Il faudrait peut-être commencer par le commencement. Recommencer donc. Pourquoi ces notes cénologiques ? Qu’entend-on par cénologie ? Et qu’est-ce que la cénose ?
Le sujet est vaste et périlleux, aussi pour introduire cette note, j’évoquerai le phytosociologue Philippe Julve, qui parle de la phytosociologie1 comme d’une pratique scientifique, mais également artistique, politique, et même éthique. C’est en effet une blague, un peu. Mais ce n’est pas totalement dénué de bon sens.
Il n’y a pas de définition universelle de la cénologie, comme on peut l’imaginer, mais pour paraphraser le mot, si j’ose dire, on peut affirmer que 1. la cénologie est la « science » de la cénose. Par science ici, sous-entendu une science « naturelle’, on entend l’observation, la description, la classification d’un objet particulier, la cénose.
Ceci étant entendu, reste le plus difficile : définir la cénose.
La cénose, du grec koyné, le commun, est une entité discrète du vivant, indépendamment 1. de la phylogénétique, 2. des besoins nutritionnels, 3. de l’écologie… ou plus exactement, combinant nécessairement les trois — image saisissante mais compréhensible, comme j’ai tâché de le démontrer dans un article dit « scientifique ».
Les communautés sont différentes, qui sont reliées uniquement par la géographie (en vérité un espace-temps circonstantiel), ou bien par la génétique, ou par la ressource ; on peut imaginer des communautés liées par deux de ces traits combinés : la génétique + l’espace-temps (4) ; l’espace-temps + la ressource (5) ; la génétique + la ressource (6) ; . On peut également donner un nom à chacune de ces communautés (établir une typologie). Ainsi, respectivement, première orbite : (1) clade ; (2) assemblage ; (3) type biologique [également parfois nommée synusie] | deuxième orbite : (4) population ; (5) guildes ; (6) peuplement.
On est lié à autrui par le sang, le sol et une troisième chose qu’on ne sait décrire ou saisir : je dirai le droit, au sens où l’entend Aldo Schiavone (Ius) : il y a négociation et intercession, et par conséquent, nécessairement, un fond commun d’accord, qu’il soit linguistique ou culturel, voire religieux.
Mais je vais vite en besogne ; disons qu’il y a relation (c’est parfois l’une des conditions de définition du vivant).
Différents types de communautés sont alors envisageables, qui échappent aux seuls liens de sang, de sol ou de relation, mais combine par deux ou trois ces traits : chacune de ces communauté est une cénose, la cénose entière ou pleine est celle qui combine les trois. On ne peut raisonnablement définir une guilde ou un clade comme cénose pleine ou entière, mais comme une paracénose.
Mais avant de multiplier le jargon malheureux, retenons ceci : la cénose est une communauté d’êtres vivants, ayant des liens phylogénétique entre eux (et ils en ont nécessairement), qui partagent un extrait du dehors (la circonstance ou les coordonnées : la géographie, mais nécessairement aussi un temps, donc un espace-temps), et entretiennent une relation intentionnelle (prédation, reproduction ou leurs types dérivés).
La relation est un aspect fort complexe à décrire ou diviser. Si les êtres vivants n’ont que deux fonctions obligées (se nourrir/respirer, et se reproduire), celles-ci ne peuvent exister qu’en relation avec d’autres vivants (proies ou partenaires ; si ce sont des relations de protection, ou d’opportunisme, cela ne change rien au problème. Dans tous les cas on doit nécessairement se nourrir de vivant ou se reproduire avec des vivants ; on peut échapper à l’une des deux conditions mais pas aux deux conditions à la fois. Sinon c’est la mort, précisément ce qui n’est pas le vivant. Les cas extrêmes restent toujours des cas extrêmes (être autogames et autotrophes, êtres humains, virus).
Ces conditions posées, peut-être alors pourra-t-on aborder les méandres d’une communauté particulière, la société…
- Une sous-branche de la cénologie, j’y reviendrai. ↩
