Le réel est au passé

mai 2nd, 2013 § 0 comments § permalink

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This and that, they must be the same
what is legal is just what’s real
what I’m given to understand
is exactly what I steal

Magazine _ Shot by both sides



Des pois mauves sur les pétales, t’as qu’à voir.



1.

C’est le printemps, et celui pour qui la saison a un sens, un être du tempéré, c’est l’émerveillement. Les fleurs qui reviennent, l’une après l’autre espèce, ruant comme un seul être vers la fin. On ne sait pas comment dire. On passe des mois dans la grisaille et la fadeur, puis arrive la petite drave printanière. Elle en a pour deux, trois semaines (et encore, si tu te déplaces, toi, de la plaine à la colline, de la colline à la montagne) ?

Elle en a pour deux, trois semaines, et puis c’est fini. Elle a été parmi les premières, et parmi les premières elle s’efface, ne laissant sur place qu’une hampe desséchée, perforée, peut-être pour une seconde génération.

Les autres s’activent déjà, l’herbe rousse, les véroniques, l’hutchinsie (ah l’hutchinsie), la clypéole, puis les capselles, les tabourets, les céraistes, le myosotis…

Le myosotis, le “ne-m’oubliez-pas”, comment pourrait-on l’oublier, il est là, toujours déjà là… Chaque semaine, une nouvelle vague arrive et remplace peu à peu la précédente et, quand on commence à dresser la liste des arrivées, on se retrouve propulsé dans un flux inexorable où l’oubli, justement joue sa part. C’est comme si chaque espèce nouvellement arrivée (et encore, on dirait fleurie, on est tellement hautain avec les feuilles) était un signal de la nuit.

Et puis, tout passe si vite. Déjà les luzernes et les trèfles, le coquelicot… puis les arbres, les chênes prudents, les cytises exubérants, les rosacées enivrantes. Puis les silènes, les orchidées, les prairies grasses de l’enfance… Puis les chardons, déjà, puis les lotiers, puis les graminées, puis encore les mélilots, les armoises, les lysimaques, les grandes apiacées, puis les chénopodes, les verges d’or… et c’est déjà la fin. Et deux, trois mois à attendre.



2.

Ce flux est permanent, mais en y regardant de plus près que dit-il, sinon l’éternel retour du même. En réalité, ce qui arrive est déjà passé.

Un souvenir, ou pire, un vestige. Des pois mauves sur un pétale. Je pense aux orchidées, aux nombreuses orchidées qui peuplent depuis des lustres nos paysages. Qu’est-ce qui a bien pu se passer, dans la rigidité de ce qui poursuit sa route, dans le sillage forcené, le pas soutenu, qu’a-t-il bien pu se passer pour que des fleurs telles que les fleurs des orchidées existent ?

Un travail lent et patient, pour assembler, ressembler, mimer, se faire passer, berner, gruger, l’insecte qui, s’il a faculté de se déplacer, s’il est plus jeune dans l’arbre de vie, se laisse ainsi prendre au piège.

Ce n’est pas une plante carnivore non, c’est une forme évoluée de la prédation : élégante ; intelligente. L’insecte — et pas n’importe quel insecte débarqué d’on ne sait où — bien telle espèce d’insecte vient se poser sur la fleur, sur son pétale transformé en piste d’atterrissage, équipé à cet effet des signalétiques appropriées. Et croyant féconder sa femelle, il féconde la plante.

Enfin, parfois. Sans compter les erreurs d’équilibrages, telle guêpe noire trop légère pour actionner les leviers du balancier qui portera les étamines à déposer sur son abdomen les grains de pollen, tel bourdon jaune et noir trop lourd pour permettre de poser un pied sur ledit pétale, sans compter tout cela nous savons à présent que bien des fleurs, de ces fleurs-ci et de bien d’autres fleurs, bien des fleurs ne se préoccupent plus de reproduction sexuée. Elles pratiquent l’autofécondation, le clonage, l’apomixie ou la cleistogamie. La reproduction sexuée (au moyen des organes sexuels qu’est la fleur) est en ce cas un complément.

Ou un vestige.



3.

