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Envie d’éclats dans le dos

Posted on 7 février 20079 novembre 2011 by Benoît Vincent

La route qui menait aux Ravières était longue, étroite, sinueuse. Elle l’était d’autant plus, longue, sinueuse et étroite, que je n’avais ni envie de conduire, ni envie de rejoindre les Ravières. Ni rejoindre Malo. Pour ce que j’en savais, ça s’était mal passé à la Chambre et Philippe lui était encore rentré dans le lard.

J’avais des envies de quitter la route. Ou de faire demi-tour. Bref des envies de mort. Qu’est ce que ça pouvait bien me faire, moi, que la Fédération l’emporte ? Ou que les sièges basculent. Rien, absolument rien. Ca me laissait complètement froid. Il faut dire que j’avais déjà bu plusieurs canons.

C’est Marc, mon voisin, qui m’a averti. Sylvie avait téléphoné à sa femme, et me voilà sur la route.

Je venais juste d’arriver à la maison. J’ai trouvé bizarre le silence d’un coup. Et je n’ai pas allumé tout de suite. La lumière de la rue pénétrait par la persienne. Cela donnait une drôle d’allure au salon, des traits lacérant tout y compris le sol.

Moi aussi ça s’est mal passé à M… Mais à qui je peux le dire, ça ? Qui je peux appeler, moi, qui je peux prévenir ?

Ce silence, cette tranquillité, cette moiteur de la lumière, ça m’a fait réfléchir. Je me suis assis par terre. Alors soudain, tout s’est envolé. J’ai laissé dériver mon esprit si bien que Marc m’a trouvé comme ça, hébété, dans la pénombre.

C’est pour ça qu’on a besoin de nuit. Tout à coup la gangue du réel s’effrite, ou se dissipe. On rejoint des terres à soi connues. Des lieux gris, des vallons de marnes.

On s’allonge sur le sol inconfortable et puis, peu à peu, toutes les saillies et les bosses forment un fond appréciable. Le soleil vous aveugle. Au temps pour vous, vous voilà aveugle. On se rend compte qu’on est bien peu fait pour les voitures et rouler de nuit vers des hauteurs improbables.

On prend conscience soudain qu’on a du corps ; du corps qui picote dans le dos ; qui s’affale dans les membres ; qui est aveuglé par le soleil. Ce corps là, qui l’écoute ? Où le trouve-t-on ? Peut-être chez les travailleurs manuels.

Je me rappelle quand je faisais des travaux publics. Brave ouvrier, déchiré du matin au soir sous le soleil ou l’eau ou le vent ou le froid ou le sec (ça va jamais, jamais ça va), puis déchire du soir au matin entre le calvaire du quotidien, le sommeil introuvable et le reste, alors qu’on voudrait juste un peu de corps où se remettre. Pour des miettes, en plus. Combien ils sont, dehors, là, en plein février, dans la merde, dans la terre boueuse, les pieds dans l’eau, ou les mains dans le cambouis ? Combien, hein ? A trimer comme des connards quand ils gagnent à peine leur croûte ? Ils se lèvent chaque matin, comme si ça justifiait non pas leur salaire, mais le simple fait de vivre. Que vivre sans idée c’est pas vivre. Que vivre sans travail c’est s’emmerder. Que vivre c’est simplement avoir mal.

Alors dans une bagnole qui vieillit (faudra songer à la change un jour, avec toutes ses viscères qui traînent, ça fait désordre), à foncer vers je ne sais quel nouvel emmerdement, et une tripotée en sus ! Merci !

Marc m’a trouvé, assis dans la pénombre, je remontais sur l’une des stries de lumière jusqu’aux sources de telle rivière, loin de tout ce qui se tache ou se fend, loin du réel, loin de ce qui casse ou vieillit. Il m’a fait peur ce con. J’avais la paume des mains rougies par la pression que j’exerçais sur le sol. J’étais stupéfait dans mon silence. Embringué. Emmitouflé en lui. Je m’en rassasiais comme d’une eau rare.

Il m’a fait peur ce con ; il m’a dit que je pleurais.

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