Je pose ici que le thème de la nature ou de la séparation de la nature (de ?) est un thème éminemment politique, avant toute chose.
Poser ce débat en terme de contraste ou de confrontation entre l’espèce humaine et « le reste du monde » est déjà une entorse, un pas en avant, par rapport à la précédente assertion.
Mais trop nombreuses sont les apories — couplées avec un certaine méconnaissance de la chose, dont on pourrait se demander parfois si ce n’est pas du mépris ou de l’effroi — qui accompagnent ces discussions effrénées (je les assène à chaque fois : l’espèce humaine est naturelle ; la noosphère est le produit de la nature ; la phrase de Descartes ; les activités humaines favorisent certaines espèces ; les sciences naturelles sont des sciences humaines, etc), qui relèvent plutôt de la philosophie, et parfois même simplement du raisonnement le plus banal.
De sorte que les manquements philosophiques viennent en conséquence écorner les positions un peu trop affirmées qui manquent de saisir les enjeux politiques, et trahissent leur indigence dans ce champ.
La nature, le thème de la nature, est un thème politique : il n’y a pas de nature autre que politique, c’est-à-dire quelque chose qui relève de la séparation même, c’est-à-dire de l’identité d’un groupe (humain, ici, mais vivant en général) vis-vis de son entourage : c’est même précisément la définition fondamentale du milieu par rapport à l’environnement pour la tique de Uexküll.
La nature est l’environnement ; le monde humain, propulsé par son appareil symbolique, dont l’outil principal est la langage, en tant que phénomène général dans les temps et les espaces, ou bien en tant que communauté autonome, isolée hic et nunc (pour l’étude) agit sur son milieu et c’est cette relation privilégiée qui définit d’ailleurs le milieu.
Du fait de la capacité intellectuelle de l’espèce et de ses artefacts sophistiqués de communication (internet en tête), la communauté humaine se présente aujourd’hui dans le même temps pratiquement sur l’ensemble du globe : le milieu de l’humain est donc immense — et cause sans doute des dégâts soupçonnés et insoupçonnés. L’un des problèmes principaux, et celui précisément sur lequel on ne parvient pas à avoir prise, est que cette communauté humaine est largement colonisée par l’un de ses membres, le membre occidental, lui-même piloté par les États-Unis. Que des États-Unis viennent l’essentiel de nos idées philosophiques contemporaines en la matière devraient pourtant nous mettre la puce à l’oreille.
Alors de deux choses l’une : soit on décide que la nature est l’ensemble du Dehors, univers hors-Terre compris, et dans ce cas là on ne sait pas distinguer entre votre salle-de-bain et l’Amazone (ni Alpha du Centaure) ; soit on décide que chaque espèce (et donc, paradoxalement, chaque individu) « gère » son propre milieu, aussi restreint ou étendu soit-il, en relation avec les milieux des autres individus/espèces, et créant ainsi non seulement des frictions, mais aussi des fusions, des échanges et des communications, et ceci quel que soit le « poids létal » de cette espèce. Certes le scorpion a plus d’ennemis que la mouche, ou l’orque que le dauphin, mais enfin, ce n’est tout de même pas la responsabilité de l’humain si les choses se déroulent ainsi dans la nature !
Considérer que nature et espèce humaine sont non seulement irrémédiablement séparées mais surtout en guerre du fait de la volonté de destruction de la première, et ce notamment du fait de la manière dont cette espèce organise les relations entre ses membres et, pour tout dire, se structure politiquement, sous-entend justement que cette structure politique est inopérante ou viciée. Par conséquent, il est d’abord urgent de balayer devant sa porte, afin de retrouver une expression politique digne de ce nom — et si ce n’était pas assez clair, essentiellement dans l’Occident post-politique qui est en train de perdre totalement ses aspirations politiques (UE, USA, guerres) — le même Occident qui s’enorgueillit de ses gestes écologiques ou écologistes, et voudrait les imposer aux autres communautés humaines.
Et il est urgent qu’on laisse les société autonomes non occidentalisées (voyez la carte du monde, ou le grand désir de chamanisme) ou la nature comme environnement tranquilles.

merci de confirmer, de donner force et arguments à mes vagues intuitions
Merci Brigitte, et salut !
C’est un travail de longue haleine, et je ne suis, je le crains, qu’au début.