Ce que l’on voit quand il défile, devant nous, le paysage — qui a dit que nous déplacions, peut-être le mouvement est-il tout à fait inverse : en marchant, nous faisons défiler le paysage ; n’est-ce pas évident dans un train, où nous sommes immobiles ? — ce que l’on voit est hors du temps. Il ne tient pas un instant en place. Il est déjà changé (ou parti, ce qui revient au même).

Ce que nous voyons ce que nous touchons, ce qui bien imparfaitement transpire, via nos sens, de Tout-le-Reste jusqu’à Moi-Je, est un témoignage du passé, il est tombé hors du temps. Ah oui, le temps, puisque le lecteur s’inquiète, le temps n’existe pas. Le temps c’est le présent. Le présent est tout le temps.

Alors tu vois cette fleur, cette magnifique orchidées aux allures d’hyménoptère, c’est un vestige du passé. Cette fleur ne sert plus à rien. Cette fleur est le jadis, comme ton petit orteil, ou les étoiles au firmament un reflet d’hier1.

Les montagnes ? Des océans pétrifiés. Les villes ? Des impressions en trois dimensions. Et toi, toi-même, le souvenir de ton repas d’hier, la mémoire de tes parents (et eux celle des leurs), et ton histoire déjà le récit au passé de quelqu’un à venir.

Il n’y a de vérité que dans l’eau, dont la mémoire, on le sait, est permanente, dont le volume est toujours le même et dont la capacité de dissolution et d’osmose est la formule même de la vérité, c’est-à-dire du labile et de l’oubli.


Ce texte est redevable à une discussion avec Natacha Anna-Marie Bourgine

  1. Mais on peut peindre l’ongle ou se repérer grâce à aux étoiles (merci N).

Cimetières [résidence Instin à Montpellier, 6]

avril 8th, 2013 § 0 comments § permalink

Depuis le mois de décembre, à l’initiative de la Panacée de Montpellier, je suis en résidence avec deux autres membres du Général Instin : Patrick Chatelier, auteur et initiateur du projet, et Eric Caligaris, musicien et plasticien. Notre mission : occuper un espace sur le site élaboré par Eli Commins et le centre d’art, Textopoly. Cet espace, Espace Autonome Instin est une perception flou, instinienne, d’un modèle de ville, inspiré par la visite de l’ancienne Ecole d’Application d’Infanterie, à présent désaffectée et en attente d’un nouveau destin municipal (école, logements étudiants, tram). Nous visitons la ville avec des yeux hallucinés, nous brouillons les pistes, nous mélangeons les itinéraires.




Eros de Thanatos

Le cimetière est fascinant : espace dédié à l’absence, espacement sans présence, et lieu de mémoire, mémoire malgré tout labile, du fait de l’impermanence des concessions (à quelques exceptions près), lieu commun de la mort, dont il cherche à déjouer l’inexorable, dans nos sociétés hors-sol, le cimetière est un espace à haute valeur symbolique ajoutée. C’est un lieu propice à la méditation, au silence et à la déambulation.

Ce qui fascine également dans le cimetière, c’est son organisation architectonique et urbanistique. Le souvenir semble appeler l’ordre et le cimetière est comme une ville miniature, mais qui serait (c’est tentant en effet) maîtrisée.

Ce n’est d’ailleurs pas seulement une ville, avec ses rues qui desservent des lieux que l’on pénètre, lieux dotés de fonctions. C’est une ville “ajoutée” : le cimetière est en réalité un écran, c’est-à-dire une surface, dans la ville, surface hérissée de croix et de pierres funéraires, dont la profondeur (contrairement à n’importe quel objet architectural ou urbain) nous est non seulement mystérieuse et refusée, mais obsédante. On s’étonne de cette profondeur, on se demande comment s’organise l’espace là-dessous (dans les caveaux, dans les cercueils, dans les urnes). Et que deviennent-ils, les corps ? Et la vie de la terre, qu’en fait-elle ? Leur est-elle perméable ?

(Une chose étonnante qui secrètement travaille en nous : le cimetière est un lieu sacré dédié à l’absence, soit ; mais, sous la terre, nous ne voyons plus le défunt, auquel nous substituons une plaque funéraire, une bouquet de fleurs synthétiques et un nom propre (parfois un poème, un mot doux)… mais la disparition du défunt, cette aporie, nous n’en avons aucune idée. Que se passe-t-il là-dessous ? Comment le mort meurt-il ? Quelle est la vitesse de la mort ? Quelle est la vitesse d’un mort ?)

