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L’affaire Panitza 12

Posted on 12 avril 202429 septembre 2024 by Benoît Vincent

 

L’affaire Panitza est une longue nouvelle inédite, présentée ici, et qui débute par ce prologue.

 

John D. Panitza délace ses brodequins, se déchausse, se masse délicatement la plante des pieds, à moitié drôlement accroupi dans l’entrée. Ce n’est qu’après qu’il a déboutonné sa vareuse, inspecté la petite pièce, le regard vide, en quête d’une information qui déjà lui échappe, qu’il se dirige vers le fauteuil et s’y affale lourdement.

L’écrivain l’a accompagné sur le Terrain, au plateau ». Ils avaient rôdé aux Redortiers à l’aube. « Vous êtes ponctuel, c’est bien », lorsqu’il le vit arriver.

« Bon, mon bon John, je ne vais rien vous avouer que vous ne sachiez déjà. Mais je peux vous proposer de prendre contact. Vous comprenez ? »

Après un long silence de grosse mouche : « Vous en êtes ? »

Ils montèrent dans l’aronde qui était parquée devant le logis. Panitza restait silencieux, sur le qui-vive plutôt que sur le quant-à-soi. « Je vous propose de vous accueillir. Je vous propose de vous laisser porter par le pays. Vous connaîtrez Elzéard, vous connaîtrez les arbres, vous connaîtrez les pierres. Vous connaître le pays. Vous le comprendrez. Vous connaîtrez que vous comprenez, si vous voulez.
 » Avant de partir vous prendrez un peu de café, voulez-vous, et vous me parlerez de la lumière de par chez vous, si elle est belle atlantique comme chez nous, et puis la couleur de l’herbe, et celle des roches. Êtes-vous prêt pour ce voyage, Panitza ?
— Je crois oui.
— C’est bon. Alors, nous allons d’abord passer chez Franchon. »

*

Francie, Francette, Franchon, songeait dans son café. Il n’y avait personne. Le soleil brillait haut et les carreaux lavés de frais laissaient toute la lumière s’épancher sur les tables, mauvaises tables de châtaigniers, les deux tables qui fleuraient sur les tommettes. Un carreau avait été changé, et il ne présentait pas les défauts de ses camarades du châssis : il ne figurait pas ces loupes qui irisent le rayon et déforment le lointain. De ce carreau, et depuis son tabouret derrière la caisse à l’angle du zinc, on voyait le sommet de Lure, aussi net que s’il était au bout du village. Elle l’appelait le carreau de Lure. La mancie du carreau de Lure, à travers les échelles et les focales, déterminait l’encours du jour qui venait.

Son esprit vaguait, au pied de Lure.

Elle n’avait éprouvé de sérénité, une fois ses parents disparus, qu’auprès de Pfaff — éventuellement se sentait-elle mieux dans son café que dans sa propre maison, elle n’était pas exactement, comme lui, une extrême solitaire : elle aimait sa liberté, mais elle ne recherchait en rien l’autarcie ou l’éloignement ; lui venait en ville par nécessité, il s’en serait toujours passé — et cela, elle l’expliquait d’autant moins à l’aune de ses expériences.

Pfaff était un peu fada, et il était aussi diminué. On ne pouvait pas dire qu’il était beau, mais elle s’en fichait bien pas mal. Formaient-ils toutefois ce que les gens appellent un couple et, plus encore, un foyer ? Rien n’était moins sûr. Leur relation était d’un autre ordre.

Elle était à l’écart des relations des hommes et des femmes.

Avec Pfaff elle ressentait une tranquillité, un secours qui, pour le lapereau qu’elle était, malgré sa gouaille, lui permettait au moins de souffler, de récupérer. Elle se le représentait comme son homme fauve — et en effet, on pouvait parfois douter, selon les marbrures des ramures ou la résille des ombres s’il était tout à fait humain.

Ou du moins s’il l’était en entier.

Cela l’attirait, un peu.

Pfaff l’attirait, un peu, elle s’en rendait compte maintenant, les yeux volages, le regard portant Lure.

*

Elle eut à peine le temps de réaliser le son du moteur, venu de rien comme un hirondelle, que Giono et Panitza étaient déjà assis au comptoir, réclamant chacun son jaune ; il était pas onze heures.

La présence de Giono rendait toujours joyeuse Francie, parce que ce noble homme lui rappelait son père et qu’ils s’étaient connus. Et puis ce Panitza dégingandé lui plaisait aussi : il était farfelu, mais pas plus que le Trand qui part aux truffes à l’aube avec son cochon qu’il tient dans sa maison, ou la vieille Henria criblée de grains de beauté, toujours collée à son fils Henri le Benoît. Et il n’était pas plus bizarre que Pfaff. Mais c’était un farfelu exotique. Et élégant, il faut dire.

Elle pourrait tout lâcher, le séduire et partir pour l’Amérique, elle pourrait.

Elle le pourrait.

Mais : « Alors Franchon, ma belle, voici Panitza, John, qui cherche à discuter avec Elzéard Bouffier et si possible à lui arracher un portrait ! Que me dis-tu de ça ! »

Elle n’était pas si vieille en effet, et lui à peine plus. Quelle vie ça serait. Prendre le bateau ou même l’avion, figurez-vous. Qui sait quelle vie on mène, en Amérique ! Qui sait où il habite, comment est sa maison, et si les Lures de là sont aussi majestueuses qu’ici ?

« Je dis que je sais bien comment il s’appelle, Jeannot, notre Amerloque, je vous rappelle que je suis la première à l’avoir vu par céans !
— Que tu es testarde, bique ! Je sais bien que tu sais qui il est. Sers-nous plutôt à boire.
— Et j’ai l’air d’être en train d’aller aux champignons ? Alors John, vous avancez dans votre enquête ?
— Sur le chemin il m’a parlé de grandes prairies à perte de vue, où s’ébattent des genres de marmottes qu’ils appellent chiens de prairie.
— Il peut répondre tout seul, me semble.
— Ecoutez, je ne sais pas trop que dire. Jean me fait attendre et je ne sais pas pourquoi est-ce si long. Mais depuis que je suis ici, je me suis heu, attaché à votre petit monde. Vous être très charmantes people.
— Ah ça, pour tirer le portrait de Bouffier, ça va être coton ! Vous savez où il habite ?
— Je crois j’ai comprend. Je crois j’ai comprend.
— Ha ha, sacré Panitza ! Vous voyez ! Bientôt vous pourrez lui parler.
— Jeannot, vous n’êtes pas très aimable avec note hôte. Vous le lambinez pas mal.
— Je réponds à sa question, Franchon. On monte vers Ferrassières.
— Ah, c’est là que vous espérez croiser Bouffier ?
— Là ou autre part…
— Mais n’est-il pas en retraite ?
— Les de son espèce n’ont jamais de retraite, ils ont des saisons. Tu devrais le savoir, bique.
— Oh je le sais, Jeannot, je le sais. »

Lorsqu’ils sortirent, un nuage avait masqué Lure, dans le carreau de Lure.

Francie le savait : il irait voir Pfaff, écouter ses sornettes lui plaisait, son air fauve lui plaisait, Pfaffe lui plaisait. Les Lures du voisin ne sont jamais la Lure.

 

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