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3. Sequentia (3)

Posted on 21 novembre 201030 décembre 2012 by Benoît Vincent

Séquence 3 : une herméneutique, c’est-à-dire une paraphrase, de When eye lay my hands on u de Prince.


Prince | When eye lay my hands on u | Live Monterux 2009

The message you’re about to hear is not meant for transmission
Should only be accessed in the privacy of your mind
Words are intense so my dear if you dare to listen
Take off your clothes and meet me between the lines

Le message que tu es sur le point de recevoir n’est pas censé être rendu public
Ne devrait être accessible que dans l’intimité de ton esprit
Les mots sont intenses, aussi, ma chère, si tu oses écouter
Déshabille-toi et retrouve-moi entre les lignes

Le refrain expose plus concrètement ce que signifie la mise à nu. Ce qui est en jeu étant le corps, le non-message est constitué des sens, du toucher, de la caresse. Cette caresse, si on ose aller vers elle, ou se rendre à elle, s’y abandonner, va placer le destinataire dans un état de folie, d’excitation et de honte. Cette folie va être brutale, mais cette brutalité n’est pas douloureuse, elle confine même à la sérénité. Brutalité et honte, dans le rapport commun entre deux êtres qui s’abandonner l’un à l’autre mais, dans le contexte amoureux, cet abandon ouvre pour toujours, c’est-à-dire pour un instant interminable, soustrait du déroulement temporel (et logique) du quotidien ; et à la joie, qu’on pourrait interpréter comme une espèce de grâce.

Are you ready for the touch that makes you go insane
Breast to lips to cheek to mane
I’ll pull your hair, you’ll feel no pain
Are you ready for the only forever we’ll both obtain
The only joy in this forsaken game
You’ll feel ashamed and ordained
When I lay my hands on you

Es-tu prête pour la caresse qui te rendra folle
Poitrine > lèvres, joues > crinière
Je vais te tirer les cheveux mais tu n’auras pas mal
Es-tu prête pour l’unique infini que nous obtiendrons tous deux
La seule joie dans ce jeu de hasard
Tu te sentiras honteuse et en vrac
Quand je poserai les mains sur toi

Le refrain présente également un petit blason réduit en une seule énumération, composée de quatre termes : Breast to lips to cheeck to mane/Poitrine, lèvres, joue, chevelure. Toute l’attention se réserve, dans une pudique évocation, à la partie supérieure du corps, et seuls breast/les seins nous renseignent sur le sexe de la personne aimée. Il y a bien entendu un doute quant aux lèvres, mais on ne réserve, en anglais, ce mot qu’aux aux lèvres de la bouche. Enfin mane peut poser question : ne pourrait-on pas le traduire par toison ? Ce serait je pense un abus de langage, excitant certes, mais erroné ; il évoque plutôt la femme noire maîtresse et sauvage à la chevelure abondante et proche de la crinière, que littéralement, le mot désigne.

La chanson se présente en tout premier lieu comme un message, c’est-à-dire littéralement une formulation qui est transmise, qui passe d’un destinateur (Prince) à un destinataire (simplement désigné par u à savoir « you » dans le code d’écriture cher à Prince ; u ne sera jamais nommé) mais d’emblée il est présenté comme non transmissible, ce qui signifie d’abord qu’il ne peut être impunément transmis, c’est-à-dire qu’il ne peut être transmis à n’importe qui. Ceci implique qu’il n’est destiné qu’à une seule personne, la personne aimée. A juste titre on peut se demander si, par conséquent, c’est réellement un message, un message qui ne serait pas à transmettre.

C’est en second lieu un message qui ne porte aucun message, car si on peut y avoir accès, comme un message donc qu’on réceptionne, on ne peut y avoir accès que dans l’intimité de son esprit. C’est ainsi que la personne qui le reçoit ne le reçoit pas vraiment, mais participe à son existence même, à sa naissance puisque c’est dans son esprit, dans l’intimité de l’esprit qu’il se formule, que donc, la personne connait déjà le contenu du message qui est donc un non-message, un impossible message à moins de télépathie. Son contenu n’est pas une déclaration, mais un savoir, une connaissance, une prescience, une empathie, une syntonie.

Le message est bien constitué de mots (qui sont intenses) et si les conditions sont réunies et qu’on se met en capacité de les recevoir, on aura accès au message. Mais là encore, ce ne sont pas les mots qui importent (puisque c’est un non-message), mais ce qu’il y a entre les mots, entre les lignes. Le message constitué de mots comporte un non-message constitué, lui, de non-mots, qui est déjà connu, et auquel il faut encore oser se rendre. Oser car pour saisir ce non-message constitué de non-mots et dissimulé par les mots du message, il faut encore se mettre à nu. Il y a correspondance entre la dissimulation du sens sous les mots et la dissimulation du corps sous les vêtements. Et l’un et l’autre vont de pair. Pour accéder à l’intimité du message (le non-message du message) il est nécessaire de passer par la nudité, l’intimité du corps.