Il n’y a pas que les ornements funéraires, d’ailleurs : la somme des noms propres peut également confiner au vertige. Ces suites, cette concaténation ou cet amoncellement de mots et de lettres fouillent notre imaginaire et notre mémoire et notre pensée avec un aplomb démesuré.


Une mort à soi

En parcourant le cimetière, quel qu’il soit, le promeneur ne peut s’empêcher aussi de songer à ses visites contraintes par le réel, ses morts à soi qu’on a pu venir visiter, enfant par exemple, tous les 1er novembre, puis plus tard, ses premiers vrais morts, ses proches, ses amis.

Il ne peut pas non plus oublier qu’il sera lui aussi parmi eux, qu’il n’y a pas d’autre issue, et je ne parle pas de la mort pour l’organisme, mais de finir sous une pierre tombale dans un cimetière quelconque, de confession chrétienne, à moins qu’on opte pour la poussière. Mais qui voudrait une tombe sur la corniche de Sète, sous une sorte de pin, pin parasol de préférence, par exemple, n’en a pas l’opportunité, ni le choix, ni le droit.

Nous sommes attirés par la sérénité du cimetière et nous nous familiarisons avec son usage, son occupation. On s’étonne de l’esthétique propre aux cimetières, avec la présence d’éléments “morts” eux-mêmes que sont les minéraux et les végétaux (sous quelque forme que ce soit). Morts, car ils ne sont pas ce qu’une certaine de la vie (animale) est : la forme et le volume, le mouvement, le son. Les pierres, si elles incarnent bien l’éternité, sont largement utilisées, mais décorées de fleurs qui, elles, symbolisent l’éphémère de la vie passée. Il y a jusqu’au choix des espèces qui est déterminé par le lieu même : plantes sempervirentes qui ne perdent pas leurs feuilles (buis, bruyère, cyprès, if, genévrier parfois) ; plantes aux noms évocateur : pensée, myosotis (également appelé ne-m’oublie-jamais) ; plantes symbolisant l’amour ou l’attachement comme la rose, ou lianes telles que la clématite.

Le cimetière est une forme de climax. Un stade de la décomposition mais aussi de la croissance, ou mieux, l’équilibre entre ces deux forces, en somme un jardin, un lieu cultivé, et cultivé à ce dessein précisément : rester tel quel. Un cimetière n’avance pas (il est confiné entre ses murs). Le cimetière est équilibre persistant. Un équilibre entre deux forces et deux moments, un équilibre entre deux mondes.

En visitant, pour les besoins de la résidence, les deux cimetières de Montpellier (le Cimetière Protestant et le cimetière Montparnasse), l’idée d’y tenir un atelier d’écriture est venue.

A travers l’évocation de la botanique, je me suis personnellement intéressé à trois choses : retrouver les botanistes morts à Montpellier, tels Flahaut ; ensuite les noms, les mots gravés sur les pierres ; les poèmes naïfs, les dédicaces ; quelle est la nature de ce matériau langagier… ; enfin les végétaux sauvages, bien sûr, au point de réaliser des inventaires phytosociologiques dans les allées1.


Necropoly

En ayant pour projet de représenter des lieux réels dans l’Espace Autonome Instinien, il s’est avéré naturel d’y bâtir également un cimetière — interrogeant par là, aussi, les singularités d’un tel lieu.

Le cimetière fait partie, avec le Polygone, des deux lieux (sur les huit) qui — bien entendu — n’existent pas dans le périmètre de l’Ecole d’Application d’Infanterie. Du moins a priori sur les cartes2.

Le cimetière est le lieu même du Général Instin. N’est-il pas où il s’origine ?


  1. découvrant et décrivant de nouvelles associations singulières à Cyprès et Eragrostis ou à plantes en bois et plantes en fer — je vais en enfer.
  2. Nous avons souvent songé que les Garages dans la prairie indiquaient, quoique de manière cryptée, une espèce de cimetière.

