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Nœuds 1

Posted on 30 septembre 200713 mars 2011 by Benoît Vincent

Je suis venu pour te voir. Mais j’ai changé d’avis. Je ne viendrai pas. Cette intention s’est éteinte. En effet, je me demande : je ne te connais pas ; pourquoi te déranger ?

Je ne peux même pas regretter que tu nous ai quittés : puisque tu n’étais jamais vraiment là. Et qu’est-ce que je me rappelle ? Je me rappelle le dos qui souffre et fait souffrir. Je me rappelle le sommeil lourd et les ronflements, et le fauteuil en faux velours marron, qui était râpé (et la tâche qu’au fil des jours ton crâne avait laissé sur l’immonde tapisserie à fleurs, sur le mur, derrière ce fauteuil). Je me rappelle l’odeur de celui qui ne se lave pas, ou se néglige. Me rappelle aucun jeu ensemble, sauf une fois, dans la chambre de mon frère, un genre d’avion et aune autre fois, là aussi (?), de la gymnastique. Me rappelle peu de peu de choses.

Me rappelle surtout l’usine, ces allées et venues entre les machines pour trouver ton ombre, ta silhouette. Me rappelle ces petits ciseaux d’écolier que tu avais toujours, et les bourres que ces fils une fois coupés faisaient, blanches et salies, accrochées à tous les tissus, à tous les vêtements. (Une centaine de machines qui tordent du fil synthétique (viscose, polyester) jour et nuit, et chaque jour de l’année, cela fait du bruit. Cela fait une rumeur permanente jusque dans la maison, et dans la rue, et le quartier. Comment accepte-t-on d’accepter cela ?)

Tous tes trajets étaient tissés par l’usine, c’était là ta maison. J’ai appris, comme mon frère je pense, à connaître l’homme que tu étais, et que tu es, dans ta nouvelle fuite, dans ton rapport à ton travail, et le savoir-faire qui en découle. J’ai attendu vingt ans et plus pour que tu m’apprennes quelque chose : les nœuds. Ce qui est quand même absurde. Quand on regrette les liens familiaux, et que l’araignée-usine tire les fils, et toi, tu m’apprends les nœuds !

Je me rappelle la mauvaise odeur de tes vêtements, mais aussi la calvitie, la haute stature imposante, et l’inaltérable impossibilité de dialogue, de partage, de quoi que ce soit (sinon les nœuds, le vaporisateur).

Et puis le jardin, peut-être, était la seule de tes activités non usinières. C’était d’ailleurs l’une des seules réunions familiales. Sinon les vacances. Etrange ce lien à la terre sur les flanc de la machine. Etrange lien que celui à la terre, quand l’imaginaire est parsemé d’odeurs d’huiles de vidange, de rouages, d’engrenages, de bruits de moteurs, de raccords électriques, de bordereaux de commande, de camions livrant ces palettes, enlevant d’autres palettes.

Bien sûr, ton absence environnante (environnant jusqu’à ton être) laissait du large qu’il fallait bien occuper. Moi c’était plutôt dans le refus, peut-être la résistance, à celle que tu abandonnais sans qu’elle te retrouve non plus. Ç’a été les jouets, les revues, les livres, et puis très tôt la figurine. La figurine, c’est le désir d’en finir, de quitter tout ça, sachant qu’il y a autre chose ailleurs, chez d’autres, dans d’autres pays. Et puis chemin faisant, c’est la vérité qui fait sens : une conscience politique mouvante, une certaine vulgarité, l’alcool, une certaine duplicité ; une duplicité certaine. La figurine s’éloigne et s’éloignant, bien qu’ayant appris ce que ces mains sont capables de faire, une grande mer d’amertume sur un échec de parole, et sans reproche aucun, le constat tranquille de ton absence de fierté. Sans être vraiment ce qu’on appelle « un homme », tu n’a pas été « un père » et tu n’es pas « un époux ». Et sur ces débris il faut construire. Devenu père à mon tour, je n’ai pas à me rappeler ce qu’il ne faut pas faire. Je ne t’en veux même pas, car je ne sais pas la nature des liens qui nous unissent. Nous sommes étrangers. Je crois bien que nous sommes plus que différents.

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