Emanuela Schiano di Pepe
Benoît Vincent

PERMANENZE

Viaggi in Italia 2.0

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Bétiles hébétés
(NU01)


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Maison des fées (casa de janas), nouragues et autres menhirs sont dispersés sur tout le territoire. Tellement bien intégrés d'ailleurs que nous ne les voyons pour ainsi dire pas, pas sans effort.

Puis ils apparaissent et les voilà partout.

C'est comme les écrivains et les fées. Il faut les apprivoiser, les domestiquer. Avec le temps, ici, je me dis, ça veut dire se laisser envahir, ensauvager.

Ce n'est pas toi qui vas dompter la fée, c'est elle qui te rend visite : fada, précisément.

Les noms des villages sont étranges, et nous désorientent aussi. À Macomer, c'est le coucher de soleil. Il y a une aire archéologique, des alignements de pierres. On y va : un type nous dit qu'il ferme, tant pis. On attend qu'il s'en aille, on est dans les champs. Il y a un fil de fer à ras du sol, électrifié, comme pour les sangliers, mais plus probablement pour que les bétiles ne s'échappent pas ou que les fées n'entrent pas.

Le soleil rasant épaissit le pré. Et en effet des pierres, comme des personnages souriant, bienveillants, placides, apparaissent : les bétiles.

Pas un lièvre, pas un renard n'aurait détourné notre attention. Dans l'orange crépuscule, les bétiles s'animent. Ils rient. Ils nous regardent, avec bonhommie, et un brin de cruauté.

On perdrait ses clés, ses portefeuilles. Puis la nuit s'épancherait et nous resterions nous-mêmes, à jamais, pétrifiés.