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Le séjour [résidence Instin à Montpellier, 1]

Posted on 25 janvier 201321 avril 2013 by Benoît Vincent

Depuis le mois de décembre, à l’initiative de la Panacée de Montpellier, je suis en résidence avec trois autres membres du Général Instin : Patrick Chatelier, auteur et initiateur du projet, Eric Caligaris, musicien et plasticien et Sylvain Périer, SP38, affichiste. Notre mission : occuper un espace sur le site élaboré par Eli Commins et le centre d’art, Textopoly. Cet espace, Espace Autonome Instin est une perception flou, instinienne, d’un modèle de ville, inspiré par la visite de l’ancienne Ecole d’Application d’Infanterie, à présent désaffectée et en attente d’un nouveau destin municipal (école, logements étudiants, tram). Nous visitons la ville avec des yeux hallucinés, nous brouillons les pistes, nous mélangeons les itinéraires.

Le séjour des captifs


On leur a donné les clefs, on les a affectés à leurs cellules.

N°s 17, 33, 45. Eloignés, les uns des autres, ils ne pourraient pas sortir avant la fin de leur travail. Chacun à un angle du bâtiment, moins un.

Les cellules, bien que légèrement différentes, évidemment par leurs situations respectives, l’exposition, l’agencement des meubles et des pièces (ce sont des cellules spacieuses), et donc la lumière, l’encombrement, l’écho et la température, se ressemblent sensiblement. Mêmes murs et sols et plafonds. Mêmes coins cuisine, mêmes meubles. Mêmes lits, mêmes tables, mêmes menuiseries aux fenêtres, mêmes serrureries aux portes. Mêmes bruits, mêmes cafetières, mêmes théières. On a poussé le vice à rendre semblables les draps, les serviettes, les pommeaux de douche, les couverts, les casseroles, les poêles, les chaises, les tables basses, les rideaux, les lampes, les coussins, les assiettes, les verres, les brocs, les étagères, les planches de repassage et les fers à repasser, les serpillères espagnoles, les couvercles, les planches à découper, les économes, les passoires et les spatules. Le tout de la même marque suédoise.

On a poussé le vice à peupler des mêmes ingrédients les mêmes frigos et les mêmes placards : mêmes récipients pour le sel et mêmes récipients pour le poivre. Mêmes sachets de thé noir et mêmes paquets de café moulu. Mêmes bouteilles d’huile d’olive et mêmes bouteilles de vinaigre. Mêmes liquides vaisselle et mêmes poudres à récurer.

Même les clefs étaient identiques.

On les a laissés là, avec les mêmes paquets de pâtes (Penne rigate n° 73 et Spaghetti n°5, format familial 1kg), les mêmes boîtes de sardines (Sardines à l’huile d’olive vierge extra et au citron, la boîte de 135g) et le même filet d’oranges (prov. Espagne, le filet 1kg).

On les a laissés là, à travailler.

Parfois, on leur disait d’échanger leurs cellules. Ils n’y voyaient que du feu. Car 17, 33, 45 ou 33, 45, 17, ou même 45, 17, 33, quelle différence ?

Parfois on les laisser descendre avec nous, on se les prêtait, on jouait avec, ça les distrayait, ça nous amusait. Une fois par semaine, un verre de vin de Languedoc et une excursion dans la cour intérieure. Il y tournaient en rond, ne sachant que faire (dès qu’on les décrochait de leur table de travail, de leurs papiers griffonnés et de leurs écrans bariolés, ils ne savaient faire que ça : errer).

S’ils sortaient, c’était avec le bracelet de surveillance. Ils avaient interdiction formelle de quitter la ville. D’ailleurs ils ne la quittaient pas, préférant se cacher dans des bâtisses en ruine où, disaient-ils, il trouvaient des trésors. Ils semblaient heureux, quand ils rentraient, comblés, apaisés. Ainsi avait-on la paix quelques jours.

Ils se plaignaient souvent du froid, de la nourriture, d’eux-mêmes, mais ils avançaient, péniblement, dans leur tâche quotidienne. Malgré tout, et malgré tout ce qu’on leur reprochait (en réunion, ça y allait, la rue des Balances), et tous les motifs de récrimination ou d’agacement qu’on avait parcimonieusement notés dans un cahier neuf acheté à cet effet (notre cahier de doléances à leur endroit), notamment auprès de notre hiérarchie qui nous les a imposés, malgré tout disais-je, leur séjour leur était aussi agréable qu’il nous était profitable. 

Ils se rassérénaient de café, de thé et de cigarettes. Parfois un livre. Parfois une banane.

Ils accumulaient des images de leurs sorties hebdomadaires et prenaient beaucoup de notes. Chaque sortie était l’occasion d’une blague, d’un égarement ou de la perte d’un objet précieux, ou bien d’un coup de soleil sur le nez. D’un membre foulé ou brisé, ou d’un coup de parapluie sur le haut du crâne. Les gens, dans l’ensemble, étaient compréhensifs, et les laissaient faire, les laisser passer. Et ils passaient. Franchissaient tous les obstacles, malgré leurs nombreuses difficultés d’élocution, de compréhension, malgré leurs défauts et malformations. Leurs tares et leurs travers.

Bon an mal an ils traversaient les saisons, toujours. C’était comme des enfants — et on aurait dit qu’ils étaient en vacances, eux-mêmes. Ils n’angoissaient plus. Ils ne criaient plus la nuit et leurs douleurs dans le nerf radial, le bassin ou les métacarpes s’estompaient durant leurs passages.

Ils jouaient avec l’ascenseur, montaient, descendaient, montaient, descendaient. Il fallait les gronder. 

Ils se perdaient régulièrement dans nos couloirs, surtout lors des visites médicales.

Bien sûr, je ne dis pas qu’il n’y a pas eu quelques incartades, quelques excès de rires et de boissons, ni quelque jeune femme légèrement molestée (leur appétit est redoutable, il est vrai ; ils consommaient de la viande dès qu’ils pouvaient — et leurs pulsions… imprévisibles, surtout du côté de la chose.)

Régulièrement on les relâchait — eh bien : ils revenaient ! Régulièrement, ils revenaient passer l’éponge, goûter aux oranges ou refaire un enduit. Ils ne se lassaient pas et, s’il n’avait pas fallu les battre l’un après l’autre lors de leur dernier séjour, par mesure prophylactique (À quoi servent ces enfants, aurait-dit le Sénateur ?), les battre jusqu’à les abattre, ils auraient perpétuellement fait de bons compagnons de jeu.


±


INSTIN x TEXTOPOLY 0. Instin x Textopoly : présentation • 1. Le séjour • 2. Première visite à l’E.A.I. • 3. Le Septième Ciel, ou la folle machine fiction collective • 4. A.monument • 5. Préparation des ateliers d’écriture • 6. Des plantes et de la botanique • 7. Cimetières • 8. Du fait militaire • 9. Ailleurs (Sète, Cette, 7) • 10. Textopoly, petit précis de l’utilisateur

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