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Bobines 03

Posted on 5 avril 202414 novembre 2025 by Benoît Vincent

 

Le signe ܍ indique de futurs développements au sein d’un appareil complémentaire

 

Lorsque je revins à Dieulefit, en deux étapes, la première fois en 2000, la seconde en 2004, il fut difficile de ne pas masquer mes origines (et je le répète : elles étaient tout aussi familiales que viscéralement liés à ces lieux, maison+usine). Mes parents étaient vivants, habitaient le village (3000 habitants). J’avais beau faire comme s’ils n’existaient pas, ce n’était pas vrai. Mais pourquoi étais-je revenu, si je ne voulais pas les croiser ?

Voulais-je me rapprocher de cette drôle de matrice, l’usine+maison, voulais-je la « tenir à l’œil » ?

La première fois que je revins, j’allai chez mes parents, donc. Dans la maison. Lès l’usine. Lès le Fau܍. Rien ou presque n’avait changé, n’était différent de quand j’étais enfant. Je dormais dans ma chambre, ma mère était « au foyer » et mon père souvent n’y était pas (mais à l’usine). Mon frère allait et venait. J’avais 24 ans, et je venais de me séparer ; j’étais en doctorat et je crevais la dalle à Grenoble, veilleur de nuit au CROUS et effectuant de temps en temps des piges comme correcteur pour la revue (Iris) de mon centre de recherche, le CRI (Centre de Recherches sur l’Imaginaire).

Je désirai retrouver la « campagne ». Je réfléchis à me reconvertir. Je comprenais que le doctorat ne me mènerait pas loin (n’ayant pas envie de la recherche, ni la vocation d’enseignant ; moi je voulais écrire.)

C’était finalement pas si mal. J’approchai les écoles forestières, pensai un temps devenir technicien de rivière, un autre travailler dans les espaces verts. Je fis un bilan de compétence avec moi-même. J’en vins à me dire que j’aurais volontiers travaillé dans la nature, comme le Fau܍ me l’avait enseigné, dans la rivière, pourquoi pas ? Mes parents m’accueillirent bien naturellement, mais ma mère doutait de ma conversion professionnelle. Mais je pris ma décision. Optai pour un BTS Gestion et protection de la nature, par correspondance ; je fus retenu à Angers (plus loin que ça…).

Finalement, après quelques mois, je trouvai un appartement dans le vieux village, la Viale܍, rue des Prisons, qui m’attirait et connaissais mal ; alors, il était mal vu par les « modernes » ; le hasard, encore, voulut que cet appartement vienne d’être libéré par la famille du bras droit de mon père, B. Je repeignis l’appartement.

Je reçu les deux gros colis de tous les cours de BTS dans ce nouvel appartenant : écologie, zoologie et botanique, physique-chimie, gestion, habitats (la haie, la dune ?), etc. et je me réjouis. c’était exactement ce que je voulais : baigner dans le jargon de l’écologie (alors : aujourd’hui je dirais naturalisme).

Lycéen, comme tout le monde, j’avais travaillé pour gagner de l’argent de poche ; mais moi j’avais une facilité : l’usine. Plusieurs étés durant, j’avais travaillé à l’usine. On était quelques jeunes, et il n’y avait pas beaucoup de travail, mais il y avait du travail ; en particulier, on nettoyait ce qu’on appelait les « appareils », c’est-à-dire tout le système de ventilation et chauffage, qui était un genre de serpent de tôles suspendu à la toiture et traversait longitudinalement les grandes salles. Il fallait grimper là-haut, s’insérer dans un conduit (pas du tout étroit, mais très horizontal) et gratter, gratter à la spatule tout le calcaire qui s’était déposé sur les volets, les parois, les fonds. Ce n’était pas difficile mais très décourageant. D’autant qu’en été, l’usine est vide, mais les moulins tournent et le soleil tape, surtout sous les toits.

Comme je devais tout de même gagner de l’argent, je demandai à mon père de revenir à l’usine, mais cette fois je proposai d’être veilleur de nuit. Les chamboulements de ma vie, mon orgueil peut-être, préférait me rendre discret — et surtout je pensais ainsi profiter de la journée (ce qui évidemment n’a pas toujours été le cas).

Le travail consistait essentiellement à surveiller que tout se passe bien, à faire des rondes, mais aussi à surveiller les moulins et, éventuellement, à les charger ou les décharger. Il fallait aussi prendre garde aux « embourrements » où lorsque le fil quitte le chemin qu’il doit suivre et qu’il s’accumule en une pelote dure et chargée d’huile de moteur, de graisse, sur certains pignons ou barres, la bobine pouvant grossir de manière disproportionnée, quitter son ogive, s’échapper en l’air avec le risque de briser sa loge, et venir s’emberlificoter sur d’autres, au risque de casser le moteur. Cela arrivait de temps en temps, ces embourrements ; il fallait arrêter le moulin avant que ce ne soit trop tard, retirer l’élément dysfonctionnant, là encore au risque de gêner la progression des autres bobines.

Il y avait deux veilleurs historiques à l’usine : H.†, un Ardéchois (vers Saint-Julien-du-Gua, aux alentours de Mézilhac, où ma grand-mère paternelle que je n’ai jamais connue avait jadis des terres où paissaient les vaches que mon père, ayant abandonné l’école, avait gardé dès 14 ans) avec des moustaches en guidon de vélo, plus intéressé par les lapins et le jardin que par la machinerie, et V., un autre Ardéchois resté bloqué, du point de vue vestimentaire, dans les années 69-72, cheveux longs, pantalons pattes d’éléphant. Je travaillais surtout avec V. Tous deux étaient extrêmement gentils, et affables. H. roulait encore les R. Il nous avait donné deux gros lapins, un noir et un marron, et il fabriqua avec des palettes leur cage ; on les avait appelés Krolik et Bistro (mon frère à l’époque participait à de sémillants cours de russe — peut-être parlerai-je plus loin de cette étonnante équipe du professeur G et de ses élèves, à Truinas܍, arrière-pays de notre arrière-pays, de TGV orange et de Moscou).

Lorsque je vins travailler avec lui, V., lui, s’intéressait beaucoup aux choix que je faisais. Il venait discuter de nature avec moi, et me disait les noms des arbres en patois. On s’entendait bien. Chaque jour en me voyant il demandait : « Alors, en plein boum ? ».

Le matin, à cinq heures, je rentrais à pied des Reymonds܍ à la Viale܍ : chez le boulanger B., le premier pain sortait, et je me brûlais les doigts à le ramener chez moi. Pour une fois depuis longtemps, dans l’aube naissante, bien qu’éreinté, je humais le parfum de la forêt toute proche (place Châteauras, elle surplombe le temple — notre pays est protestant), à moins que ce ne soit le safre qui celait des souterrains en eau, et je me sentais fier. V me disait, lorsqu’on se séparait : « Allez, on va manger un bon peu ! ». J’adorais travailler avec V.

 

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2 thoughts on “Bobines 03”

  1. brigitte celerier dit :
    9 mai 2024 à 21 h 50 min

    oups le suivant n’existe pas – attendons

  2. Benoît Vincent dit :
    17 juillet 2024 à 8 h 04 min

    Oups (deux mois plus tard) ! Maintenant il existe (existait ?)
    Saluts saluts

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