce qu’elle rappelle trop la mort), que physique (la chair, l’organe, les humeurs12…).

Encore qu’ici je me focalise particulièrement sur le spectacle (II), mais il y a aussi la table ronde. Les intervenants sont brillants ; en particulier, le sens du dialogue, mais aussi la maîtrise qu’ils ont, font des interventions de Samantha Merenzi et de Raimondo Guarino, un genre de petite fête pour l’esprit, parce que ces deux-là, qui sont aussi bien et à la fois ni scolaires ni magistraux, vous embarquent très vite vers des sommets de la pensée, vers ces mondes où caracolent les idées pures, sans qu’elles soient forcément abstraites ou alambiquées, toujours toutefois distillées et roboratives.

Le butō est une forme tout à fait originale, et c’est de manière tout à fait originale qu’elle « intervient » en ces lieux, en ces temps.

Il est question de circonstance – heureuse pour le moins ; non pas même un hasard, mais une adéquation.

Butō est un art récent, mais comme souvent avec la culture nippone, il est chargé, il est plein à ras-bord d’une formelle immémoriale. Il se nourrit pourtant au heurt (et quel) avec le monde occidental : il s’en revient encore plus électrique, comme prêt à en découdre.

C’est à peu près ça : il faut découdre, et tout ce que cela implique de nudité, de dénuder ; et il faut la charge, qui se dit aussi bien frisson que gravité.

Eh bien c’est étonnant de voir et d’entendre, les uns et les autres occidentaux, blancs, chercher dans butō, contemporainement, de l’inscrire dans une histoire, une histoire que n’est pas seulement une fiction mais aussi un catalogue des formes, et vérifier que celui-ci, le catalogue, est loin encore d’être épuisé (en particulier lorsqu’on sort un peu des typologies classiques et donc convenues, répétitives), et de ce fait, de l’approprier, que de tenter de lui réserver sa part forte d’exotisme (au sens où il est inaliénable, étant l’autre de tout autre), cet espèce de musc qui lui colle à la peau3.

En somme, disais-je, la photographie à son tour « mime » la pantomime, mais ce n’est pas péjoratif ; au contraire, pour ce qui est trop autre pour ne pas trouver un terrain d’entente ou une langue commune, elle lui offre un entre-deux, une contrée où se rencontrer.

Pas une anti-chambre, mais bien plutôt une espèce de lieu commun : un milieu, un lieu à mi-chemin, comme une main tendue, ou un « allô ? » dont l’adresse est encore mal connue ou méconnue. En quelque sorte le butō pourrait être considérée, de ce point de vue-là, comme une incarnation formelle et artistique (plus qu’esthétique), du fūdo de Watsuji. En somme un évènement des forces surnaturelles dans la forme et le corps humains.

Une danse qui ne serait pas plastique seulement, comme dit Artaud, mais prennent des « attitudes mystiques […] en se confrontant avec l’absolu ».

 

II

L’éclosion a toujours quelque chose de cruel.
Mon oiseau aussi.

Quelque chose ici cherche
et c’est encore avant.

J’ai tout le temps. Je le tiens dans la main.

La main fait et défait le monde, les mots du monde, les idées du monde.

La main c’est le monde ; quelque chose se fendille, quelle que chose transpire
se fissure
quelque chose qui voudrait venir rompre
le cercle de la main.

Il y a quelque chose dans ce corps
qui cherche à s’en projeter.

Comme si l’écran voulait sa part
voulait rentrer dans le mur, dans lui-même,
non ! dans l’œil même, dans la lumière même.
Comme si l’écran voulait sa part.

Quelque chose de l’animal se raidit, se fige, se nécrose
s’ankylose
et c’est un rasoir.

Du volume cherche la surface.

De l’animal point la plante.

De la plante, la fin du monde comme main
la fin du corps comme masse
la fin de l’espace comme matière.

Du cinéma, partout. De l’écran, de la lumière.

Et si tu pleures tant pis.

 

  1. Elle associe donc dans un même geste les trois médiances humaines (par les sens, par la mémoire/l’imaginaire, par la raison) : « Les ressorts objectifs de la création » (avec Gilles Amiél de Ménard, La littérature inquiète ↩
  2. « La danseuse n’est pas une femme qui danse », dit, du reste, Mallarmé, « pour ces motifs juxtaposés qu’elle n’est pas une femme, mais une métaphore résumant un des aspects élémentaires de notre forme, glaive, coupe, fleur, etc, et qu’elle ne danse pas, suggérant, par le prodige de raccourcis ou d’élans, avec une écriture corporelle ce qu’il faudrait des paragraphes en prose dialoguée autant que descriptive, pour exprimer, dans la rédaction : poème dégagé de tout appareil du scribe. » ↩
  3. Je note ici qu’il n’est en rien étonnant que ce va-et-vient, que ce pont trouve place en Italie, de tous les pays occidentaux le plus asiatique, je veux dire par là que, dans la plupart de ses régions, et notamment les plus secrètes, les plus chthoniennes, l’Italie a su conserver ce rapport à la forme simple et à la sobriété de ce qui est blanc puis noir, mort, puis vivant. Je pense à cet instant aux mamuthones, à la tarentelle, aux catacombes des Capucins, mais il y a bien d’autres exemples. ↩

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