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Litière de fortune [Pays d’Aix]

Posted on 9 juin 202416 avril 2025 by Benoît Vincent

Pour le boulot, je sillonne les routes et me gare n’importe où, et les dévale et remonte comme saumons les rivières.

Ce jour, entre Luynes et Gardanne, je me gare dans un recoin de poussière. Il a plu longtemps, mais c’est comme une éponge : déjà tout est volatile, les essences comme les esprits.

Là où je trouve à me poster, il y a une fille, jeune, probablement de l’Est. Comme je me prépare à sortir, elle s’est avancée vers moi, je la vois dans le rétroviseur, l’ai inquiet. Elle est curieuse et suppliante, je lui fais un geste du menton pour dire, non c’est pas pour ça, je suis pas là pour ça, et elle décanille fissa. Le temps de rassembler mon matériel pour mes inspections de route, et de sortir du véhicule, elle n’est plus là, il n’y a plus personne.

Un quatre-quatre est passé, en effet, venu de la combe au nord, qui sait ?

Je dois patienter pas mal pour traverser à pied la route, il y a un trafic de dingue. Je parviens à traverser. Je vais vérifier l’étanchéité d’un gourd qui vient se jeter dans le fossé longeant la départementale. Je dois vérifier les niveaux du ru. Il y a en deux, parallèles, extrêmement courts à ce qu’il semble, mais pleins d’eau. C’est une véritable forêt humide qui s’est installée, forêt de fraisses piquetée de piboules. Bien qu’il fasse extrêmement beau et chaud, de gros lombards s’amoncellent sur l’Étoile et ils annoncent des orages violents. Faut se grouiller, ça tourne vite dans ces humeurs.

Un peu avant j’ai vu la Luynes au pavillon de chasse du bon roi René, qui est né comme moi à Angers et qui est mort comme moi peut-être à Aix. Il y avait des coureurs et des familles avec des poussettes, des enfants, des chiens. Je suis remonté en travers du talus où j’ai surpris un noir qui pissait dans un fourré. Il ne m’a pas du tout vu et comme je posai le pied sur l’asphalte il était déjà remonté dans son camion de travaux publics vers de nouvelles aventures dans le monde du vrd.

Je pensais à ça lorsque je parvins, après un champ de blé qui paraissait abandonné, plein de bleuets et de coquelicots, à une orée de ma petite forêt. Il y a avait des arbres sur bien cinq ou six rangs des deux côtés, ce qui pouvait indiquer une nappe assez riche et peu profonde. Juste après l’orée, la main humaine avait façonné une espèce de cabane végétale, c’est-à-dire qu’on avait couché les herbes comme pour faire une paillasse sur une aire ronde de deux ou trois mètres de diamètre. C’était doux et accueillant. La fille peut-être ? Une autre fille ? Il y avait un ou deux sacs plastiques accrochés à des branches, je crevais d’envie de regarder dedans. Mais je n’avais pas le temps.

Je fis ce que j’avais à faire et me dirigeai, par la route, en contournant l’exutoire et le fossé, vers l’autre fraissée. Là il n’y a avait pas de trace humaine, à part les essarts du champs et les habituels déchets transportés par magie, ou les gravats descendus par gravité. Je finis et longeai à nouveau la route en direction de la voiture, en quête d’une pause du trafic pour pouvoir retraverser. J’attendis encore longtemps. De l’autre côté, je passai devant le lieu, au pied d’un pylône, où se tenait la fille, légèrement en retrait de la départementale. Il y avait là un tas de galets censé faire siège et, cachés derrière, deux sacs, un en plastique, un autre de sport de piètre qualité. Je réussis une fois encore à ne pas fouiller dedans, et je repris la voiture, démarrai, fis demi-tour, patientai un long moment de pouvoir m’insérer dans ce foutu trafic.

Je fis quelques centaines de mètres et me garai maladroitement sur un petit chemin qui était de suite barré par de gros blocs de bétons bariolés. Cette fois je repérai un autre de ces boisements de fraisse, mais celui-ci sans aucune trace de cours d’eau, même temporaire. C’était une forêt humide qui occupait une grande surface (les forêts de cours d’eau sont logiquement plutôt linéaires), et là encore je devais relever des éléments liés à l’eau. Le chemin poursuivait sur une vingtaine de mètres, puis s’arrêtait net devant une espèce de prairie très très vaste, indiscernable depuis la route. C’était une prairie humide, ou mieux, c’était pratiquement un petit marais, sans eau apparente, sans arbre non plus, mais cerné de frênes et où dominaient les laîches, ces plantes des eaux. Je fis mes relevés. C’était là aussi doux et frais. Agréable, comme le soleil tapait.

