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Ecrire (sur Paris)

Posted on 28 septembre 20097 avril 2010 by Benoît Vincent

Voir les photos accompagnant ce séjour.

Je ne peux pas dire que Paris n’est pas pour moi absolument lié à la littérature. Je ne me rends à Paris que pour la littérature parce qu’au fond j’aime les histoires qu’on raconte. Je voudrais d’ailleurs un Paris à moi, un Paris que je suis seul à connaître.

***

J’aime justement la ligne 6, parce que lorsque la rame commence à voir le jour,on passe à proximité des étages des immeubles. Et je fais tout pour pénétrer dans ces maisons. Je cherche à les surprendre. Ces gens. Un couple faire l’amour, une fille s’habiller ou se déshabiller. Un qui cuisine, une qui boit. Un qui dort, une qui fait une pipe. Deux qui se crient dessus. Un enfant regarde passer les trains. Un se demande quand il va. L’autre l’a résolu. Un compte ses billets, l’autre nettoie ses révolvers. Un lit, l’autre fait semblant. Une dort, l’autre lui tire dessus. Etc. Une fenêtre, dirait Bozier, et c’est tout un récit qui s’engouffre (ou déboule).

***

Le lieu le plus ouvragé de Paris, presque le seul centre historique de France que je sauverais, c’est St Paul.

***

On patientent dans les moches espaces du quartier de la gare de Lyon et ses immeubles comme des légos.

***

Un vieillard avec un costume élégant mais dégueulasse tire une chariotte pleine de cartons gras et dégueulant. Sa barbe est noire et il pue. Il passe dans le coin, deux fois que je le vois dans la semaine. Il s’approche d’un type qui lit le journal avachi à une table du bistro. « Ah tu es là, espèce de grosse merde flasque, j’espère que tu as tiré des guenilles des foutoirs de ta mère. » L’apostrophe est d’autant plus déroutante qu’elle est bien dite et si incongrue. Puis il passe. L’autre fois, en croisant les passants, dont ces bourgeoises coutumières, « Ah bonjour madame, j’adore les miquettes décolorées de ces putains de bénitier ». Il se marre et passe son chemin. Il commence avec une voix douce, ce qui incite les gens à prendre attention, puis il lâche son fiel comme on rote, sans crier gare et sans douceur. Les personnes en demeurent interloquées. Après il marche en titubant, tirant son caddy, et il se marre.

***

Au St René, spécialités auvergnates, où j’ai mes habitudes lorsque je dors dans le 12e (il est à la frontière, plutôt dans le 20e), le vin rouge de table vient du domaine Serre des Vignes, à la Roche St Secret-Béconne, où j’ai aussi mes habitudes : celles des fleurs, des paysages, du ramassage du thym.

***

Sur une place en béton sans âme, un groupe de jeunes a mis à terre un autre et le rue de coups de pieds. L’autre ne peut que crier « polizia, polizia ». Ils arrivent, car ils sont toujours là. D’autres arrivent et leur lancent des mots dans la gueule dans une langue que ni les policiers ni moi ne comprenons. Ceux-ci fouillent les deux qu’ils ont réussi à choper. D’autres, à une dizaine de mètres, leur envoient d’autres paroles, moins avec hargne qu’avec fronderie. Un jeune flic se dirige vers deux autres encore, qui le regardent froidement et fixement. Il les siffle (?), leur fait signe de s’éloigner comme un petit chien (sa voix) (??). Ils lui font un geste de la main qui signifie : On est bien ici, et Occupe toi de tes oignons. Il s’en détourne sans le montrer. Mais quelle est cette scène ? Ils rigolent. Les autres flics fouillent au corps les deux gamins. C’est un jeu, une danse, on dirait que rien n’est pas écrit d’avance.

***

Je cherche les mosaïques du Space Invader et chaque fois que j’en trouve une, je la prends en photo et la note sur mon plan. J’en suis à deux-cent cinquante-six.

***

Dans le métro, un théâtre de marionnettes s’improvise. Comme je prend des photos, un grand black très proche, cache son visage. C’est vrai qu’il a l’air d’un tueur.

