Emanuela Schiano di Pepe
Benoît Vincent

PERMANENZE

Viaggi in Italia 2.0

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Chartreuse introuvable (PR01)


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On peut tout à fait en effet se diriger vers des lieux inexistants, et pourquoi pas ?

De manière générale et très froide et distante, on pourrait dire que nous voyageons d'une manière ou d'une autre, mais que les possibilités sont très limitées :

- dans le voyage nous projetons nos souvenirs ou nos fantasmes du lieu que réellement nous visitons ;
- dans le voyage nous repassons nos connaissances sur le lieu que réellement nous visitons ;
- dans le voyage nous venons chercher les semences d'un voyage ultérieur dans le lieu que réellement nous visitons.

Nous ne sommes jamais dans le lieu que nous visitons. Cela, ce pourrait être une définition d'habiter le lieu -- et donc de ne le visiter pas.

Ces réflexions arrivent en marchant. Ce genre de réflexions arrivent toujours en marchant. Par exemple ici, dans ce quartier résidentiel, ordonné et cossu, mais terriblement semblables à d'autres quartiers résidentiels ordonnés et cossus.

Je marche, à Parme, vers ce qui semble être une citadelle, mais qui se révèle n'être qu'une empreinte de citadelle. On voit bien, même depuis le plancher des vaches, les différents bastions et l'entrée monumentale, mais une vraie et propre citadelle, pas vraiment. Je me dis alors que cette citadelle pourrait bien être la fameuse chartreuse de Stendhal où Fabrizio vient finir ses jours en retraite. Cette chartreuse pourrait être celle de San Girolamo, dans les alentours de la ville, mais le monastère est déjà supprimé aussi bien lors de la publication du roman que durant l'âge de la narration. De plus, la chartreuse de parme éponyme n'apparaît qu'à la dernière page du roman.

Eh bien c'est cela, me dis-je, que je suis peut-être venu chercher à Parme, l'empreinte d'un lieu qui est lui-même un lieu imaginaire. Ce double glissement, ne l'éprouvons-nous pas à chacun de nos voyages ? Lorsque nous sommes venus porter notre mémoire du lieu, lorsque nous sommes venus porter notre savoir du lieu, lorsque nous sommes venus porter notre désir du lieu ?

À Parme j'étais venu cherche aussi de l'Emilie, et je trouvai beaucoup de Lombardie, peut-être plus encore qu'à Plaisance, et cela me perturba lentement. Finalement, je ne savais plus ce que j'étais venu arracher à cette terre, mais peut-être simplement cela, arracher cette empreinte, c'est-à-dire déjà excaver de moi cette partie du monde ?