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Lignes de fuite
[Flandre]

Posted on 20 février 201912 mai 2024 by Benoît Vincent

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Microfiction (cérofiction) de la série Résidences

 

Emilio marchait sur la plage, il sortait de l’école. Le potjevleesch avait du mal à passer, sans doute à cause de la crève qui menaçait depuis un moment (et non pas de la maladresse de sa collègue Chantal qui en avait amené en salle des professeurs pour fêter son départ), il avait eu l’idée de prendre un peu d’air du large et de marcher avant de rentrer.

Il avait laissé la voiture au parking des clopes et il s’était dirigé vers les dunes du Perroquet. Sur le parking, un ballet de jeunes, qui entrait les mains vides et sortait chargés de bonbons ou de pot de tabac, parfois de bouteilles. IL délaissa cette douane moderne, et s’engagea sur le sentier de la réserve, et c’était étrange de penser qu’on était sur la frontière. Après un moment dans l’autre pays, le chemin réintégrait le sien. Il se cacha un instant dans un fourré et en sortit remontant sa braguette. Finalement il grimpa sur la dune et comme il parvint au ‘sommet’, s’ouvrit devant lui la plage et l’étendue grise de la mer du nord. Il faisait beau, au loin une ligne sombre semblait séparer en pointillé sinon les terres, du moins la mer du ciel. On ne savait plus lequel était gris ni lequel était bleu, on ne savait plus distinguer le gris du bleu. Il y avait une fonction mathématique, sans doute, qui expliquait l’intersection de toutes ces droites.

Dans les sables, hormis les quelques arbres qui faisaient petits fourrés, et parmi les herbes, les oyats, quelques personnes l’alanguissaient : un couple d’adolescents ou de jeunes gens, allongés sur le sable, s’embrassaient langoureusement, indifférents au monde qui les entourait ; un homme entre deux âges lançait un bâton à un genre de labrador qui lui ramenait obligeamment ; un couple de gens âgés, invisibles d’ici, et de dos, de surcroît, se dirigeait vers Bray-Dunes.

Emilio s’arrêta, il était sur un petit tertre de sable, une dune en somme, et il se roula laborieusement une cigarette le vent soufflait et dérangeait l’affaire.

Il ne regardait pas ses mains mais la mer. Il trouvait la mer haute, non pas que les vagues fussent nombreuses ou élevées, mais tout le bandeau de mer plus haut qu’à l’habitude – l’habitude du regard, c’est-à-dire l’habitude de la mémoire.

Et il pensait que la mémoire était une habitude de souvenirs, des souvenirs accumulés en mémoire, quand les évènements saillants du passé, qui marquaient de leur brillance comme un éclat de verre son passage sur le chemin, finalement se fondaient et se ramassaient en une immense mer d’éclats de verre, semblable à l’étendue devant lui.

Il passa sa langue sur la gomme de son papier à cigarette, et inclinant légèrement le regard, dans l’angle mort que celui-ci faisait avec les lignes de l’horizon, il repéra un objet au sol, un objet qui se distinguait du sol, qui s’en détachait, tant par sa couleur pâle que par sa texture diverse, laquelle empêchait justement tout reflet.

il s’approcha et distingua une petit rectangle de plastique blanc ; c’était une carte d’identité. Une carte d’identité du pays voisin : Kerkhove Lætitia, né à Namur le 15 juillet 1991, résidant rue à Gand, Renaat de Ruderstraat 65, 9041 Oostakker. Une carte d’identité ! Qui sait à qui elle appartient (ou qui sait qui est Lætitia Kerkhove) et depuis quand elle est là ?

Peut-être pas longtemps, peut-être est-ce la fille de ce couple, puisque ce ne peut être l’homme au chien ou la femme du couple âgé.

Mais le couple, visiblement dérangé par lui, a disparu, c’est à peine si l’on voit les formes de leur corps qu’ils ont laissées dans le sable grossier ou les herbes pliées.

Alors Emilio met la carte dans sa poche, et termine sa cigarette en venant effleurer le rivage. Ses pas sont mangés par l’onde. Après quelques silences, il fait demi-tour et revient vers le sentier et la voiture et la routine…

*

Chez lui, il pose ses affaires et, pris par l’immersion dans son domestique, il oublie complètement la carte qu’il abandonne sur le buffet, au milieu du courrier non ouvert et des factures négligées.

Ce n’est qu’un mois plus tard, alors qu’il lisait le journal avachi dans son sofa, en voyant une photographie qui accompagnait un article sur la rénovation du Lieu d’art qu’il repensa soudainement à la carte trouvée un mois avant sur la plage frontalière.

Un mois ! La pauvre jeune fille aura dû faire les démarches pour refaire sa carte, et lui l’a complètement oubliée ! Comment pouvait-elle savoir où elle était et, si elle était revenue sur ses pas, comment l’aurait-elle pu retrouver, puisqu’il l’avait séquestrée ? Jamais il n’avait songé qu’elle n’avait aucun moyen de le retrouver, puisqu’elle n’avait aucun moyen de savoir même que sa carte avait été trouvée, peut-être même perdue, et que c’était lui, Emilio, qui l’avait ! Jamais cela n’avait traversé son esprit. Il avait même pu penser, un quart de moitié de seconde, qu’elle avait été bien négligente de lui laisser ainsi cet objet entre ses mains, dans sa maison même, sans faire l’effort de l’en libérer, poids mort plutôt encombrant, compromettant même, car que pouvait bien faire un professeur de mathématiques avec la carte d’une mineure dans sa propre maison ? Mineure étrangère, qui plus est…

Cette passée outragée effacée, il saisit son téléphone et chercha les coordonnées de la jeune fille – ou de ses parents – sur les pages blanches belges. Il ne trouva rien à son nom de famille – mais cela ne signifiait rien : si ses parents étaient séparés, elle pouvait porter le nom de l’un et vivre avec l’autre… ; en cherchant mieux, il trouva la rue sur l’image satellitaire, et il parvint même à identifier la maison du numéro indiqué. Il ne parvenait pas, en jouant sur le zoom, à lire le nom inscrit sur la boîte, mais ce qui le frappa encore plus est que, à travers la vitre de ce qui pouvait être une cuisine, au rez-de-chaussée de la bâtisse, derrière un petit jardin, il y avait, attablés, deux personnes qui se faisaient face. L’une d’elle (celle de gauche) pouvait être une jeune femme. Celle de droite était trop floue pour être reconnaissable. Elle ressemblait plutôt à une espèce de monstre, haut, épais, noir, boueux. Et quelque chose se passait entre eux, une relation tendue, un moment de la vie, un moment où le destin se joue.

Même à travers la fenêtre, de l’autre côté de ces parois successives, écran, caméra, vitrage, Emilio saisissait que ce qui se tramait là, mais c’était la vie, la vie même, au moment où elle déraille, où elle quitte son lit tranquille, routinier…

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