Skip to content

Menu
  • La maison
    • Benoît Vincent…
    • 20 ans d’Ail !
    • Index
    • Finie la serendipité, vive la folksonomie
    • Thèque
    • Liens
    • Sur le logo
  • Publications
    • Paramar | avec Emanuela Schiano di Pepe
    • Synovie (Rhizes – Pholques) | Avec Laurence Morizet
    • Féroce
    • La littérature inquiète
    • L’entreterre
    • Un de ces jours
    • GEnove. Villes épuisées
    • Local héros
    • Farigoule Bastard
    • Pas rien
  • Textes
    • Fragments
    • Continue poésie
    • Critique chronique
    • Notes cénologiques
    • Pistes et sillages
    • Polémiques
    • Secrétaire
    • Vademecum
  • La littérature
    inquiète
  • Chantiers
    • Travaux en cours
      • De par la ville de par le monde
      • Résidences
      • L’affaire Panitza
      • Bobines
      • Vorace
    • Général Instin
    • Travaux non édités
    • Musique
  • Rencontres
    • Agenda
    • Résidences de création
      • Conversation Générale
        avec Emanuela Schiano di Pepe | CHBD 2024
      • Archivive | IMEC 2024
    • Ateliers
    • Contact
  • ĐeĦors >>>
Menu

Farigoule Bastard

Posted on 7 octobre 201116 mars 2024 by Benoît Vincent

Un texte inédit initialement écrit pour Farigoule Bastard.

 

 

15

Je suis Lu-Ué. Je me suis installé ici car j’y avais un cousin, un cousin éloigné — il était du Xiang Shan, je suis du District 9. Pour nous, ici ou là c’est pareil, pareil, il n’y a pas de différence, nous sommes insensibles aux saisons aux températures. Nord Sud pour nous ne signifie rien, nous sommes entre cela, plus que cela, nous sommes cela en même temps. J’ai aidé Wei à l’entrepôt quelques semaines puis, devant mon zèle et mon enthousiasme, il m’a autorisé à l’accompagner dans ses démarches “administratives”. C’est ainsi qu’on appelle entre nous le fastidieux travail de recherche de locaux, d’achats de terrains, et de contrats de “partenariat” avec des entreprises locales. C’est un vrai labeur, très quotidien, toujours physique, de marches à travers les rues pour rencontrer tel ou tel édile ou notable, pour négocier les chiffres et les retours, pour acheter aussi le silence qui est la paix qui est l’absence de tout mouvement. Nous voyageons beaucoup, tu sais, mais nous rêvons tous, au fond de nos ventres, à un lac calme, profond, insensible, ni aux températures, ni aux saisons. Nous portons cette boule en nous, ce pôle d’antimatière, d’antigravité, nous le portons en nous jusque dans nos plus rocambolesques aventures — et combien y en a-t-il ! Vous ne savez rien de nous, vous nous regardez impavides passer comme des vaches, les trains. Si cela vous chante. Vous pourriez faire un effort, apprendre notre langue, feuilleter notre culture, vous baigner aux sources de notre Esprit. Mais non. Nous sommes silencieux, solennels et peu revendicatifs — vous nous laissez passer (ce n’est pas le cas de tous !) C’est bien le signe qu’entre vous, qu’à l’intérieur de vous-mêmes, les plaques frictionnent. Les fissures de creusent. Les taches d’huile s’exorbitent. C’est signe qu’entre vous, qu’à l’intérieur de vous-mêmes, les parois se séparent, les contraires se répulsent. Vous n’avez pas grandi, vous restez fichés dans le souvenir ou la nostalgie. Vous n’êtes pas plus pathétiques que nous : mais vous semblez plus tristes — même si vous faites des efforts surhumains pour n’en laisser rien paraître. Je l’ai appris en voisinant vos villes, et côtoyant leurs habitants, hagards, et dînant avec leurs édiles et notables, puissants au-dehors, pulsant au-dehors leur appétit de puissance, leur délire de reconnaissance, et pour nous : un drap blanc. Un drap qui tend à se déchirer. Un drap maculé des taches de sang ou de sperme des premiers émois. Vous êtes des enfants, et nous avons six mille ans et même plus. Nous ne faisons qu’un, et pour nous le monde n’est pas discret. Mon cousin Wei m’a laissé la charge d’un quartier en ville, et une entreprise dans les déserts que vous avez construits. Je suis assez tranquille. Pour ce qui est du restaurant qui est au centre du quartier, je songe à faire venir ma femme, mes frères et sœurs, j’ai maintenant assez de lieux à peupler. Votre monde est tellement singulier ! Vous ouvrez de grands vides et les laissez pantelants de silence et de mort. Vous ne vous arrêtez jamais. Vous êtes pionniers dans un monde cent fois repassé. Vous êtes les découvreurs d’hier. Vous enfoncez des portes ouvertes et vous ne regardez rien. Vous ne savez pas voir. Vous ne savez ni observer, ni scruter. Vous êtes devenus aveugles tant vous êtes sûrs de vous -mêmes. Fais attention, étranger, on peut choir de soi-même, on peut quitter sa maison. Je sens cette inquiétude de la couture en toi. Il y a un petit tourbillon qui se forme, sache l’écouter, sache l’écouter et reste en paix. N’approche pas trop près de ton bord. Tu peux tomber très bas. Très bas. Tu peux tomber de toi, très très bas.