Twitter • juillet-septembre 2012

octobre 1st, 2012 § 0 comments § permalink

On me suit ici : http://wwww.twitter.com/amboilati | @amboilati — petit trimestre celui-ci…


Juillet-septembre
2012


28 Août
@Poezibao Les mots : parler, mais l’air de leurs têtes est épais.

28 Août
Premier jour moins de 25°. On se prépare à de nouvelles tensions, d’autres arcs à tendre.

28 Août
Le cantonnier détruit les plantes entre les rares pavés non recouverts de goudron : pourpier, sagine, chénopodes, amaranthes.

27 Août brigitte celerier ‏@brigetoun
bon vaquer là maintenant

27 Août
Au premier frimas (moins 12 degrés tout de même, inversion des vents), tu réalises quitter l’été, forme insensible et atone, sans nuance.

27 Août
La dévitalisation : histoire quotidienne de mon village natal, en lutte violente avec les édiles. #bailly @fbon http://dat26.blogspot.fr/ 

27 Août
Bailly 3 : « [bergounioux], il donne un peu trop de leçons ». ptmdr

27 Août brigitte celerier ‏@brigetoun
et Proust fait de la fiction

27 Août
Ma fille : « [Bailly], il fait un peu comme toi, non ? » #carte pic.twitter.com/ErmqjGRS

27 Août brigitte celerier ‏@brigetoun
@amboilati ma journée s’ouvre, sourie de plaisir, se sent intelligente, le remède cette émission

27 Août
Pour avaler du territoire, pas à pas, rien de tel que botanique, comme 3km de Durance cet été ou deux autres de Fontainebleau. @fbon @bailly

27 Août
Bailly 2, « éloge du petit, première gorgée de bière et toutes ces salades là. » go, go.

27 Août
Bailly 1 : « #Fienkielkraut + #Millet = fort pénible », lol.

27 Août Thomas Baumgartner ‏@thbaumg
Invité surprise de @fbon dans #lafabrique : Jean-Christophe Bailly! Comment @EmmanuelLauren2 va-t-il mener l’interview à brûle-pourpoint?

26 Août
Tout une famille, une génération même, condamnée entre le paradis (nourriture infinie) et le couvercle (mort), 1 cm de haut d’espace vital.

26 Août
trouve pot d’épices et herbes recouvert de toile ; à la première aile grise referme vite le couvercle.

26 Août
On déporte les heures ; de tout ce temps vide, où on a eu la force de rien faire, va falloir se séparer ; défait comme si de rien n’était.

26 Août
wears no shoe-shine.

26 Août
Et j’ai envie de dire : Claro, Claro, Claro, Claro, Claro, Claro, Claro, Claro, Claro, Claro, Claro, Claro, Claro, Claro, Claro, Claro, Cla-

25 Août Virginie Clayssen ‏@v_clayssen
un billet de blog me tourne dans la tête depuis dix jours mais rien à faire, ma bloggin’ machine est complètement grippée #ecranvide #fichue

25 Août
& ci-contre @PaulJorion, & me demande si on va servir la soupe de la fin de l’€ chaque été pendant 20 ans, ou bien ? #cestcommentquonfreine

25 Août
Ne pas lancer « Plastic Ono Band », surtout, dernier pas avant Waters.

25 Août
Ah ça oui il fait chaud.

25 Août
Je n’aurais pas aimé recevoir les tweets de Friedriech #Nietzsche.

25 Août
Ô la colère. / La belle, la fougueuse, la Rouge.

25 Août
Ô la colère / sourde / qui gentiment, bonhommement, arrive

25 Août
On pourrait lir&crire livres (papier ou pas on s’en fout) sans proférer jugements rédhibitoires, classer les bons, les gentils, les justes ?

25 Août
Pas très heureux voisinage des morts — & la leur comme seule conversation. Là-bas, loin fatras du monde, lisse, répétitif & faux, tout faux.

25 Août
Eté 2012, bilan négatif : interdit bancaire, vacances de tout, il fait chaud dis donc, dopage, roms, syrie mentie… heureusement, angot

25 Août
Dès à présent déjà salement lassé, fatigué par ces blablas sur la rentrée littéraire, cette course au prix, et même cet énervement que j’ai.

