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Le réel est au passé

Posted on 2 mai 201310 mai 2013 by Benoît Vincent

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This and that, they must be the same
what is legal is just what’s real
what I’m given to understand
is exactly what I steal

Magazine _ Shot by both sides



Des pois mauves sur les pétales, t’as qu’à voir.



1.

C’est le printemps, et celui pour qui la saison a un sens, un être du tempéré, c’est l’émerveillement. Les fleurs qui reviennent, l’une après l’autre espèce, ruant comme un seul être vers la fin. On ne sait pas comment dire. On passe des mois dans la grisaille et la fadeur, puis arrive la petite drave printanière. Elle en a pour deux, trois semaines (et encore, si tu te déplaces, toi, de la plaine à la colline, de la colline à la montagne) ?

Elle en a pour deux, trois semaines, et puis c’est fini. Elle a été parmi les premières, et parmi les premières elle s’efface, ne laissant sur place qu’une hampe desséchée, perforée, peut-être pour une seconde génération.

Les autres s’activent déjà, l’herbe rousse, les véroniques, l’hutchinsie (ah l’hutchinsie), la clypéole, puis les capselles, les tabourets, les céraistes, le myosotis…

Le myosotis, le “ne-m’oubliez-pas”, comment pourrait-on l’oublier, il est là, toujours déjà là… Chaque semaine, une nouvelle vague arrive et remplace peu à peu la précédente et, quand on commence à dresser la liste des arrivées, on se retrouve propulsé dans un flux inexorable où l’oubli, justement joue sa part. C’est comme si chaque espèce nouvellement arrivée (et encore, on dirait fleurie, on est tellement hautain avec les feuilles) était un signal de la nuit.

Et puis, tout passe si vite. Déjà les luzernes et les trèfles, le coquelicot… puis les arbres, les chênes prudents, les cytises exubérants, les rosacées enivrantes. Puis les silènes, les orchidées, les prairies grasses de l’enfance… Puis les chardons, déjà, puis les lotiers, puis les graminées, puis encore les mélilots, les armoises, les lysimaques, les grandes apiacées, puis les chénopodes, les verges d’or… et c’est déjà la fin. Et deux, trois mois à attendre.



2.

Ce flux est permanent, mais en y regardant de plus près que dit-il, sinon l’éternel retour du même. En réalité, ce qui arrive est déjà passé.

Un souvenir, ou pire, un vestige. Des pois mauves sur un pétale. Je pense aux orchidées, aux nombreuses orchidées qui peuplent depuis des lustres nos paysages. Qu’est-ce qui a bien pu se passer, dans la rigidité de ce qui poursuit sa route, dans le sillage forcené, le pas soutenu, qu’a-t-il bien pu se passer pour que des fleurs telles que les fleurs des orchidées existent ?

Un travail lent et patient, pour assembler, ressembler, mimer, se faire passer, berner, gruger, l’insecte qui, s’il a faculté de se déplacer, s’il est plus jeune dans l’arbre de vie, se laisse ainsi prendre au piège.

Ce n’est pas une plante carnivore non, c’est une forme évoluée de la prédation : élégante ; intelligente. L’insecte — et pas n’importe quel insecte débarqué d’on ne sait où — bien telle espèce d’insecte vient se poser sur la fleur, sur son pétale transformé en piste d’atterrissage, équipé à cet effet des signalétiques appropriées. Et croyant féconder sa femelle, il féconde la plante.

Enfin, parfois. Sans compter les erreurs d’équilibrages, telle guêpe noire trop légère pour actionner les leviers du balancier qui portera les étamines à déposer sur son abdomen les grains de pollen, tel bourdon jaune et noir trop lourd pour permettre de poser un pied sur ledit pétale, sans compter tout cela nous savons à présent que bien des fleurs, de ces fleurs-ci et de bien d’autres fleurs, bien des fleurs ne se préoccupent plus de reproduction sexuée. Elles pratiquent l’autofécondation, le clonage, l’apomixie ou la cleistogamie. La reproduction sexuée (au moyen des organes sexuels qu’est la fleur) est en ce cas un complément.

Ou un vestige.



3.

Ce que l’on voit quand il défile, devant nous, le paysage — qui a dit que nous déplacions, peut-être le mouvement est-il tout à fait inverse : en marchant, nous faisons défiler le paysage ; n’est-ce pas évident dans un train, où nous sommes immobiles ? — ce que l’on voit est hors du temps. Il ne tient pas un instant en place. Il est déjà changé (ou parti, ce qui revient au même).

Ce que nous voyons ce que nous touchons, ce qui bien imparfaitement transpire, via nos sens, de Tout-le-Reste jusqu’à Moi-Je, est un témoignage du passé, il est tombé hors du temps. Ah oui, le temps, puisque le lecteur s’inquiète, le temps n’existe pas. Le temps c’est le présent. Le présent est tout le temps.

Alors tu vois cette fleur, cette magnifique orchidées aux allures d’hyménoptère, c’est un vestige du passé. Cette fleur ne sert plus à rien. Cette fleur est le jadis, comme ton petit orteil, ou les étoiles au firmament un reflet d’hier1.

Les montagnes ? Des océans pétrifiés. Les villes ? Des impressions en trois dimensions. Et toi, toi-même, le souvenir de ton repas d’hier, la mémoire de tes parents (et eux celle des leurs), et ton histoire déjà le récit au passé de quelqu’un à venir.

Il n’y a de vérité que dans l’eau, dont la mémoire, on le sait, est permanente, dont le volume est toujours le même et dont la capacité de dissolution et d’osmose est la formule même de la vérité, c’est-à-dire du labile et de l’oubli.


Ce texte est redevable à une discussion avec Natacha Anna-Marie Bourgine

  1. Mais on peut peindre l’ongle ou se repérer grâce à aux étoiles (merci N). ↩

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