 

Partager la publication "Farigoule Bastard"

  • Facebook
  • X

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Livres

Benoît Vincent - Féroce - Bakélite 2024

Benoît Vincent - La littérature inquiète - Publie.net 2020 Benoît Vincent - Un de ces jours - Publie.net 2011, 2020 Benoît Vincent - L'anonyme - Publie.net 2010, 2020

 Benoît Vincent - Farigoule Bastard - LNA 2015 Benoît Vincent - GEnova - LNA 2017

Benoît Vincent - Un de ces jours - Publie.net 2018  Benoît Vincent - Local héros - Publie.net 2018

Général Instin - Climax - LNA 2015  Général Instin - Spoon River - LNA 2016

Articles récents

  • RIP Hélène Sturm 16 février 2026
  • RIP Francis Hallé 1 janvier 2026
  • La nature est politique 10 août 2025
  • Vorace §77 1 août 2025
  • L’attrait des larmes 4 juin 2025
  • Instances et régimes de réalité
    (Notes cénologiques 6)
    19 avril 2025
  • Objet de culte 16 avril 2025
  • Fragment 6 avril 2025
  • Fuck news 3 avril 2025
  • Fragment 2 avril 2025
  • Fragment 1 avril 2025
  • Fragment 31 mars 2025
  • Vive la guerre ! 6 mars 2025
  • Films 2025 6 février 2025
  • RIP Marianne Faithfull 31 janvier 2025
  • Le — prologue 18 janvier 2025
  • RIP David Lynch 15 janvier 2025
  • Dans cette maison, sur ce matin 25 décembre 2024
  • Stufo dell’America 23 novembre 2024
  • Vorace §83 21 novembre 2024
  • Vorace §82 21 novembre 2024
  • Organon général 29 octobre 2024
  • Archivive — conclusion 25 octobre 2024
  • Archivive — sous nos yeux 24 octobre 2024
  • Archivive — fleurs 21 octobre 2024
  • Archivive — le souterrain numéro 7 19 octobre 2024
  • Archivive — on n’en sort jamais 17 octobre 2024
  • L’odeur d’un cri 13 octobre 2024
  • Archivive x Conversation générale — note croisée du soin et de la vie 9 octobre 2024
  • Archivive — chassez le naturel 26 septembre 2024
  • Archivive — L’IMMOBILITE 26 septembre 2024
  • Archivive — détour paysage 24 septembre 2024
  • Archivive — patrimoines ? 24 septembre 2024
  • Cartographie des habités — note d’intention 22 septembre 2024
  • Archivive — archimorte 20 septembre 2024
  • Archivive — deux ou trois mots sur la critique 20 septembre 2024
  • Archivive — catalogue du catalogue 20 septembre 2024
  • Vorace §14 25 août 2024
  • Vorace §43 16 août 2024
  • Vorace §95 8 août 2024
© 2026 | Sur une base de thèmes préconcus