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La jeune fille et la mort

Posted on 23 août 201024 août 2010 by Benoît Vincent

Je patientais un train, tard dans la nuit, dans une ville quelconque, une ville sans âme, une ville endormie.
Bien qu’en été. Bien qu’en été les terrasses étant remplies de rires et de joie et de désir dont je me sentais étranger, les quais de la gare étaient tranquillement vides. Un cheminot attendait son quart. Un jeune fumait de l’herbe sur le banc le plus lointain. C’était le quai le plus éloigné de la gare et à l’opposé on donnait sur des rues tout aussi calmes et désertes.

J’attendais depuis près d’une heure et m’ennuyais ferme, quand le cri a retenti. Une fille crie. Au début ça ne choque pas, on a l’habitude que, par jeu ou par provocation, le vendredi soir, une fille crie dans la rue. Sauf que les cris se sont multipliés, se sont répandus comme une cire, dans tous les recoins de la gare comme de mon esprit, de mon œil.

Un cri avale un œil — pensez-vous que cela soit possible ? Cela est. Je me suis levé et j’ai vu, oui, je crois, bien vu, deux ombres dont une à terre et ces cris, qui perduraient parce qu’ils étaient venus en moi maintenant, je ne saurais plus dire s’ils étaient encore dans l’air ou dans ma main, dans mon œil…

Que faire ? Les cris étaient là présents. J’étais enfermé sur le quai dans l’enceinte de la gare. La scène se produisait à quelques pas, mais dans une rue adjacente il fallait que je fasse tout le tour. J’ai traversé une paire de voies. C’est la première fois que je le faisais dans une vraie gare urbaine. De toute façon le passage était décentré par rapport au bâtiment et il n’y avait personne. J’aurais voulu, oh comme j’aurais voulu sauter le grillage, mais mes je n’en suis plus capable, physiquement.

J’ai traversé une seconde paire de voies. De quoi venir sur la dernière marge du quai, frôler la nuit là couchée. Me heurter aux grilles, et toutes les portes latérales sont fermées, à peu près sûr que personne ne sait où sont les clefs.

Je dois ressortir. Dans le « magasin » presse, le rideau de fer est baissé, une employée passe l’aspirateur. Pas de voyageurs. Ou à peine un ou ou deux, impotents. Dehors c’est la chaleur de l’été nocturne. De nombreux jeunes et aucun n’a fait attention aux cris. Ils sont trop loin de toute manière. Arrivé dans la rue en trottinant, il n’y a plus rien. Plus de cri, plus de bruit. Rien. Des ombres partout, des jeunes qui vont et viennent, épars.

Il y a la passerelle pour piétons au-dessus des voies. Cela fait encore d’autres ombres, cela fait d’autres recoins où planquer de l’hostilité, de l’agressivité.

J’avance un peu et distingue malgré tout une masse sombre sous un arbre. Je me roule une clope. Le temps est étrange. On peut le palper. On sait qu’il passe, on ne le retient pas pour autant. Et tout est ralenti extraordinairement. L’ombre se fond à l’ombre. Un gars se lève. C’est lui que j’ai pris pour l’agresseur. Elle parle fort. Il s’agite. Elle crie et elle pleure. Il se tait, la maintient fermement au sol. Je pose mon sac à dos sur le parapet, j’en sors mon briquet et allume ma clope. Ça donne une espèce de protection, comme une arme. En même temps quel besoin ? Lorsque je m’approche d’eux, il passe à côté de moi sans me regarder, il trace sa route. Je passe à côté de l’autre, qui est assise par terre, pleure. Me regarde avec ses grands yeux, suppliant. Elle se relève.

Je la dépasse, puis me retourne : plus rien. La rue : vide.

Je comprends qu’il est monté sur la passerelle, elle a dû suivre. Je m’avance : rien, pas d’ombre, pas de mouvement.

Je la vois. A l’entrée de l’escalier qui redescend de l’autre côté de la ligne de chemin de fer. Elle a grimpé à mi-hauteur de la rambarde. Putain. Ah, et elle pleure, et elle crie : « Tu voix Salim », d’un coup ça sort, « je vais sauter, je vais sauter ! Salaud (plaintif et trainant) ! »

Putain. Putain.

« T’entends Salim, je vais sauter, pour toi, je vais sauter ! Salaud ! Enculé ! »

Je regarde, atterré. Un type passe « Qu’est-ce qu’elle a elle ? — Elle va sauter » je réponds comme un con, puis je monte les marches quatre à quatre, l’autre m’emboîte le pas. Je crie à mon tour Non !, elle réagit, me regarde, son regard n’est qu’un long regard noir, des éclats de nuits qui heurtent la nuit même. Elle grimace atrocement. Elle descend de la rambarde, descend les marches en courant et disparaît dans la rue obscure. J’essaie de la suivre, mais je la perds vite. L’autre s’arrête aussi. Merci On se dit. « Parce qu’y’en a qui sont fêlés » dit-il. Oui. Bonne soirée. Bonne soirée.

Bonne soirée.

Au moment où se concassent en moi les pellicules de l’été, quand n’arrive plus que le pouls de l’attente ou du désir (mais cela revient au même), voilà cette histoire. J’aurais voulu la suivre, la retrouver, lui parler. Elle a disparu. Qui sait si l’autre s’est au moins tourné, pour la voir tomber ? Qui sait si elle l’a rejoint dans le creux de la nuit ? Qui sait si elle pourra aimer un jour à nouveau comme elle l’a aimé, lui ? Qui sait s’il ne l’aime pas ? Qui si si ce n’est pas simplement trop lourd, à leur âge, tout cet amour qui vous tombe sur la gueule ? Ou alors il s’en fout ? Ou alors elle croit à ses rêves, un peu trop ? Ou alors elle est enceinte ? Ou alors il la battait ?

On n’en sait rien, je n’en sais rien, je n’en saurai jamais rien. Ce que j’ai vu ce soir c’est une vraie histoire dans la vie vraie. Ça n’est pas gai. Mais ça tient, ça se tient.

J’ai traversé à nouveau toute la gare pour retrouver ma place sur le quai où rien n’avait bougé. Le train est arrivé tard, je n’avais plus envie de lire, d’écrire. Ça a tourné comme ça, la passerelle, leurs visages émaciés, suant. Ses larmes. Ses yeux sous les larmes. Ses yeux. Suppliant. Suppliant.

Et moi impuissant.

Impuissant.

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