20 Août
les morts m’ont tué #SpoonRiver, moi aussi te tutoie, tu es un vampire, j’écris exsangue (@general_instin)

20 Août
…parce qu’en somme Twitter représente une espèce de bureau, i.e. un outil dont je n’ai plus l’usage…

Spoon River 239

août 27th, 2012 § 0 comments § permalink


Spoon River, la Rivière Cuillère, ce sont des dialogues des habitants du village qui porte ce nom. Tous : morts. Pour le sommaire des chansons, c’est ici.


Russel Kincaid

Dans le dernier printemps que j’ai traversé,
dans les derniers jours de ma vie,
je me suis assis dans le verger abandonné,
d’où, après les champs de verdure chatoyante,
se trouvent les collines de Miller’s Ford ;
juste comme ça pour contempler le pommier
et son tronc en ruine, ses branches cassées,
et ces pousses vert-tendre dont les délicates fleurs,
éparpillées sur l’enchevêtrement squelettique,
ne donneront aucun fruit.
Et j’étais là l’esprit cerné
de chair à moitié morte, les sens éteints,
songeant pourtant à la jeunesse et à la jeunesse de la terre, —
FLEURS FANTÔMES pâle éclat
sur les rameaux morts du Temps.
Ô terre qui nous délaisse avant que nous prenne le ciel !
Si j’avais été été un arbre pour frissonner
de rêves de printemps et d’une fougue foisonnante,
je serais alors tombé dans le cyclone,
qui m’aurait balayé hors de toute inquiétude •
là où il n’y a ni terre ni ciel.

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Spoon River 226

août 14th, 2012 § 0 comments § permalink


Spoon River, la Rivière Cuillère, ce sont des dialogues des habitants du village qui porte ce nom. Tous : morts. Pour le sommaire des chansons, c’est ici.


John Ballard

Au sommet de ma force
j’ai maudit Dieu, mais il n’eut aucune attention pour moi :
comme si j’avais maudit les étoiles.
Quand je tombais malade pour la dernière fois • l’agonie • mais j’étais résolu
et je maudis Dieu pour la souffrance infligée ;
une fois encore il n’eut aucune attention pour moi ;
je m’abandonnai à moi-même, comme je l’avais toujours fait.
Comme si j’avais maudit le campanile des Presbytériens.
Puis, comme je faiblissais toujours, je fus pris de terreur :
peut-être qu’en le maudissant je m’étais aliéné Dieu.
Un jour Lydia Humphrey m’apporta un bouquet
et je me suis dit que je pouvais faire ami avec Dieu,
alors j’essayais •
mais c’était comme devenir ami avec le bouquet de fleurs.
J’étais maintenant très près du secret,
et je ne pouvais pas sérieusement devenir ami avec le bouquet,
en serrant contre moi l’amour que je sentais à travers ce bouquet
et j’avançais lentement vers le secret, mais —

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Spoon River 201

juillet 18th, 2012 § 0 comments § permalink


Spoon River, la Rivière Cuillère, ce sont des dialogues des habitants du village qui porte ce nom. Tous : morts. Pour le sommaire des chansons, c’est ici.


Mabel Osborne

Tes fleurs rouges entre les feuilles vertes
pointent, magnifique géranium !
Mais tu ne réclames aucune eau.
Tu ne peux pas parler ! Il n’est pas nécessaire que tu parles —
tout le monde sait que tu meurs de soif,
et pourtant on ne te donne pas d’eau !
Ils passent devant toi, en disant :
« Le géranium a besoin d’eau. »
Et moi, heureuse de partager
et désireuse de partager ton bonheur,
moi qui t’ai aimée, Spoon River,
avide de ton amour,
me suis desséchée sous tes yeux, Spoon River —
j’avais soif, j’avais soif,
silencieuse car l’âme est pudique à réclamer de l’amour,
toi qui savais, et me voyais mourir devant toi,
comme ce géranium que quelqu’un a planté au-dessus de moi
et a laissé mourir.

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Twitter • avril-juin 2012

juillet 1st, 2012 § 0 comments § permalink

On me suit ici : http://wwww.twitter.com/amboilati | @amboilati — minuscule trimestre, tant le réel prend le dessus.