***

J’ai erré comme un fou de X à X le blair sur le flair des putes en vain.

***

Boulevard Poniatowsky, je croise une fille genre tzigane, qi porte un chapeau et une chemise d’homme largement ouverte sur sa poitrine. J’aperçois distinctement l’un des seins. Elle me fixe, manifestement pas dans son assiette. On se croise enfin – ça aura duré une éternité ce regard. Je revois cette gamine et avec son beau sein me croiser dans la rue : cette vision m’arrache des larmes au ventre.

***

Les rues secrètes du 17e, à vélo, le dimanche, et au soleil. Le quartier de la porte Pouchet. Ou le canal St Martin, du côté des quais de Seine et de Loire. Ou même le château de Vincennes, comme un voyage loin. Je demande aux promeneurs Savez-vous où se trouvait l’université ? – Hein, quoi ? Un autre Ici on est à St-Mandé Monsieur Un autre Il n’y a jamais eu d’université par ici.

***

Le Roi du Café, boulevard de la Villette, l’un de ces bars uniques, de vraies brasseries, pleines de noirs ou d’arabes, où le café se boit sans honte, et dont le mobilier ou la décoration, souvent, sont parmi les plus classieux de tout Paris. On plonge dans les années cinquante ou soixante. Ça donne un charme fou aux bordures de cette ville. Et c’est bien : ça éloigne les teigneux. (Parfois je dormais rue d’Ornano. Comme on allait vers le nord jusqu’à la station, toujours cru que la ville était dans cette direction.)

***

J’ai mis mes doigts dans toutes leurs bouches.

***

Pourquoi croyez-vous que je marche hébété des heures durant dans les rues de votre ville ? Tel jour depuis Nation et jusqu’à Bercy, à travers les mauvais chantiers des boulevards… Tel autre de République à Bastille, à ne mimer aucune manifestation, pour trouver je ne sais quelle histoire ? Ces épingles enfoncés dans le périphérique ? Ces pas mouillés ou ces pieds fatigués, la faim au ventre, d’un KFC à l’autre, prenant le soin de ne rien prendre ? Se laissant porter par le hasard des carrefours ou les hoquets de la foule ? Il m’est arrivé de faire le tour de Paris en métro. Il m’est aussi arrivé de ne faire qu’une seule ligne tout un jour. Juste parce que le vent dehors et que les gens. J’ai suivi d’autres personnes, et me suis retrouvé dans des fêtes inattendues, ou bien compassées comme de vieux chiffons. Ou bien à discuter avec des ombres qui t’offrent du pinard, d’autres du shit. Je me suis fait ramasser par des flics une fois parce que je parlais Sterne avec un clochard. J’ai surtout essayé d’éviter les lieux qui sonnent faux, les lieux crasses de Paris, qui sont nombreux, les lieux satisfaits et de mauvais goût comme la couleur des autobus. Ou les lieux vides. Les lieux horripilement vide comme les alentours de Bibliothèque, quel ennui. Ou les lieux touristiques évidemment. Mais même là on s’amuse. Les petites putes aguicheuses de St Germain ou de Trocadéro. Elles aimeraient goûter du boiteux céleste. (c’est moi). Ou alors, à l’irlandaise ou à l’espagnole, faire semblant et faire croire qu’on fait la fête, mais jusqu’au bout, se pinter la gueule jusqu’à se l’excaver de rire. Se rouler par terre pour embrasser l’asphalte et se faire aplatir pour le revigorer. Se foutre à l’eau à poil, avec dans une main, un bouquet de rose, et de l’autre un téléphone portable où tu me parles. Ou arracher les panneaux des colonnes Morris, ou s’ouvrir le ventre chez Gibert Jeunes, ou crier à la Hune, ou péter les ampoules de la BNF. Ou les vitres du palais de Tokyo. Ou dérailler un métro suspendu de la ligne 13 (celle qui mène à Malakoff). Ou se jeter dessous. En un mot, la faire sienne, cette foutue ville, et devenir Paris.

…

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