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Flaubert

Posted on 5 septembre 200724 avril 2023 by Benoît Vincent

Et que dire de neuf de Gustave Flaubert ?

Flaubert nous apprend à rire de la bêtise, mais cela n’est pas encore de l’art. A la discerner, c’est Homais. Plus fort : à la voir en soi, et c’est Bouvard et Pécuchet. Enfin à la trouver belle : c’est Félicité ou Emma.

La Bovary, c’est moi, nous fait-on croire qu’il dit, dans ses élans épistolaires, mais sans qu’aucune trace écrite réelle ne le prouve. Or elle lui colle à la peau. Ce n’est pas seulement pour rire. Flaubert c’est l’individu prisonnier de son époque et nostalgique de certaines légendes du passé… Il aurait aimé être Hugo sans doute, il ne supportera pas Zola.

Flaubert, de tous ceux- là, avec pour exception Stendhal, restera important, l’a été et le demeurera pour de nombreux écrivains modernes (Joyce, Faulkner, Woolf, Proust) ou postmodernes (Sarraute, Robbe-Grillet, et au-delà), parce qu’avec Flaubert, au- delà des immanquables portraits de villes de Province, bêtise humaine générale, amours compassées, personnages moins ridicules que pathétiques, au- delà même du rituel flaubertien de l’écriture : lettres à Bouillet, du Camp ou Collet, gueuloir, heures passées au style, documentation titanesque, on arrive au final avec ce subtil et discret retournement.

Madame Bovary, c’est moi !

Que faire après ça, sinon relire encore ce roman fantastique. Dans tous les sens du terme. Flaubert c’est du réalisme en anamorphose, on se déplace dans un monde aux têtes courges, aux membres élastiques et aux caractères excessifs. Lisant Flaubert, les images de Bill Plympton me viennent.

Des têtes qui se déforment, des corps sur lesquels le réel s’écrit, littéralement. Il n’y a qu’à lire la mort d’Emma, c’est édifiant. Seule la dépouille d’Emma semble dormir, quand ses cerbères ou huissiers ont déjà passé dans l’autre monde.

Félicité sanglotait :
— Ah ! ma pauvre maîtresse ! ma pauvre maîtresse !
— Regardez-la, disait en soupirant l’aubergiste, comme elle est mignonne encore ! Si l’on ne jurerait pas qu’elle va se lever tout à l’heure.
Puis elles se penchèrent, pour lui mettre sa couronne.
Il fallut soulever un peu la tête, et alors un flot de liquides noirs sortit, comme un vomissement, de sa bouche.
— Ah ! mon Dieu ! la robe, prenez garde ! s’écria madame Lefrançois. Aidez-nous donc ! disait-elle au pharmacien. Est-ce que vous avez peur, par hasard ?
— Moi, peur ? répliqua- t-il en haussant les épaules. Ah bien, oui ! J’en ai vu d’autres à l’Hôtel-Dieu, quand j’étudiais la pharmacie ! Nous faisions du punch dans l’amphithéâtre aux dissections ! Le néant n’épouvante pas un philosophe ; et même, je le dis souvent, j’ai l’intention de léguer mon corps aux hôpitaux, afin de servir plus tard à la Science.
En arrivant, le Curé demanda comment se portait Monsieur ; et, sur la réponse de l’apothicaire, il reprit :
— Le coup, vous comprenez, est encore trop récent !
Alors Homais le félicita de n’être pas exposé, comme tout le monde, à perdre une compagne chérie ; d’où s’ensuivit une discussion sur le célibat des prêtres.
— Car, disait le pharmacien, il n’est pas naturel qu’un homme se passe de femmes ! On a vu des crimes…
— Mais, sabre de bois ! s’écria l’ecclésiastique, comment voulez- vous qu’un individu pris dans le mariage puisse garder, par exemple, le secret de la confession ?
Homais attaqua la confession. Bournisien la défendit ; il s’étendit sur les restitutions qu’elle faisait opérer. Il cita différentes anecdotes de voleurs devenus honnêtes tout à coup. Des militaires, s’étant approchés du tribunal de la pénitence, avaient senti les écailles leur tomber des yeux. Il y avait à Fribourg un ministre…
Son compagnon dormait. Puis, comme il étouffait un peu dans l’atmosphère trop lourde de la chambre, il ouvrit la fenêtre, ce qui réveilla le pharmacien.
— Allons, une prise ! lui dit-il. Acceptez, cela dissipe.
Des aboiements continus se traînaient au loin, quelque part.
— Entendez- vous un chien qui hurle ? dit le pharmacien.
— On prétend qu’ils sentent les morts, répondit l’ecclésiastique. C’est comme les abeilles : elles s’envolent de la ruche au décès des personnes. Homais ne releva pas ces préjugés, car il s’était rendormi.
M. Bournisien, plus robuste, continua quelque temps à remuer tout bas les lèvres ; puis, insensiblement, il baissa le menton, lâcha son gros livre noir et se mit à ronfler.
Ils étaient en face l’un de l’autre, le ventre en avant, la figure bouffie, l’air renfrogné, après tant de désaccord se rencontrant enfin dans la même faiblesse humaine ; et ils ne bougeaient pas plus que le cadavre à côté d’eux, qui avait l’air de dormir.

On songe aux Comices agricoles, à la casquette de Charles Bovary enfant, mais ce passage incarne le mieux où se trouve le romancier. Il est le premier à ne pas être exclu de la scène ; il est partout présent, sous chaque ligne écrite, et de nos jours encore, il est le seul, l’unique, à avoir l’air de dormir.

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