1. Préciosité peut-être, je l’ai conçu en m’accroupissant dans les lavandes. Et devant photographie inatteignable, j’ai renoncé. Alors j’ai cueilli les semences, les petites graines autour — toutes : prêtes — de la pelouse à barjavon. Barjavon, badasse, coris, fétuque, catananche, avénule, cytise argenté, germandrée, ononide, leuzée, gaillet, et même un liondent, des petits marneux….
Auteur/autrice : Benoît Vincent
30 juin
Aujourd’hui la mer est fermée dans un bloc de glace posé sur une table de schiste je le regarde fondre dans l’été qui explose J’y vois des robes mais des incendies mais des voitures encastrées J’y vois des enfants qui rient et pleurent et rient et pleurent et pleurent et pleurent J’y vois une amour…
Marcel Arland. La musique des anges, 1967
Je me suis enfin étendu ; la fatigue m’a fermé les yeux, cloué les membres, rivé le corps, vidé l’âme. Mais voici: Je n’étais rien, cependant je ne me sentais plus seul. C’est une approche qui s’annonce, je la devine, je l’approuve ; elle est en moi qui suis en elle. Immense, profonde, elle me…
4 juin
Aujourd’hui la mer est bleue.
Ouvèze pause
Danse agrions contre l’eau contre eux-mêmes, combats, élances dans le courant Danse des bleus en escadrille Puis chasse, réciproque, piquet, seul, avec vert. Un autre vert — présentations, abdomens, mais bleu a choisi et vert capitule Positionnement sur l’aulne Aimé de bleu qui plaque puis accroche, tordre le corps Puis vert tord et accroche à…
Amore mamma scheggia
1. Amore mamma scheggia nel fianco e sul seno un ronzio: è lacrima di dolore e delizie ‘Talia soddisfatta per la strada colmo di bucce e trucioli « li ho cresciuti io! » Non può lamentare i muri di canto ma lascia una sfregia nell’ogni mano accennata. 2. E’ Sicilia quando un’isola l’altra una lingua…
Echauguette et guet-apens
1. J’aime bien l’indo-européen, comme concept (je parle de la langue). Ça permet de justifier l’injustifiable. C’est une espèce de carte joker, dans un jeu trop serré. C’est une forme élaborée, sophistiquée, du sophisme du silence, comme un sophisme de l’absent (ad absentem ?) : une preuve par le vide. Ceci étant dit, je ne…
9 mai
Aujourd’hui la mer est piquante. Je m’enfermai tout le jour avec Chosta. Qui en avait à me raconter. Il en revenait. Il était plein de la steppe et de sa boue. Des loups, des bouleaux et des pins, et la raspoutitsa aux basques. Qu’est-ce que tu crois, moi le latino et lui le soviétique ici…
7 mai
Aujourd’hui la mer passe à côté de moi, comme une troupe de femmes, ou un banc de poisson, une nuée d’étourneaux. Je longe, sentier marin, le maigre ressac et la forte falaise. Le sentier est leur union mais il est étroit et pendu dans le vide. La mer est calme et argentée d’écailles La falaise…
Balaye le vent
On aurait voulu ne pas avoir à s’exposer, on pensait s’être retiré des affaires, on désirait rester étranger, on imaginait garder pour nous, on mimait l’indifférence… mais non, en vain, finalement. La stupidité des chefs d’ici, qu’on ne peut justifier à la raison que par la cupidité, qui s’appuient sur le cadavre démocratique de…
