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Lasagnes • Chapitre 15

Posted on 21 juillet 201421 juillet 2014 by Benoît Vincent


Petit à petit, pas à pas, mais tout aussi bien jour après jour et minute après minute, ou chaque battement de cœur, ou chaque nouvelle lune, ou chaque éjaculation ou chaque calice de vin savouré, ou chaque passage aux toilettes ou chaque pénétration, ou chaque page écrite, chaque page lue, chaque page déchirée, ou chaque film ou chaque disque englouti, ou tout aussi bien chaque mot après l’autre, ou chaque chapitre après l’autre, petit à petit, pas à pas, infiniment, infiniment lentement, tout cela que je vous raconte s’approche de l’oubli le plus total.

Ce n’est plus même l’oubli, c’est au-delà de l’oubli. L’oubli offre l’occasion du souvenir. L’oubli est l’ombre. Ce n’est pas rien. Là c’est rien qui menace.

Ne jouez pas aux innocents. Vous le savez très bien, vous-mêmes, empêtrés dans vos vies que vous jugez bancales et jamais assez remplies à ras bord d’activités les plus diverses, des plus dégradantes aux plus spectaculaires, des plus contraintes ou plus fantasmées. Ne faites pas les imbéciles. Vous savez que cette journée n’amènera pas grand chose. Vous vous levez plein d’entrain, et peut-être vous vous lavez et vous vous maquillez, vous vous apprêtez, vous vous préparez au grand combat du quotidien. Et puis vous vous couchez, désolé sincèrement de n’avoir pas accompli ne serait-ce que des bribes de votre programme pourtant soigneusement sur du papier (parfois vélin). Vous croyez n’avoir rien fait. Vous avez pourtant une journée de plus.

Or vous savez aussi pertinemment, ne me dites pas le contraire, que palpite en vous un volume secret, un recoin de vous travaille. Travaille chaque jour. Vous savez que ce que machine ce recoin dans son recoin, c’est, à la manière des délicats arachnides dans leurs toiles, ou de la murène fichée dans son rocher, ou des spores qui flottent dans des kilomètres d’air, ou des racines qui lentement forent et puisent en terre, ou même de ces minuscules alevins trop fragiles pour tant de rivière d’acier, c’est votre espoir prédateur. Votre patience est sertie dans ce désir carnassier, sans foi ni loi, qui à tout moment peut jaillir, surgir de son trou, tout à coup se présenter au monde, se rendre présent et se faire voir.

Vous tendez tous les filins de votre vie sur les surfaces du réel, avec ce seul et unique désir carnivore. Patiemment vous aussi vous tissez votre toile. Vous tendez ce piège à la vie. Vous vous croyez plus malin qu’elle ou, tout au moins, vous profiterez de la situation. Après tout, vous n’avez rien demandé, c’est vrai.

Bref, on peut vous en raconter des histoires. Vous n’écoutez rien. Vous êtres trop occupé à votre stratagème ontologique.

Alors laissez-moi tranquille, s’il-vous-plaît, avec Carlos Futuna. Car lui, voilà. Oui. Si. Lui cela fait maintenant un an, un an que, jour après jour, nuit après nuit, etc., pas à pas, il a vécu ce que péniblement il raconte. Une année, toute une année !


*

Une année à ressasser, une année à tenter de rendre l’inrendable, à tenter de toucher du doigt l’inestimable, l’infrangible.

Une année où, sous une pile crayeuse de bretelle d’autoroute, pile dont les fers venaient déchirer la peau, alors qu’il cherchait des renseignements sur un potentiel nième scandale politique et financier, Carlos Futuna a été agressé, puis conduit à l’hôpital local, où il est resté quelques jours en convalescence, avant d’être renvoyé chez lui, où il a pu méditer sur cet accident, et, par conséquent, sur le reste.

Il avait donc cessé de sortir, un peu, et s’était rencogné dans sa ruelle, méditant, dormant, peu à peu disparaissant.

Avait-il été sollicité ? Avait-on pensé à lui ?

Pour vivre, n’aurait-il pas simplement fallu qu’on l’inclue dans notre programme — certes bien chargé — et qu’on l’exerce, par une simple évocation, et qu’il se relève, qu’il fasse quelques pas sur le front de mer, qu’il aille boire un café dans le petit bar du coin, qu’il prenne peut-être même le bus pour aller au centre, marcher dans les rues sales, moites de la foule, hélé par les putes, agacé par les odeurs, excité par la tension… qu’il rentre fatigué et puisse enfin céder à la nuit… qu’il puisse dormir, qu’il s’y autorise, et qu’il s’autorise aussi à oublier, à oublier sa vie et celle de T., qu’il devienne quelqu’un d’autre, qu’il incarne un personnage en somme, et non cette vapeur de quelques mots, ce cœur sarclé de silence.

Il n’avait pas été sollicité. Oublié, lui-même, comment pouvait-il saisir l’oubli ? Il ne le pouvait pas et, comme un insecte abandonné dans une cage de verre, comme une herbe arrachée délaissée dans un seau dont l’eau fuit, il disparut, peu à peu, à mesure que d’autres fictions naissaient, se racontaient, se la racontaient.

Roman sans assise, et aventure sans consistance, Carlos Futuna s’évanouit comme il était la première fois venu. Sur un malentendu peut-être, mais aussi comme par magie. Apparu. Pouf. Disparu. Pouf. Et sans beaucoup de moyen, le voilà arrivé au clou de son spectacle, un spectacle bringuebalant de planches vermoulues et de tissus mités. Toute la vie du monde l’aura finalement étouffé. Ou englouti. Carlos Futuna accomplit le cycle de la matière. Il a passé tous les stades du réseau trophique.

Il n’attend plus rien, pas même la mort, car il sait qu’il n’y aura pas droit. Ce n’est pas comme ne pas avoir de tombe. C’est pire encore. Il ne peut jouir de la disparition. Il se fond. Il se liquéfie, il se pulvérise, sur les embruns dans les grains de sable, il est devenu l’estran. Le rythme intertidal lui convient. Il est ce mélange entre les matières, cette avilissement du temps ; il est étourdissement de tout ce qui retient. Il se dissout discrètement, et vaillamment.



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