Avril-juin
2012


25 Juin
Twitter’s tendances : RIP Mickael Jackson, super tendance.

20 Juin
Et donc à tous, pas là, mais là, mais pas là…

20 Juin
Et merci @theoneshotmi du clin d’œil, trop bousculé par les plantes, intouchable, mais bientôt…

17 Avr
14avril 1er sceau de Salomon est toujours choc aussi. Ces plantes s’enfuient disparaissent oubliées & hop ! reviennent Polygonatum odoratum

9 Avr
09avril Lithodora fruticosa On recommence On tourne On accroche le débris du ciel Petit arbre raide Posé sur le grès blanc #unefleurunjour

9 Avr
08avril Spergula pentendra Lutte contre tous les vents La Jaunasse Et le monde ne tenait pas sans ces subtiles chevilles.

9 Avr
04avril Sherardia arvensis Etoile minuscule auscultée sur l’autel de l’envie #uneplanteunjour

6 Avr
Eh bien sûr bouffé par le temps, aussi herbivore ; pas de fleur du jour depuis une semaine…

Général Instin • Spoon River 11

janvier 11th, 2012 § 0 comments § permalink

Judge Somers

Comment est-ce possible, dites-moi, comment ?
• Que moi qui ai été parmi les avocats l’un des plus cultivés,
moi qui connaissais Blackstone &Coke
presque par cœur, moi qui ai fait les plus beaux discours
que le tribunal n’a jamais entendus, et ai écrit
un mémoire qui a remporté le prix du juge Breese •
Comment est-ce possible, dites-moi,
que je gise là • anonyme • oublié •
alors que Chase Henry, le poivrot de service
possède une pierre de marbre, surmontée d’une urne,
dans laquelle Mère Nature, d’un tour ironique,
a fait croître une plante qui fleurit ?

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Général Instin • Spoon River 6

janvier 6th, 2012 § 0 comments § permalink

Serepta Mason

La fleur de ma vie aurait dû s’épanouir de toutes parts
sauf à ce qu’un vent amer freine mes pétales
justement du côté que vous dans le village pouvaient voir.
Depuis la poussière • je lève ma voix de révolte :
mon versant fleuri, vous ne l’avez jamais vu !
Vous autres, vous êtes des cons
qui ne savez pas les voies du vent
et les forces • invisibles
qui gouvernent la routine de la vie.

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Twitter • avril-juin 2011

juin 30th, 2011 § 0 comments § permalink

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Avril-Juin
2011


Parce qu’en somme les média sont au milieu, Mai
s on en a assez des inter[média]ires, on a déjà la langue ; on veut l’immédiat.
29 Juin

Litanie de marginaux rassemblés en l’île : negundo, phytolaque, renouée, anodonte, verge d’or, jussie, naïade, élodée, ragondin, roms…
29 Juin

Sur l’île croise les mal aimés, parfois déchus d’un mythe, comme souvent les îles : le chevesne, la prostituée, l’asclépiade, la lysimaque ;
29 Juin

Après dernière sortie au plus chaud long Rhône, retrouver lumières dans le mistral fou et gris
29 Juin

La sangsue, le fleuve. Nous autres engloutis • pas préparés. On ne savait pas. On ne savait pas l’eau.
26 Juin

Nos eaux épineuses, nos eaux vipérines, n’ont rien à voir. La sangsue est grasse, brillante, appétissante.
26 Juin

L’eau affamée.
26 Juin

Le barrage. Permanent ouvrir. Ouvrance. Comment dire, ce qui dévore. Ce qui croque. Ce qui bée, le béant, ce qui boit. L’eau ouverte.
26 Juin

On ne savait pas, nous autres, on vient des cailloux, on vient des feuilles scabres, on ne savait pas l’eau.
26 Juin

Le barrage. Parfois.
26 Juin

La sangsue s’y est faite. Ne me lâche plus.
26 Juin

Alors on s’y est tanqué. On ne savait pas l’eau. La hauteur de l’eau. Les végétaux de l’eau. Les animaux de l’eau.
26 Juin

Eau continue — nouveau pour nous, avec nos rus secs la plupart.
26 Juin

Le grand fleuve fascine aussi.
26 Juin

Trouve une grosse sangsue dans le Rhône. L’apprivoise.
26 Juin

amboilati Benoît Vincent
C’était ce que tu voulais : être balloté au gré du vent. Tu l’as.
26 Juin