The touch you’re about to feel is the one you’ve been wishin’ for
It’s been here like an echo inside your space and time
It’s about to get freaky cause the places that I’ll be kissin’
Are the places that no other man could ever find
Oh wind up ready for…

La caresse que tu vas sentir est celle que tu attendais
Elle était là comme un écho entre l’espace et le temps
Il y a de quoi devenir dingue parce que les endroits que j’embrasserai
Sont les endroits qu’aucun autre homme ne trouvera jamais

Cette caresse promise n’est que la résolution du désir, même inconscient. La destinatrice aspirait à cette caresse, elle constituait même son être profond puisqu’elle est écho entre espace et temps, c’est-à-dire entre les deux catégories a priori de la subjectivité selon Kant.

Mais si cette caresse est attendue et désirée, il s’agit d’entendre que celui qui va l’appliquer en sait « un peu plus » que le désir, car les caresses qu’il va prodiguer concerneront des zones du corps inconnues des autres hommes. C’est donc que le désir est aveugle et que celle qui se soumet à ma caresse ne peut savoir a priori quelles parties du corps vont être sollicitées. En effet elle ne peut connaître le ressenti qu’aucun homme n’a réussi à lui faire goûter.

La main experte, et responsable de son geste, en l’occurrence la caresse, s’oppose non seulement à l’abandon sauvage dont il va être question (l’ ordained du refrain), mais encore, par l’état de commune confusion, si on peut dire, que le couple va connaître (il s’agit d’être freaky, original, étrange) il démontre que le rapport sexuel, dans sa violence et sa transgressivité, cultive une forme de destruction de la règle sociale. Il s’érige contre la loi et la renverse, alors même que celle-ci lui est totalement et aveuglément inhérente, voire dépendante.

The touch that makes you go insane
Breast to lips to cheek to mane
I’ll pull your hair, you’ll feel no pain
Are you ready for the only forever we’ll both obtain
The only joy in this forsaken game (God forbid)
You’ll feel ashamed and ordained (God forbid)
When I lay my hands on you

Nobody knows
Like God knows
Where the deepest part of your river flows
Snap Snap
Undo these nylon hose
Around your thigh my finger goes slowly
Like a cat tip-toes
Until I reach the cat’s nose
I will touch thee in the softest manner
Like Europa in the hands of Santana

Personne ne sait
Comme Dieu sait
Où coule la plus sombre de tes rivières
Dégrafe tes bas
Autour de tes cuisses mes doigts lentement vont
Comme un chat sur la pointe des pieds
Jusqu’à ce que je rejoigne le nez de ce chat
Je vais te toucher de la plus douce des manières
Comme Europa dans les mains de Santana

Are you ready for the touch that makes you go insane
Breast to lips to cheek to mane
I’ll pull your hair, you’ll feel no pain
Are you ready for the only forever we’ll both obtain
The only joy in this forsaken game
You’ll feel ashamed and ordained
When I lay my hands on you
When I lay my hands on you

Le pont va rassembler et ancrer cette propension à une version sacrée de l’acte amoureux. Par le recours au sacré c’est, à mon sens, moins l’aspect religieux qui est évoqué, mais plutôt l’inscription radicale de l’acte amoureux dans un processus de la foi, et de la fidélité.

En effet, seule la mention du Dieu unique, seul être à savoir par avance ce qu’il va advenir et où, et notamment ce lieu, cette fois-ci inconnu de tous, sauf de la femme aimée : l’endroit le plus sombre, source de sa rivière de désir. A moins que l’homme ne soit Dieu lui-même, lui-même connaissant ce lieu, il ne peut que prendre la forme d’un vêtement auquel il se substitue : les bas, objet érotique par excellence et mimer, par une proximité si étroite le sexe même de la femme. n effet, on a une indécision concernant la métaphore du chat, dont les pattes sont les doigts qui cerclent les cuisses et qui recherchent cette source jusqu’à saisir le nez du félin, qui semble ici représenter le sexe féminin, traditionnellement.

Les derniers mots avant un troisième refrain finissent de décrire l’essence de cette caresse. Il fait référence à une chanson de Santana, musicien que Prince respecte beaucoup. Evoquer le jeu de Santana établit une comparaison entre les deux guitaristes, le premier étant révéré pour la douceur de son toucher. Mais le morceaux en question s’intitule Europa, nom à la fois d’une femme (violentée par ailleurs) et d’une terre. C’est donc le nom de la différence même (Santana — comme Prince — étant Américains, le premier du sud le second du nord) d’une la terre qui ne sera pas saisie comme un territoire à asservir mais d’une différence perpétuelle (thee dit Prince en anglais classique) à laquelle il conviendra de se rendre perpétuellement.


Ita missa est :

  • Minuscule requiem en fa dièse | 1. Introït
  • Minuscule requiem en fa dièse | 2. Kyrie
  • Minuscule requiem en fa dièse | 3. Sequentia (1)
  • Minuscule requiem en fa dièse | 3. Sequentia (2)
  • Minuscule requiem en fa dièse | 3. Sequentia (3)
  • Minuscule requiem en fa dièse | 3. Sequentia (4)
  • Minuscule requiem en fa dièse | 4. Offertorium
  • Minuscule requiem en fa dièse | 5. Communio
  • Minuscule requiem en fa dièse | 6. Absoute

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