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Farigoule Bastard

Posted on 29 juillet 201116 mars 2024 by Benoît Vincent

Un texte inédit initialement écrit pour Farigoule Bastard.

 

 

5

Je m’appelle Ierevan, mes amis, quand j’en ai, m’appellent Evgenj, et encore Zheka. J’ai vingt-sept ans. Je suis arrivé par la terre, ou par la mer, ou par les airs, qu’importe. Nous sommes venus six, et cinq ont effectivement posé le pied sur ton sol ; nous avons exigé des nuits qu’elles nous portent jusqu’à toi ou aux tiens. Nous avons excédé les limites qui nous avaient été imparties. Depuis l’enfance, nous luisions d’une pâleur clandestine et, partant, suspecte. Nous étions avides de cette lumière, nous clignotions. Nos mains s’allongeaient, et nous perdions peu à peu le goût du panais ou du raifort. Nous avions soif d’autres envergures. Nous attributs numéraux, et moi avions passé plus de temps dans l’uniforme couleur taupe de notre État pacifié que nus, allongés, la main sur la cuisse, brisés sur la ferraille de nos matelas à songer à des boissons + citron, à des cafés, au soleil, aux cultures de fruits. A des femmes moins pétries par les mottes de terre que par le désir. Moi je rêvais surtout à des femmes ; propres, aimables, affables. On avait un grand lac, et sur la suie noire de ses poissons goulus de vases passaient des bateaux, qui transbordaient je ne sais quelle marchandises pour vous autres, et nous n’étions pas plus mauvais chargement que les racines ou les épices, ou tout ce qui transite par les cahutes qui se font appeler port et sur quoi ingénument les bakchichs font office de cire sigillée. Nos pluies transperçaient nos vêtements et la faim ne les tenait plus. Alors moi, un feu jeune Frère, un cousin, et trois autres, nous avons chargé une palette pleine de nous-mêmes, car tel était notre office payé en liasses de billets, à croire qu’on se nourrissait comme des rats de cette paperasse qui n’achetait rien, et on devait encore les distiller nous-mêmes les bouteilles d’alcool moisi qu’on ne pouvait se permettre. Nous six embarqués par un ou deux autres, à qui on avait promis de ramener une part de lune — pas sûr qu’ils aient le cran ceux-là de sortir leurs sabots de leur glaire. On a passé les heures dans les cales, celles-ci ou d’autres, dans les trains, ou les avions, accrochés de fortune à un essieu, un carter ou un quelconque système précontraint fixé par frottement. Tu connais la rouille ? On l’a tutoyée et traduite, on s’est inspiré de son art et on est devenus tels. Et par chance, et par avalanches diverses et autres cabrioles, voilà qu’on débarque d’un pays l’autre, chaque jour plus sales, on avançait, on ne s’arrêterait qu’une fois atteinte la terre si longtemps allumée dans nos esprits. Quand j’étais petit, il y avait un livre avec des oies qui portaient des enfants en Cocagne. J’ai longuement patienté l’heure. Je suis resté assis devant le fleuve, à voir s’écouler l’eau comme du sable ou un rêve ; j’ai pris l’ombre et le soleil, j’ai longuement pissé dans le crépuscule. J’attendais le bon passage, le bon zodiaque inscrit dans le ciel à la cartographie rapidement incrustée dans mon cœur. Les nuages ont vogué, dessinant des formes grotesques et tour à tour majestueuses. Puis la corneille a crié une fois. Nos maigres économies ramassées dans une boîte de porphyre ou de jade, planquées dans un pan de bordure en dentelle de la Volodga, et passées de l’un à l’autre selon un ballet savamment mesuré (Klavdj avait étudié les mathématiques statistiques) de sorte qu’il ne soit jamais séparé plus longtemps d’au moins deux de nos affûts ; nous nous relayions en tout, et la mort de mon Frère a durablement déréglé notre machine, Klavdj peinant à trouver non seulement le laps pour, mais aussi les moyens physiques nécessaires (feuille propre et stylo fonctionnel) pour combiner une nouvelle rotation à cinq. Nous sommes arrivés en ballottant, comme des balles de tissus ou des poupées livrées au marché, dégueulasses, amaigris. En lieu et place de notre cœur, c’étaient mille kilomètres de privations, d’humiliations, mais aussi le vide de suffisance et de morgue, alors comme un seul corps, on s’est levé bien vite le genou qui par légèreté passagère, ou distraction, s’était posé sur ce qui allait devenir notre nouvelle maison possible, et on s’est mis debout…

 

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