Puis je me décidais à pénétrer la forêt, ce qui est toujours un peu enquiquinant à cause des ronces, des moustiques éventuellement, et de l’inégalité du sol.

Pour le coup, il n’y avait pas tant de ronces (je honnissais les ronces), mais le lierre couvrait tout, et on discernait comme des tumulus, de terre ou de galets ? qui rendaient le parcours bizarre et désorientant. Dans la forêt, passée sa lisière, il n’y avait plus beaucoup de fraisses, mais de très grosses et probablement très âgées piboules, élevées, les plus hautes que j’ai pu voir jusqu’ici, une bonne vingtaine de mètres. C’est un arbre noble, la piboule, il me plaît. Il me rassure.

Il y avait pas mal de graminées aussi, et quelques orchidées, des pentecôtes ou penterotes comme on les appelle, à ce qu’il semble ; les fleurs étaient en fruit, mais ça y ressemblait.

Des déchets il y en avait pas mal aussi, bouteilles, machines à laver, gravats un peu partout. On entendait le trafic, et comment ! mais c’était comme si on en était séparé indéfiniment par cette barrière végétale ou plutôt par cette atmosphère forestière, quasi tropicale. Les forêts humides du sud sont exubérantes, mais noires et fraîches comme jamais.

Cheminant ainsi, avec mes gros vêtements, mes grosses galoches, tout mon attirail, j’avais l’air d’un épouvantail en même temps que d’un explorateur. Mais je goûtais surtout pour l’aménité du bois (le bon roi René aurait sans doute été d’accord avec moi).

Je cheminais malcommodément quand je découvris comme une espèce de clairière, enfin, les peupliers surplombait toujours, mais quelqu’un avait taillé (avec un outil, à en juger) les nombreux arbustes, épines blanches, fusains, pour délimiter là encore un espace de repos (ou de travail) à l’abri des regards. De nombreuses herbes sèches, les carex sûrement, tapissaient le sol. Il y avait des sacs accrochés, mais aussi un ou deux meubles rapetassés à qui mieux-mieux, et une couette, pliée dans l’un deux. La fille ?

*

La fille : elle se tenait devant moi, son sac de sport à la main, et elle dit : « Qu’est-ce vous faire ici ? » Probablement je m’étais assoupi, après m’être assis fumer une cigarette. Le foin de laîche sentait bon le soleil de printemps, et la voûte chuintante des piboules berçaient. Je me relevai, confus. « Pardon, je vous laisse, j’ai du travail.
— Moi aussi travaille. Tu sucer ?
— Hein ?
— Tu sucer, 50, ken 100. Et elle laissa tomber son sac, se dirigea vers moi et commença à dégrafer sa robe.
— Non, non , c’est une erreur, je ne veux pas, je dois filer ! »

Elle se renfrogna. Elle siffla un mot comme « Connard ! » ou « Porc ! » J’étais rouge de honte. Je voulais la prendre dans mes bras. Je lui dis : « Comment tu t’appelles ?
— Maria.
— Est ?
— Slava.
— Quel âge ? mais elle ne répondit pas. Elle s’assit par terre. « Tu cigarette ? » Je lui tendis mon paquet. « Toi pas dire police, je peux pas travaille ici.
— T’inquiète, Maria. »

*

Heureusement que c’était la fin de l’après-midi (et mon dernier contrôle de la journée), j’aurais plus pu travailler après ça. Je ne repasserai plus jamais dans ce coin. Je ne la reverrai plus jamais. Je ne sais plus si j’ai rêvé ou pas ce qu’il s’est passé après. Ne me revient en tête que la sérénité des peupliers blancs, qu’on appelle aussi « aubes » chez nous, et le lit des herbes, qui sentait bon, je sais pas, la coumarine, pourquoi pas. Je me suis demandé plus tard si on avait enlevé les inflorescences de toutes ces herbes. Il n’y avait plus que ça à quoi me raccrocher. Comment c’était aussi frais que doux, cette fichue litière de fortune.

 

texte retrouvé :
Pour le boulot, je dois quitter mes quartiers commodes, mon chien, ma mobylette, mes champs, mes canisses, mes roubines et le mistral pour aller à la ville. Depuis des années que je la côtoie, que nous regardons en chiens de faïence, ça n’a jamais été aussi difficile.

Je dois passer par mes petites routes, mais plus on s’approche, plus c’est périlleux. Ils ont construit partout, dans tous les sens et tout se ressembl,e je n’arrive jamais à trouver mon chemin facilement. Surtout, il y a trop de voitures partout. On est toujours arrêté. Si j’ai le malheur, et j’en ai souvent le malheur, de croiser par heure de pointe, ce sont des heures et des heures inutilement perdues, que je ferais mieux de consacrer à mes champs.

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