Pas possible de s’enraciner ici. Trop de vent. Trop de vent.
26 Juin

va arpenter les zones humides de Cairanne. Hum.
23 Juin

Langage n’est qu’un environnement que l’expérience singulière, personnelle, agrandit.
22 Juin

Les langues se liguent, les langues se lisent.
22 Juin

La langue native est aussi transformée, mangée par la langue étrangère. Les langues se lient.
22 Juin

Bien évidemment la langue étrangère, la langue de l’étranger interfère, dans ma bouche, dans mon esprit, avec la langue native.
22 Juin

jette l’éponge avec l’eau du bain.
22 Juin

Qui s’y frotte s’y Spike.
22 Juin

n’en a plus rien à carex.
22 Juin

relit tout Ali Badiou.
22 Juin

C’est bien en essuyant les plâtres qu’on devient forgeron ?
21 Juin

vient de se rappeler qu’il aurait dû déménager dans la seMai
ne dans un département numéroté de 50 à 974.
21 Juin

@hubertguillaud @fbon, vous lire m’évoque mon père, son entourage ouvrier : achetaient le Dauphiné et l’appelaient un livre. Statistiques ?
17 Juin

@roidesediteurs bientôt une rue sébastien-hautain ?
13 Juin

RT @tw1tt3rart
───────▀▄───▄▀──────── ──────▄█▀███▀█▄─────── ─────█▀███████▀█────── ─────█─█▀▀▀▀▀█─█────── ────────▀▀─▀▀─────────
12 Juin

@angkhistrophon oui je déserte ce lieu comme moi-même d’ailleurs
10 Juin

@roidesediteurs t’as vu ?
10 Juin

@angkhistrophon enfin friction est toujours moteur pour langue poétique, non ?
10 Juin

@angkhistrophon 2/2 nouvelles recherches de langue, nouveaux épuisements à prévoir ; cf CF : comme elle/tu s’en sor(t/s) bien, de ça.
10 Juin

@angkhistrophon parce qu’on a du mal à gérer le blanc dans la page html — qui ne lit pas deux espaces successives. du coup, peut offrir 1/2
10 Juin

repasse les pâtes 2x dans la même eau ; le moût de café 2x sous la même flamme ; peut bien passer la citation 2x au même texte ; sobriété.
10 Juin

@angkhistrophon & l’internet n’est que l’application numérique normale du texte 2/2
10 Juin

@angkhistrophon oui Mai
s l’esprit moderne existe depuis toujours, quand un petit groupe d’inconscient veut renverser un long dragon de mots.
10 Juin

@angkhistrophon tout le texte est à la croisée ; tout texte est fruit de la faille ; je prome(t/u)s l’interstice et l’intertexte… 1/2
10 Juin

@angkhistrophon avec des pulsations plus fortes de l’une sur l’autre ; puis l’autre ensuite
10 Juin

2/2 c’est l’à-venir, ce qui arrive, l’amérique, plus-d’une-langue ou l’impossible comme disait l’autre (Derrida 7Ch)…
10 Juin

il y a un fil entre tous ces noms, et c’est la littérature inquiète ; l’inquiétude c’est la joie de la surprise et la peur de l’inconnu, 1/2
10 Juin

et le plus enquiquinant est cette faculté à l’impuissance. alors comme #becket via @madmanclaro fail again, but fail better ; écrire au ban.
10 Juin

les anciens les modernes, i.e. confort vs risque. « Comment écrire sans inconnu devant soi ? » devrait-on hurler dans les Mai
ns des artistes
10 Juin

moderne signifie césure, suture, voire faille entre deux paradigmes peut-être, entre deux langages sûrement, i.e. entre deux mondes
10 Juin

revendiquons le texte plutôt que le livre ; puiser aux racines du : chrétien de troyes, rabelais, quignard. notre monde redevient moderne
10 Juin

@athanorster #oloe ressource inimaginée et salutaire pour concept #lir&crire développé en littérature inquiète : MERCI
10 Juin

