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L’affaire Panitza 09

Posted on 25 février 202429 septembre 2024 by Benoît Vincent

 

L’affaire Panitza est une longue nouvelle inédite, présentée ici, et qui débute par ce prologue.

 

Mais au fond, Francie regardait les hommes avec un regard biais, mal assurée sur des reflux d’expérience ou des souffles arides de concepts ; leur violence, leur solitude, leur douleur aveugle lui conférait un sentiment voisin de la pitié — c’est cela qu’on pouvait lire dans son regard — mais ce n’était pas de la pitié. Ce n’était pas de la compassion. C’était un mélange trouble d’abnégation et de sollicitude, d’incompréhension et d’amertume.

Francie disait Tous les hommes ont des secrets, c’est bien naturel.

D’ailleurs tout le monde a des secrets.

Sans secret on pourrait pas tenir.

Et c’était ce qui se passait : tenir, tenir au secret, tenir grâce au secret.

Mais ce n’était pas plus difficile que la vie des jours et la vie des hommes, ici. Ou des femmes. Ou des pécores. Ou des chiens. Ou des enfants. Ou des arbres. Ou des fleurs. Ou des sources. C’était la vie, en somme.

Les secrets de Francie ne croisaient pas les secrets de Pfaff, mais les secrets des sources ne combinaient pas avec ceux des orages. Entre chaque chose, comme disait le Vé, ça baillait, on pouvait « y passer la main plate ». Ici les gens s’inventaient comme des jeux de cartes, des panoplies d’expression, un idiome qu’on saisissait à la volée, comme pour extrader l’absurde du paysage.

Parce que tout était absurde, et la guerre n’avait ajouté qu’une série de plis supplémentaires à la couverture qui enrobait de flou chaque et toute chose, n’avait été qu’une distance supplémentaire au réel, malgré toute sa crudité, elle avait la consistance d’un songe.

Les plaies pansées, ou presque, on avait repris le jour, peut-être un peu plus fada mais qu’est-ce qu’on s’en fiche. Pfaff avait beaucoup perdu pendant les évènements. Il s’était comme éloigné en lui-même. Et cela navrait un peu Francie.

Sur ces entrefaites qui duraient depuis des semaines, des années, la grosse voiture, une Dyna X flambant presque neuve, avait taillé à vive allure le petit village, presque inaperçue : le village dormait. Elle avait fait demi-tour peu après et s’était placée majestueuse presque arrogante, là, devant chez la Francie. Alors on l’aperçut. Ou mai. On espincha.

Deux voix pressées en sortirent, la porte les celant claquant sur leur accent : « …vez raison, un café chaud nous fera du bien avant de monter dans la garrigue où l’on n’aura pas guère de confort mod… »

La Bar des Alpes était une barricade et curiosa Panitza. « Des cas de variole ont été détectés dans le sud, comme on a pas mal de Marseillais qui viennent ici pour les vacances, le préfet a jugé nécessaire de réduire les contacts. »

C’est Francie qui les servit, ce grand Saxe décoiffé et fichtrement blondinet et la fille, une Marseillaise bon tain. Debout derrière des traves comme un zinc de pinède. Mais derrière eux, enfin derrière Francie, dans le sombre du local, il y avait pourtant bien des formes, un peu vachardes, qui mouvaient. Et des borborygmes se ressentaient : « Mollo hein, j’ai demi-sang Bedeau moi !
— Merlu, arrête de guincher, raque plutôt la bouteille, et toi arrête de bader…
— Et distribue, touche à toi. »

L’étrange couple d’étrangers parti, Francie défit à nouveau l’échafaud de pin. « Ces doryphores. » Elle dit, mais elle n’en pensait guère mais. Au contraire : elle avait compris que la femme était de Marseille, sûrement des huiles, mais ni police, ni politique, ni tribunal, autre chose, alors elle a pensé comme ça journaliste. L’autre était pas français, mais qu’est-ce qu’il pouvait bien vouloir.

Et ça la titilla. Elle commença à chercher à se renseigner.

D’abord dans sa tête : qu’est-ce qu’on a ici qui peut attirer des papelard saxons ? Elle ne voyait que deux vrais sujets : le plateau ; Jeannot. Ça pouvait être les deux, mêlés, puisque Jeannot avait rameuté la laine du plateau que de nombreux services, disait-il, venaient visiter.

Et puis dans les faits : elle se dit, bé, je dois impliquer le Pfaff. Le Pfaff était impeccable à débusquer, et il passait partout comme un vipéron, il aura bien tôt des informations. À peine sonna la cloche qu’elle bouscula le Merlu, le René et le Neste, zou, j’ai une course à faire. Elle chevaucha sa vieille trapadelle et fila aux Babaous (où créchait le Pfaff). Elle passa par la Silance pour prendre des affaires, un quignon, de quoi écrire.

Le Pfaff était en train d’arracher de jeunes sambucs qui avait détouré le bassin où il s’était mis en tête de planter des truites. C’était motif de rire avec Francie qui lui demandait comment il allait faire bouger ces eaux noires, parce que la truite a besoin d’air même dans l’eau, et s’il allait lui-même faire le pédalo avec les jambes ou des moulinets avec son cul, quelle rigolade.

Mais le Pfaff (qui misait sur une enflure de la source qu’il connaissait plus haut, mais qui était pour l’instant réduire à filet du fait de racines, et ces sambucs n’étaient pas innocents dans l’affaire, et il avait imaginé tout un système de bassins de ciment qui précipiteraient l’eau et permettraient aux poisses de remonter tranquilles sans jamais arriver ni descendre), le Pfaff ne riait pas et comme à son habitude, type céans, il n’entendit pas arriver la mobylette de Francie.

« Ah té, comment va ? lorsqu’il la vit, avec son quignon sous le bras.
— Je t’ai amené du fromage aussi, il faut que je te cause.
— Vabon, on passe à la cuisine. »

La cuisine, c’était terre battue, poêle à bois, et trois chaises sur une vieille table de noyer. Le fenestrou, noir. Rien d’autre, sinon un pic, une planche avec trois verres et deux assiettes. Et le cellier dans le mur, vide.

Et c’est alors que le Pfaff et Francie se mirent à l’enquête, de savoir ce que venaient faire les étrangers. Et bien tôt ils en apprirent de belles. Elle, d’abord, rapport à des informations que tenait le Pfaff. Que le Saxe était un Amerloque, enfin, et qu’il venait des Grandes Villes des Tours, avec l’avion, exprès par Marseille pour visiter tu devineras jamais qui, le Jeannot, ah t’avais deviné. Que le Jeannot avait combiné un de ses sorts à lui qui avait encuriosé les gens loin là-bas. Mais que dans ses combines il avait parlé d’un gars d’ici, et que ce pays, c’était lui que voulait voir l’Amerloque, pas le Jeannot.

Puis à son tour Francie, qui entretemps avait réussi à fiche un nom sur le visage : c’était Yolande Dutour, l’ancienne femme du docteur Jouve, celle qu’il avait trouvée à Forcalquier. La Catou ? Oui ? La Iole (comme on l’appelait) ? Oui, ça même. Celle qui avait trafiqué dans la guerre et qu’on avait dû exfiltrer pour épargner sa chevelure. Ça même.

Drôle de train, pour de vrai, avait dit Pfaff, vidant sec un verre de claret. Crotte de biquet, ça alors !

 

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