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L’affaire Panitza 08

Posted on 18 février 202429 septembre 2024 by Benoît Vincent

 

L’affaire Panitza est une longue nouvelle inédite, présentée ici, et qui débute par ce prologue.

 

Un soir Panitza était sur la terrasse élevée de la petite maison. Il buvait du pastis, qu’il apprenait à découvrir grâce à Francie. Soudain vers le nord il vit des éclairs, de nets éclairs d’orage, lointains, silencieux…

Les primes frimas s’abattaient, mais violemment, pour des frimas, au tout début du mois de décembre, et Pfaff l’avait prédit et il le lui avait dit, et lorsque mollement, à la fin de février, les dernières burles s’étouffèrent de fatigue dans les gonds et cimaises, il le lui prédit à nouveau, C’est le printemps — alors qu’on ne s’était pas à ce point rabougri dans le froid glacial depuis décembre donc. Il l’avait lu sur telle cambrure du feuillage, sur tel combine d’arbuste dans telle marre forêt, cornouiller ou baguenaudier, je ne sais quoi.

« Ça baque, ça va craquer », il avait dit.

Ça pouvait aussi bien dire que l’orage éclaterait ou bien que les bourgeons allaient exploser. Mais en décembre il avait pu dire « Ça craque, ça va baquer », va savoir.

Lui savait.

Pfaff savait bien des choses, comme un galant il avait des yeux partout sur les baies, les volées, les mousses, les migrations de champignons. Il tenait les comptes de ses pièces, et ses pièces étaient partout, sur la rocaille d’en haut, sur les terres arables du Vé, sur les torrents qui hoquettent, sur les sentes qui bifurquent, sur les cieux mitigés, sur le temps en somme, un saint-ours à l’affût.

Il le lui avait dit. Deux jours après, les brumes se déchiraient, et deux autres jours encore, la température gonfla d’un sec coup, comme un sein trop mûr.

Pour Panitza, outre le patois et ces expressions proprement incompréhensibles dont les gens d’ici mâtinaient leur service, malgré ses connaissances du français (elles n’étaient pas exceptionnelles, mais assez solides pour pouvoir se débrouiller à Paris ou Marseille par exemple) — et d’ailleurs, il l’avait noté autrefois, dans les campagnes françaises, les gens préféraient largement user ce salmigondis, spécialement lorsqu’il s’agissait de sujets relatifs à la communauté, météorologie incluse, ou aux broutilles du quotidien, c’est-à-dire à peu près… tout — au-delà donc des aspects linguistiques, pour Panitza, il devait bien s’en rendre compte, la plupart des sujets de conversation, des éléments du contexte, des personnages nommés, des évènements datés, des lieux-dits bornés, et même tout ce qui touchait de près ou de loin à la Nature, tout cela en bloc lui échappait. Ou plus exactement tout cela formait un indescriptible fatras aussi embrouillé qu’inopérant.

Panitza était allé aux Vergons rencontrer Elzévir Boulifier, qui n’était pas Elzéard Bouffier, qui s’est révélé être une tout autre personne, charmante au demeurant, mais sans rapport aucun avec l’homme qui plantait des arbres. Boulifier avait connu Giono, oui ; ils échangeaient des salaisons. Mais va savoir : assonance, hasard, malice, pourquoi le maître avait choisi un nom presque identique ? Non, Boulifier ne plantait pas des arbres ; au besoin, il en était un d’arbre, noueux et sec et imposant comme un tronc, oui, et des paupières de feuilles… Il allait aux truffes, c’était sa seule passion, son seul revenu, s’il voulait l’accompagner…

Ici donc se pose la question : jusqu’à quel point Panitza était-il perdu dans ce galimatias ? Et incidemment, puisqu’on est en droit de se le demander, avec quel état d’esprit était-il venu en ces terres pierreuses et reculées, si lointaines de sa maison, de ses amis, tellement éloignées de son quotidien ?

Je ne sais pas quel peut être l’état d’esprit de Panitza lorsqu’il se lève ce jour de départ à Long Island, ni lequel il fut lorsqu’il posa le pied à Orly, ni encore quel fut-il lorsqu’il arriva en gare de Marseille et ni même quel fut-il lorsqu’il le posa, le pied, le même, sur celui de la ville de Manosque.

Cela je ne sais.

Je sais pourquoi il accomplit un si long voyage. Arracher quelques pages à un écrivain qui paraît-il y réside — et paraît-il aussi, y résiste (à lâcher des mots, des noms). Retrouver son héros.

Cela je le sais.

Pour l’instant. Je cherche à satisfaire cette curiosité : si Panitza, maintenant qu’il est là, que les raisons se sont en quelque sorte évanouies avec le voyage réalisé, s’il est en mesure de prendre la mesure du paysage, paysage où il s’est lui-même plongé, et dans le même temps écrasé, écrabouillé.

Comme prémisses, une fois installé dans la petite chambre de Simone (à Manosque — mais c’était le journal qui la lui avait louée, tout était réglé, et Simone n’était pas une personne dotée de prédispositions à l’épanchement) ; et d’ailleurs qu’aurait-elle pu lui raconter, lui qui ne parlait pas très bien la langue, et l’écouter assez mal ; et d’ailleurs lui-même qu’était-il prêt à écouter de cette parole dont non seulement la langue mais aussi et surtout l’univers de référence lui était ignoré.

Panitza, classe 1913, né à Wichita (KS), et grandi dans l’Oklahoma, études à Philadelphie, et carrière à New York City. Débarqué en Europe, en France, en Provence (Haute-Provence), s’empresse de préciser à tous ses interlocuteurs — pas les autochtones, les autochtones eux ne se sentent pas en Provence : « en Provence ? » avait réagi Francie, « mais la Provence, c’est Marseille ! Non nous ici on est en… » mais elle n’a jamais fini la phrase.

Robert avait dit, de très loin, du plus loin de la salle : « sur le plateau. Ici on est sur le plateau. »

Cette parole, disais-je.

Cette parole était un morceau du dehors.

Pour lui.

Cette parole, qui entrait en lui quasiment son corps défendant, c’était un éclat de dehors qui tout d’abord le procurait un frisson inédit, qui le parcourait. Et puis peu à peu s’installait, à son aise, mais aussi à son insu, œuvrant et arrangeant en son for, comme une bête qui construit ou fabrique son nid pour l’hier.

Sans que cette sensation fut totalement désagréable, cette hôte ouvrageant et manigançant à qui mieux mieux, il ne pouvait que constater cette parole qui lui glaçait les sangs, comme lorsqu’un nerf se froisse et c’est une décharge polaire.

Mais il faut bien aussi reconnaître que ce nid de paroles qui s’est accroché à lui, en lui, en son intérieur, comme un embryon avait créé en lui une sorte de vacuum, avait également développé des horizons, avait délassé un certain nombre de structures rigides, axes de contention, et en lui quelque chose d’extérieur s’était invité, quelque chose avait cédé, au moment même où les frimas s’enlevèrent du plateau, et que les parfums et les sons vinrent enrober le squelette de son épaisseur sensible…

« Et ça encore c’est rien, vous verrez après, il avait ajouté. Vous allez voir quand la burle va céder au cagnard. »

 

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