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Emanuela Schiano di Pepe PERMANENZEViaggi in Italia 2.0© 2020- www.lesmotstraduits.com & www.amboilati.org |
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Revenir à l'Oregina
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Revenir à Gênes, oui, parce que c'est l'évidence. L'une de nous y est née, l'autre y est allé habiter... Le principe même de l'autogéographie, c'est-à-dire de la relation personnelle par le déplacement géographique, est né, et surtout affronté dans GEnove. L'idéal aurait été d'avoir le temps et l'espace pour faire de même pour chacune des provinces, mais cela est impossible (j'ai mis une huitaine d'années à concevoir, travailler, écrire et relire Genove, il faudrait donc 109 x 8 années pour arriver au bout du pays, soit 872 années. Je ne les ai pas toutes devant moi). Gênes, aussi, pour deux autres raisons : d'abord c'est la ville du départ, la ville qui a accueilli et fait transité la plupart des migrants italiens qui sont allés peupler le monde et en aprticulier les deux Amériques. Près de vingt millions d'Italiens ont migré à l'étranger entre la naissance de la République (1861) et les années 1980. Aujourd'hui près de six millions d'Italiens vivent à l'étranger. Et paradoxalement, Gênes, la ville de Gênes comme emblême de la province de Gênes (qui s'appelle désormais città metropolitana), comme emblême de la région Ligurie, est représentative de cette Fin des Italies : ville d'Europe avec le plus fort taux de personnes de "plus de 65 ans". Qu'on se rassure toutefois : Florence et Bologne, des deux régions les plus dynamiques de "boomers", arrivent en deuxième et troisième position. Mais Gênes est également une ville elle-même sur le départ et, comme l'avait évoqué joliment Calvino dans les Villes invisibles, elle est une cité en perpétuelle dynamique ou, plus justement, une cité qui semble dériver en dépit de ses habitants. Les chantiers, aujourd'hui, ne manquent pas, les administrations récentes ou actuelles cherchant à désenclaver la ville dont le propre piétinement (industrie mécanique, port et chantier naval) ne semblent plus suffisants à assurer sa pérénité : "gronda" ou contournement autostradal, "terzo Vallico" ou creusement de voies ferroviaire rapides vers Milan, tunnel sous le port, "skymetro" ou tramway suspendu dans le lit du fleuve Bisagno, "funivia" ou téléphérique reliant la gare maritime au premier des forts défensifs Begato, "blueprint" ou réinterprétation d'un projet donné par Renzo Piano pour donner l'eau à la mer dans le quartier de la Fiera/Foce devenu opération immobilière et commerciale, transformation de l'ex marché au poisson en centre commercial, transformation de l'ancien marché du Corso Sardegna en centre commercial, et plus généralement autorisation de nombreux centres commerciaux un peu partout... nombreux projets qui ne démontrent pas toujours leur intérêt général. En ce début de siècle et millénaire, on mise beaucoup sur le tourisme, et le tourisme de masse : le même qui dans les Cinque Terre a provoqué des dégâts peut-être irréversibles sur le paysage lui-même, le voilà qui déboule, à coup de croisières géantes et pelotons de milliers de personnes dans les ruelles étroites de la Superbe. Mais la ville, résistant encore et toujours à l'oracle de Santa Brigida, semble avoir les épaules larges : et comment ! L'un des principaux états indépendant du Moyen Âge, berceau de Christophe Colomb, mais aussi fleuron industriel durant le boum économique d'après-guerre, Gênes est aussi un important creuset politique, et ce depuis le Risorgimento au moins (Mazzini, Garibaldi). Voyageant comme nous le faisons à travers milles réalités urbaines, nous ne pouvons que constater, à chaque fois, les contraintes urbaines presque déterministes et les désirs fugaces des édiles ; mais nous voyons aussi le manque de jeunesse, le rétrecissemnt de l'horizon, et, malheureusement, les empreintes toujours plus rugueuses de la transformation du corps de Gênes en une réalité urbaine qu'elle n'est pas. Mais après tout, n'est-ce pas le lot commun de toute l'Italie, et même du continent entier ? Nous nous refugions volontiers dans une trattoria, en ville ou même dans l'infini plissement de l'entreterre, à l'abri des regards et des ambitions, et nous sommes nous-mêmes subitement revenus cent années en arrière, heureux d'une assiette creuse de porcelaine blanche, des raviolis au "tuccu" ou des lasagnettes au pesto, désireux d'oublier le passé comme le futur, d'oublier Santa Brigida comme le G8, et de croire pouvoir demeurer un quartier périphérique comme un autre. Ou céder à l'étymon de l'Oregina, comme lieu fantasmé du retour, ou de l'arrivée, peut-être, de ces casemates et cahutes devenues immeubles résidentiels pesant sur la mer, des étrangers de ce pays naissant, les Méridionaux... ▲ |
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