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La gamine et la machine

Posted on 9 août 20139 août 2013 by Benoît Vincent

What did you dream?
It’s alright we told you what to dream.

Roger Waters


La gamine subprépubère arborait un ticheurte où était grossièrement représenté le drapeau américain, avec trente-deux étoiles et six bandes rouges et blanches.

Elle se tenait contre le muret, un truc dans la bouche, je ne sais pas quoi. L’air frondeur, passablement. Comment, autrement ? Le ticheurte était moche, mal fichu, vulgaire.

*

La machine est grande, semble aussi sobre que simple dans sa structure, comme on imagine. Elle bringuebale un peu quand elle est en marche. Un truc tape, qui ne devrait pas. Un truc qui à dû se défaire (mais qu’il se défasse ne semble pas nuire au fonctionnement général).

Plusieurs de ses parois sont non seulement tachées, mais bosselées. Des rayures, grandes, profondes. Des chocs, parfois même profonds, plus ou moins également répartis.

Elle est haute et large et on mesure mal à quel point elle est tellement plus effrayante et immense que prévu. Ce qui frappe le plus c’est sa simplicité, la simplicité de ses formes, de ses couleurs, et même de ses commandes. Quelques ampoules jaunes et vertes, une porte, un tableau avec deux cadrans à aiguille.

Rien que de très machinal. Essentiellement, ontologiquement machinal. Un paysage de machine, un silence de machine, cette très très ancienne présence au monde de machine.

La machine est immémorable.

*

Par ailleurs, la jeune fille commençe à trembler.

Car en effet voilà qu’arrivent les jours sombres, ce petit tunnel à traverser.

La semaine se passe, comme-ci comme-ça, comme on peut, mais passe. Mais voilà la pause hebdomadaire. Le samedi et son dimanche. Le dimanche et son samedi. Le sans-personne et le trop-famille.

Où es-tu ? Où es-tu ?

L’air frondeur, toujours, car il est un rictus pour l’angoisse qui déjà agite les genoux, semble gagner du terrain, venir du sol comme tout ce qui est archaïque.

Les bandes rouges et blanches se mélangent, les étoiles se décollent, se brisent à terre. Comment on fait quand on est une petite fille, pour résister aux mâchoires d’acier de la machine ? Comment on fait pour en sortir indemne ?

Et puis que se passe-t-il, là dedans ? Pourquoi ça me démange, là-bas dedans ?

Tout ce fourmillement sous la peau. Le corps, avec ses mèches qui se consument, ici, là, là… ses têtes d’aiguille plantées là, là, ici… ces têtes d’allumettes qui s’enflamment…

*

Je sais tout ça, je le sais. Je le sens, je le sais. Je le vois, je le sais. Je le comprends, je le sais. Toi tu approches mais c’est un champ, magnétique. Tu n’approches pas. Mais tu restes à distance. Il faut que tu restes à distance. Je veux que tu restes à distance.

La machine, avec son processus de machine, sa digestion (ou son langage) à elle, ses occupations de machine, la machine transforme la chair en autant de brins de fils ramassés sur des milliers de bobines colorées. (Tu ne sais pas ce que c’est que de vivre dans une usine textile, toi, alors écoute-moi). Elle te transforme en passé et plan de carrière et prêt à taux indexé sur l’inflation. Elle te transforme en force productive, productive d’amours, de liqueurs, de paroles, et d’énergie issue de tes bras ; elle te transforme en machine.

Tu le sais, tu le vois. Tu le sais, tu le sens. Tu sais tout ça. Tu sais que dans ton processus de fille subprépubère tu mets le doigt (dans l’engrenage de la machine) et que ce truc ne va pas s’arrêter de tourner tout de suite, tant que tu n’es pas complètement essorée-rincée, morte.

Tu sais que tu ne devrais pas mettre le doigt mais avec ton ticheurte américain c’est déjà trop tard. Un vieux réflexe sans doute lié à ton âge incertain, un réflexe de survie, qui se traduit en larmes, cris, angoisses et gestes inconsidérés, ce réflexe te parle à l’oreille.

N’entre pas n’entre
N’entre pas n’entre
N’entre, n’entre pas dans
la machine

Comment on fait quand on est femme, déjà, pour résister, pour résister ?


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