2/2 les hérauts, les noms portant du récit, arthur, lancelot, perceval ; signent notre destin contemporain grave. Un jour. @laurelimongi
10 Juin

un jour, j’aurai du temps, et proposerai à @laurelimongi texte en hommage à Kaamelott, parce qu’ils sont tous là, invisibles, hagards, 1/2
10 Juin

@brigetoun 2/2 Mai
s halluciné… car #tricastin que deux tours, et #cruas quatre… nos châteaux pour nos chevaliers bâtards, abâtardis.
10 Juin

@brigetoun ai peur qu’elle ne s’en passe… quand petit j’étais, tricastin, c’était pour moi les trois tours de la centrale 1/2
10 Juin

@francisroyo 2/2 ô la langue Mai
s qui la bousculer ? Et merci @angkhistrophon pour ça. Lucide.
10 Juin

@francisroyo La seule encre qui écrive est celle de trois gouttes de sperme sur la neige, ô perceval bâtard, ô texte éreinté… 1/2
10 Juin

@Poezibao Ici Drôme : début juillet pour les fayards, pom-pom-pom-pom, je répète, début juillet pour les fayards.
10 Juin

mise beaucoup sur la sécheresse.
9 Juin

Editeurs : publiez vos livres sur papier cul bio, ça se vendra comme des petits pains bis.
9 Juin

Les gens consomment de la villa comme du pâté parce que les gens ont peur, alors ils s’isolent, se carcannent devant leur home-cinéma.
9 Juin

Marre d’être travailleur pauvre, protéger des fleurs que le moindre aménageur buldoze, se battre contre des élus qui ne pensent que progrès.
9 Juin

Marre des éditeurs, du droit d’auteur, du nom propre et de la quatrième de couverture. Cherche Mai
son dans les bruyères arborescentes. GE.
9 Juin

A chaque petite fêlure l’Europe s’effondre. On ne bâtit pas que sur l’intérêt et le fric.
8 Juin

@theoneshotmi pour les plantes, tu as dû voir comme moi qu’on arrive au bout ; l’été on sort les cierges.
4 Juin

@brigetoun @theoneshotmi nord ventoux on dirait dizaines de canons. longtemps que ça pendait.
4 Juin

Les voies du volcan sont impénétrables.
24 Mai

a rangé ses abeilles, leur demande de ne pas sortir d’ici 2511.
24 Mai

Un jour j’ai reçu un message du @roidesediteurs à l’en-tête de la vieille revue, avec ces mots sans visage : Regrets éternels. Prémonitoire.
23 Mai

s’applique avec autant d’attention que n’en met l’éphémère qui vient, inexplicablement, passer l’été sur le mur de la chambre.
10 Mai

2/2 Mai
s le lamier est stérile et l’abeille repue ne reproduira rien • alors elle s’enterrera, la brique bleue, le xylocope mourra
10 Mai

observe l’abeille charpentière embrasser • sucer chaque corolle du galéobdolon qui dans son dos poignarde de pollen 1/2
10 Mai

anthémis increvable, arrachée à sa terre et offerte en son résidu dans un bête verre à moutarde, fleurit encore.
8 Mai

rentré de paris, retrouve bagnole emboutie des deux côtés, heureusement we enchanté par @fbon @shahrjerdi @_pachat. ça vaut le coût d’épave.
8 Mai

@fbon décidément odéon il y a sept heures aussi avec parham @shahrjerdi en itw de jérôme ferrari. désolé d’être trop rapide
8 Mai

ici comme ailleurs, passage au hasard, à l’occasion, sans écrire préconçu
5 Mai

constate qu’il n’est pas revenu à la Défense depuis vingt ans.
5 Mai

@brigetoun (bonjour !) Oui, quelle est langue parlée sur Twitter ? Quelle contorsion pour syntaxe ? Comme ficher les idées, les mots =coins.
25 Avr

Saisir une partie su message seulement… Si la connexion est claudicante ou mitée, internet pas moins tamis que la parole, élite &quiproquo
4 Avr

2/2 comment le faites-vous vôtre ? Et quelle déférence pour ce lieu ? Quelle proximité ? Quelle connaissance ? Penser la propriation. @fbon
2 Avr

@fbon ‘Lut. C’est la question qu’on pose quand on accompagne des gens dans la nature ; ou le RER ; peu importe : le monde autour… 1/2
2 Avr