
Tout ce foisonnement dedans, et pourtant il faut vivre.
Si j’avais eu les œuvres complètes pour mon Anonyme, j’aurais pu… mais c’est parce que je ne les avaispas que j’ai toutefois pu mesurer le rapprochement de ce vite. Ma distance « envers lui ».
Vide dont procède toute véritable poésie.
Qu’un ami ne lise pas Blanchot, cela se peu, et c’est ainsi. Qu’il ne connaisse pas Paulhan m’attriste moins que cela ne l’engage1 2.
Cette sûreté (mieux que la vérité) que c’est le bon bout, la bonne approche du monde. On peut le voir sur la politique, sur la révolte, sur la nature, sur la guerre actuelle, sur tout un tas de preuves de la nécessité d’une confiance dans le « common sense ».
Se rattacher à la terre, à la glaise où je plonge les mains, aux épines auxquelles je me déchire, dans mon travail, mais aussi aux douleurs, en la foi dans un vivant mourant (et la paix vis-à-vis de la mort), tout ceci embrasse tout cela, ces livres des livres des livres.
Quelqu’un passe à côté du monde dont il est redevable. Quelqu’un marche à côté d’une ombre qui l’inspecte et le conduit.
Faut-il paraître pour être ? Pourquoi être méchant ? (Et puis il y a la vie, l’agacement, la hâte, l’entêtement, la mauvaise foi.)
Faut-il démontrer pour se monter ? L’obscur a toujours su montrer la voie, dont on a su, quelqu’un, quelque chose, se passer en la recherchant, ou plus exactement, adopter sans s’en prévaloir.
Car il y a aussi le langage dont le renversement s’intitule littérature.
Je me demandais si je ne perdais pas mon temps. Quand il fallait le prendre, le saisir, pour justement fleureter avec l’innommable, avancer vers ce point, ce moyeu, ce cardinal d’inéloquence et d’intranquillité qui me portassent à poursuivre coûte que coûte ma/la recherche sur la margelle du mot silence, là où toute la déflagration qui lui incombe, tue.
- Ou pas, mais face à la littérature allais-je dire. ↩
- Vraiment les liste, les classification et les bons points ne sont pas ma tasse thé, dans l’absolu — évidemment je les goûte par méthode — mais il me semble que l’on peut facilement écrire, sans se fouler le poignet, que Marcel Proust et Jean Paulhan règnent sur le XXe siècle en littérature et même en pensée — jusqu’en sciences sociales — comme aucun autre écrivain du monde. À leur hauteur, véritablement, je ne verrais que Nietzsche, Dostoïevski et Rabelais ; peut-être Borges, peut-être Faulkner ; peut-être Flaubert, peut-être Rousseau, peut-être Racine, peut-être Leopardi. Je ne connais pas assez Goethe, ni Pouchkine (mais dans ce dernier cas je soupçonne que non) et dans les géants affirmés, Cervantès non, Dante, je crains qu’il ne soit trop chauviniste (voire chauvinisé). Tous les génies (qui s’accumulent comme au fond d’un entonnoir dans le second XXe siècle) que sont que sais-je Blanchot donc, puis Walser, Sebald, Schmidt, Nabokov, Bolaño, Orwell, Camus, Kafka, Gide, Roth, Beckett, Valery, Mishima, García Marquez, Kateb, Lispector, Rosa, Murdoch, Roth, Calvino, etc., me paraissent… un cran en-dessous … Et puis il y a les monstres d’une seule œuvre comme Rulfo, d’Arrigo ou Dietrich ou Deux/Douassot — ce sont des cas singuliers. Et puis il y a les poètes. ↩
