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Désir, internet, littérature

Posted on 13 septembre 201024 avril 2023 by Benoît Vincent

1. Il est assimilé à un corps, le texte, c’est lui qui offre des sensations, des sentiments, une expérience sensible. | 1.1 Après tout le stylographe et la feuille de papier ou bien clavier et écran, la main est toujours là-présente. | 1.2 Et si notre outil favori, la main, faisait de nous des maniaques (* non de manie, mais de main) ?


2. Ce n’est pas le format qui induit le corps (encore que), c’est le texte qui est porté. Format, comme matériel utilisé pour la transmission du texte (i.e. : lecture, écriture et lir&crire), ne sont que des outils. On peut aimer les outils, oui. On peut préférer ce à quoi ils sont dédiés, et même la production (soyons matérialiste, demandons l’artefact !) qu’ils permettent. | 2.1 Le langage est-il un outil ? On ne va pas relire Mallarmé pour la distinction, la séparation des langages.


3. Parler de l’excitation, excitation de recevoir des courriels ou des pépiements, d’écrire à une personne en particulier, et patience de la réponse | 3.1 Impatience là-même où se télescopent les présents de la présence. | 3.2 On aime le nom de l’être aimé jusqu’au bout. | 3.3 Une étude montre que l’usage des réseaux sociaux, et notamment les plus rapides, Twitter par exemple, augmente le taux d’ocytocine dans le sang ; ocytocine, l’hormone du plaisir amoureux. Il est peut-être là le plaisir du texte.


4. Va-et-vient : quand une escalade de messages, dans la réponse, toujours venue, toujours plus loin.


5. Rencontre. Cette machine m’a sauvé la vie. Combien de personnes ou de livres découverts à travers un simple écran posé sur une table dans un salon ? Combien de rencontres imprévues ?


6. Des écosystèmes. Qu’est-ce qu’un écosystème ? Une forme de vie (biocénose) et un endroit où elle se meut (biotope). Si on imagine que la vie, c’est respiration/alimentation/reproduction, soit la dynamique, plutôt que le mouvement. Le lieu de son expression : le livre, l’écran, la portée musicale, etc. | 6.1 Alors oui, on peut assimiler le tout comme un écosystème et, en ce cas, littérature |lire/écrire| n’est qu’un élément d’un système. Pensons au schéma de la communication de Jakobson. Pensons au texte (« Texte veut dire tissu… » comme disait l’autre) : il ne serait qu’un état, à la limite (un état à la limite) entre deux dehors, deux extérieurs : la lecture. Un état initial : le texte qu’on lit (alimentation), le texte final (ou fini) : le texte que le lecteur lira (reproduction). Entre les deux : l’écriture, ou respiration. L’entre-deux. L’intertexte. (Un plan, une traverse, une coupe, un quartier, que sais-je ?) | 6.2 Puis il y a encore le code, le canal, et le contexte, chez Jakobson, mais ici aussi : canal-livre, ou canal-internet, peu importe. Code : langage articulé, ça suffit (ce n’est pas siggne plastique, ce n’est pas signe musique). Contexte : toutes données socio-économico-politico-culturelles externes : j’écris en français, car je suis français, avec la langue du XXIème siècle sur les villes du XXIème siècle par exemple. Mais la différence avec Jakobson, c’est la respiration, l’éternel va-et-vient entre les deux dehors : qu’est-ce que la respiration ? Un espace pour le souffle. Un vide constituant. Un vide animé. | 6.3 Ecosystème : oikos, la maison (le lieu, le site) et le système (ensemble de relations plus ou moins motivées entre éléments liés). | 6.4 Un lieu et ses réponses — un lieu et ses fonctions : comment habiter un espace, comme l’investir ?


7. Monde nouveau. Finalement, l’ouverture de l’écran (comme l’ouverture du livre) sur le monde : a modifié mon texte propre, a modifié aussi mon approche du texte. | 7.1 De l’hypertexte comme assembleur de réalités diverses, point de rupture, point de bascule, ou, comme on dit en italien parlant des correspondances de métro, coincidenza. Il y a un réseau, il perfore le monde, il y a des passages secrets. J’ai longtemps cherché, j’ai demandé à la RATP, un plan des galeries piétonnières du métro parisien — incapables de le fournir — mais c’est l’image : une ville souterraine [et j’insiste sur l’urbain (pourquoi emporter son iPhone en haut de la montagne de Miélandre ou à Aleyrac ?)] et des aller-retours, des impasses, des sens unique, des escaliers, des niveaux, des entresols… | 7.2 On peut se passer de l’hypertexte — sans doute. On peut toujours se passer des outils. Mon Chevillard, par exemple, il écrit tout dans sa tête, puis c’est au burin et au marteau qu’il achemine ses textes en support (d’où le galbe mordoré de ses bras musclés) ; c’est un stagiaire apprenti exploité sans doute, probablement en formation des métiers du livre, et à qui on inculque par exemple les avancées du droit numérique, qui, vilement, a tout saisi (à la main, d’où le galbe de ses doigts de cuivre) sur le net et via Over-blog. | 7.3 Exemple très bête, encore Twitter : avec ses contraintes a permis d’écrire, dans le petit gabarit de cent quarante caractères, les phrases désirantes de Punctum/Déchirure.

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