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Bobines 00

Posted on 24 mars 202414 novembre 2025 by Benoît Vincent

 

Le signe ܍ indique de futurs développements au sein d’un appareil complémentaire

 

Me voilà revenu, ce 15 février 2009, à Dieulefit܍, rue des Reymonds܍ (anciennement Raymonds), au numéro 32, où s’étend encore la vaste emprise occupée d’une part par le site industriel des « Moulinages de la Drôme », site de l’entreprise Billion & Cie܍, d’autre part par le massif cube de trois étages dont l’un des quatre appartements avait été notre maison, et pour ce qui me concerne (mon frère J.-C. avait connu les premiers domiciles familiaux dieulefitois, la résidence Bellovisto puis sur les Promenades, dans une maison où vivrait plus tard l’un des contremaîtres, M, surnommé Gugu܍) la première que je connus jusqu’à mon départ pour mes études.

Ce 15 février 2009, c’est un éclat dans le coin de l’œil qui m’attira, quelque chose clochait. Certes, je ne pouvais pas feindre la surprise : le site avait été fermé récemment, l’entreprise ayant déjà initialisé sa « délocalisation » en Malaisie܍ ; mon père, G., qui en était le soi-disant Directeur, parti récemment à la retraite, fut appelé à la rescousse urgemment pour aider à à remonter les moulins désossés d’ici ; après quelques missions (deux ou trois de quelques mois) il revint extrêmement amaigri et affaibli : parti à 65 ans, il disparut à 67 ; comme nos parents n’avaient pas de ressources hormis l’usine (pas d’héritage conséquent, pas de terres, pas de maison secondaire, pas même de propriété principale), après avoir visité à droite à gauche (ma mère, AM, née Jouventin, voulait quitter Dieulefit qu’elle n’aimait pas, il y faisait trop froid, elle était de Valréas, dans le Vaucluse ; mon père n’avait pas d’avis, mais il préférait sans doute rester à Dieulefit où il avait ses habitudes et ses amis plutôt que de tout recommencer ailleurs, et peut-être encore moins en Ardèche, où il n’avait presque plus d’autre lien qu’une cousine), ils eurent la bonne idée de louer une maison en contrebas du site des moulinages : c’était la maison de Mme T., qui avait été notre « voisine » toutes ces années et qui, disparue, devint la nouvelle location de mes parents. Ma mère continuait ainsi de supporter, en l’absence de mon père, le va-et-vient des véhicules, l’incessant bourdon — quoique toujours plus faible — des moulins, et ce froid humide, plus humide encore car plus proche de la rivière qui séparait le quartier des Hubacs, quartier sis au pied de la montagne de Dieu-Grâce܍, propagine du Mont Rachas܍, l’une des collines du synclinal de Dieulefit.

Ce qui m’intrigue, ce 15 février 2009, en passant en voiture dans la rue longeant le site (qui était fermé par un lourd et long portail coulissant sur un rail un peu défoncé), c’est la nudité du lieu : il manque les fleurs, les plates-bandes herbacées, il manque, mais cela est-il possible ?, les arbres, qui jouxtaient notre cube familial, et notamment deux imposants peupliers d’Italie que ma mère avait plantés, selon la légende, pour mon frère et moi.

Je devais revenir d’une réunion vers Nyons, ou bien je m’y rendais mais, toutes affaires cessantes, je fis demi-tour et passai par l’autre entrée, celle qui se glissait entre le dépôt de « l’Équipement » comme on disait, et les restes de la « vieille usine », comme on disait aussi, un autre ancienne usine Morin܍ au destin alors un peu erratique, une belle bâtisse en pierre de la même époque et de même fonction que les plus ancien murs de notre usine, et qui avait été achetée par un autre personnage du paysage de l’enfance, D.). La nôtre, celle pour laquelle mes parents étaient venus s’installer à Dieulefit depuis Valence, avait été modernisée, agrandie, et s’était vu adjoindre une espèce de coffrage moderne de tôle ondulée à la « base Morin ».

Je crois bien me souvenir que l’autre portail, dont on connaissait les ruses par cœur, et qui lui aussi avait été un peu malmené, tordu, par quelque manœuvre hasardeuse, avait été simplement… enlevé. L’ancienne route goudronnée qui montait vers la grande place de manœuvres et le parking de l’usine était défoncée, sans doute par le passage incessant de véhicules : pelles-mécaniques ou leurs porte-chars, camions-bennes, tombereaux…

J’arrivais dans un paysage dévasté, catastrophique : tout avait été détruit, comme après un bombardement ou une tempête, pour autant que je pouvais me représenter ce qu’étaient les effets d’une tempête ou d’un bombardement.

Je commençai alors à prendre des photos.

Les murs étaient debout, mais tous les bâtiments avaient été vidés de fond en comble, mais aussi désossés de leurs câbles électriques et téléphoniques, les autres réseaux avaient été excavés, comblés ou disloqués, les menuiseries arrachées, les vitres cassées, et tout ce qui, peu ou prou, pouvait obtenir un minimum de valeur sur quelque marché de énième main, avait été emporté, recyclé, concassé. Mon monde était devenu une coquille vide, une coquille immense mais vide, évidée, à jamais brisée. C’était là où j’avais grandi, joué, appris et eu des tas de premières expériences. C’était là où nous vivions tous les quatre avec nos différents chiens. Tout était à la poussière, au néant.

Lorsque je passais quelques semaines après, il ne restait plus rien. Le 1er avril, c’était le 1er avril, c’était comme si une partie de mon passé avait été oui, littéralement, annihilée.

 

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